30.5.26

Sous le dôme de chaleur, la populace célèbre le triomphe des milliardaires de la capitale. Et moi qui (ne) supporte (que) le club des parias de la Méditerranée, je dois souffrir cette double indigence, cette double humiliation. J’espérais l’orage. Mais, contrairement aux prévisions météorologiques, aucune goutte ne sera tombée. Tout est contre moi. J’ai l’habitude, je crois. Aujourd’hui, j’ai écrit un poème sur le dôme de chaleur sous le dôme de chaleur pour mon carnet d’un hiver, et cette espèce d’incongruité ne m’a pas dérangé. Il y a une logique à l’œuvre et, qu’elle semble défier le sens commun, pour quelle raison devrais-je m’en préoccuper ? Ce n’est même pas ce que je cherche. Je ne cherche rien. J’écris. C’est tout. Il fait trop chaud pour écrire. Et puis, comment penser quand, partout, pétaradent les feux d’artifice ? On revendique le droit à la fête, mais en quoi est-ce la fête, cette joie de marchandise ? Tout le monde devient la catin de la réalité sociale. Et l’on fait de la domination la forme populaire de la communion. Qui voudrait se cacher pour tâcher de penser ses pensées est rappelé à l’ordre : la réalité de la fête obligatoire, c’est encore plus de bruit, de violence, de bêtise, de chaleur, de malheur. Et je sais que la page de mon journal, mon poème ne valent rien, ne pèsent rien face à l’énorme machine de l’emprise que la réalité sociale exerce sur les corps, mais je veux quand même les écrire. Je veux quand même écrire. Je sais que les formes que j’ai choisies — la vérité est que ce n’est pas moi qui les ai choisies, elles, c’est elles qui m’ont choisi, moi — n’obéissent ni aux canons formels (des genres facilement définissables pour des produits facilement identifiables, rapidement vendus) ni aux canons moraux (le militantisme générationnel identitaire de rigueur) de mon époque, mais ce n’est pas moi qui l’ai voulu. Est-ce que je le regrette ? Mon Dieu, non, bien au contraire : c’est heureux. Le bonheur commence par ici : la différence.