Les spaghetti alla puttanesca, je les ai cuisinés aux olives de Nyons et sans câpres, parce que Nelly n’aime pas les câpres, mais avec beaucoup d’ail et d’anchois, un peu de poivre et du vin blanc. Je pense que saupoudrer les pâtes une fois servies de parmesan râpé est une faute et qu’il faudrait se contenter de pecorino romano, si vraiment l’on ne peut pas se passer de fromage râpé (Nelly s’en est passée), ou mieux d’un chèvre très sec, un séchon, comme on dit en Provence, très sec et très parfumé, comme nous en avions à Marseille, et ce n’est pas qu’une question de goût, c’est une question d’esthétique de l’existence, pour ne pas dire de philosophie de la vie, mais je n’aime pas trop cette dernière expression, je préférerais dire : esthétique de la vie. C’est donc une question d’esthétique de la vie. Il est assez difficile d’avoir une esthétique de la vie parce que, de deux choses l’une, ou bien elle demeure parfaitement privée et alors c’est un truc de dandy mais dont personne ne sait que c’est un dandy parce que lui-même se refuse à dire : « Je suis un dandy » parce que rien ne fait plus plouc que d’être un dandy, à un époque où même Simon Liberati est un dandy on se fera facilement une idée du peu de valeur de la notion, ou bien elle dit aux autres, la majorité, l’écrasante majorité des autres : « Vous avez tort et j’ai raison », mais c’est généralement le critère dont les autres, la majorité, l’écrasante majorité des autres se sert pour décréter qu’untel est fou et qu’il convient, de deux choses l’une, ou bien de le marginaliser ou bien de l’enfermer. Une esthétique de la vie est donc quelque chose de dangereux et d’inoffensif, mais pas nécessairement pour qui on le croit, non, c’est dangereux pour qui en a une et inoffensif pour qui n’en a pas et se contente de celle des autres, de la majorité, de l’écrasante majorité des autres. Est-ce que, pour autant, mon esthétique de la vie, comme je dis, fait de moi un monstre ? Non, comme la majorité de mes contemporains parisiens, je vis dans un appartement mal isolé, dépourvu de climatisation (je vis, en effet, dans un pays qui s’imagine que la climatisation, c’est de droite, et que donc l’idée même terrifie au point de se condamner à crever de chaud dans des appartements mal isolés dans des villes obsolètes, car, même si le pays s’imagine de gauche, le pays a besoin de l’argent des touristes pour continuer de se rêver de gauche, c’est tellement mieux avec l’argent des autres, alors il ne faut surtout pas toucher à la ville, il faut qu’elle garde sa forme d’hier, laquelle change, bien sûr, moins vite que le climat des mortels), dans le centre d’une ville bétonnée et peu adaptée au changement climatique, et donc, j’ai chaud, tout bêtement. J’écris d’ailleurs cette page de mon journal en souffrant de la chaleur. Souffrant d’autant plus que les spaghetti alla puttanesca n’ont pas pour vertu de rafraîchir l’atmosphère, tant s’en faut. Ne puis-je alors ne m’en prendre qu’à moi-même ? Oui, mais en quoi cela diffère-t-il de mon ordinaire ? Trois ou quatre personnes au maximum ont accusé réception de l’existence de ma traduction-présentation de Sous le soleil de WaBe, absolument gratuite, pourtant — il faut croire que les gens préfèrent payer pour lire des conos et des nazillons —, c’est mieux que zéro, certes, mais on ne peut pas dire que ce soit beaucoup, non. Quod erat et caetera.

Vous devez être connecté pour poster un commentaire.