28.5.26

Je suis une vache, dit cet article du Monde, où l’on peut lire que « au-dessus de 25 °C, les vaches sont vraiment au ralenti. » Cependant, je suis allé me faire tondre, ce matin, ce qui tendait plutôt à laisser penser que je suis un mouton. En tout cas, c’est ce que m’a dit Daphné, quand elle m’a vu, en pensant à ces braves bêtes que l’on tond, l’été. Elle a d’abord essayé de se rassurer en disant que les cheveux allaient repousser et puis elle a paru accepter la situation capillaire avec cette philosophie qui la caractérise. Et c’est vrai que je rêve d’une transhumance pour aller voir ailleurs, échapper à l’atmosphère étouffante, les odeurs nauséabondes, et les gens, aussi, et les gens surtout. Devant l’établissement scolaire où j’attends Daphné, des jeunes filles plus âgés qu’elles s’amusent à sauter sur place pour faire remuer leurs seins de haut en bas, avec des phrases comme : « Ah ouais, là, on dirait trop un porno », j’imagine qu’elles doivent filmer tout cela. Un peu plus loin, des garçons comparent comparent le nombre de tractions et de pompes qu’ils font respectivement. Habitus primitif, a-t-on envie de commenter, mais la vérité est que, si Cro Magnon avait été aussi con, nous ne serions pas là pour nous interpréter. La boule à zéro, il ne me semble pas que j’aie moins chaud, toutefois. Durant la journée, je vis terré dans la pénombre, ce qui accréditerait plutôt la thèse selon laquelle je suis un lapin. Mais une chose est sûre : une chaleur pareille, ce n’est pas humain. J’ai mal dormi, cette nuit, à cause du bruit (des véhicules d’urgence, des connards qui sont le gros lot de la clientèle des terrasses), de la chaleur, et caetera. Et, avant de trouver le sommeil, j’ai détesté tout ce qui se pouvait détester à ce moment-là. Rien de glorieux, mais je le consigne, pour la postérité indifférente. Aussi, aujourd’hui, n’ai-je pas trouvé les ressources nécessaires pour finir mon livre, qui est là, mais étouffé sous le dôme de chaleur, il ne peut pas respirer comme il le faudrait pour qu’il en vienne à exister. Aujourd’hui, Rodhlann a mis en ligne ma traduction d’In der Sonne de Walter Benjamin et « Tourbillon du silence », le texte que j’ai écrit pour la présenter. Récit d’une marche sous un soleil de plomb que je ne me risquerai pas à imiter par les temps qui courent.