Il fait si chaud qu’il faut chaud avant même de faire chaud. Et je ne suis pas du genre climatosceptique. Ma température ressentie avoisine les 100°C. Mais fait-il déjà trop chaud ? Je ne le crois pas. Qu’en sera-t-il alors dans deux, trois jours, si, comme on nous l’annonce, nous allons bouillir ? Dès lors, je me demande : ma méditerranéité, n’est-elle pas toute relative ? Il est vrai que, malgré ma tête de Corse, comme me l’a dit je ne sais plus qui, il n’y a pas longtemps, j’ai toujours eu la peau d’un Suédois. Qu’est-ce à dire ? Que cette histoire d’origine, c’est un peu de la foutaise ? C’est ce que je pense, en effet, mais est-ce un argument ? Et la fournaise ? Quoi ? La fournaise est-elle un argument ? C’est le python de la foutaise, comme disait Jacques Lacan. (La citation est apocryphe.) Daphné donnait son spectacle de fin d’année, ce soir, et, pour l’aller voir jouer Sganarelle dans le Médecin malgré lui, j’ai mis une veste, me refusant à me laisser aller au débraillé de rigueur en la saison. Elle était à imprimé camouflage — la veste, pas Daphné — et, cependant que je remontais le boulevard côté ombre, je me suis demandé si c’était pour me protéger de la chaleur, dans l’espoir assez déraisonnable de passer inaperçu, que je l’avais choisie. Évidemment, c’était pour rire, mais je n’allais pas m’esclaffer tout seul. D’ailleurs, à quoi bon ? personne ne m’eût entendu, les ambulances, ainsi que les autres véhicules d’urgence, innombrables, font un bruit par trop assourdissant. Une fois de retour à la maison, je me suis lamenté : Oh là là, il faut encore que je travaille, et par là, j’entendais : Il faut encore que j’écrive mon journal. Mais ce n’était pas une manière de complainte, c’était simplement le constat d’un manque d’inspiration : il faut trop chaud pour tout, à commencer par les idées. D’où le caractère étrange de cette page. Pourtant, me suis-je dit ce matin, sous la douche, pourtant, ce journal répond à une insatisfaction réelle : l’insatisfaction de l’achèvement. Mais, plutôt que de m’acharner sur une même page, et de la récrire sans fin, j’écris toujours une nouvelle page, laquelle est à la fois la même que la veille et tout à fait une autre. Alors, quelque chose est achevé et tout demeure inachevé. Comme le climat, quoi.

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