Marché quatorze kilomètres, aujourd’hui. De Vanves (Porte de Versailles) au Jardin du Luxembourg et retour, une sorte d’odyssée francilienne. Cela m’a fait du bien, de marcher. D’aller librement, enfin, sans me soucier de la chaleur. Il faisait chaud, moins chaud, cependant, que les jours précédents, mais je ne m’en souciais pas, je n’avais pas le temps, il fallait que je marche. Depuis le début de la vague de chaleur, je ne cours plus, et j’ai l’impression de me scléroser. Ce n’est d’ailleurs pas qu’une impression : ce matin, j’ai ressenti la nécessité de bouger, de sortir, tant je semblais empêcher dans mes mouvements, tant je me sentais lourd, gras, bête, nécessité d’avancer aussi librement que possible, de ne plus faire attention. Quand je ne pourrai plus ne plus faire attention, alors il sera vraiment trop tard. En attendant, je marche. Sans attendre. Le SAMU a annoncé 109 décès à Paris lors de ces dernières vingt-quatre heures, soit plus de 15,5 fois la normale à cette période de l’année. La peur que j’ai pu ressentir, l’autre nuit, quand je n’arrivais pas à m’endormir, la peur de cuire, la peur d’étouffer, la peur de brûler vif, la peur de mourir, c’est-à-dire, cette peur n’était pas une sorte de fantasme du bourgeois qui transpire, c’était la réalité qui, directement, l’inspirait, laquelle réalité n’emprunte jamais de chemins détournés, mais va toujours au plus simple, au but, jusque dans la destruction. Ce qu’on appelle “la nature” (et c’est pourquoi il est absurde de lui conférer une quelconque forme de personnalité juridique), cela n’a pas d’intention, ni de morale. La nature n’a pas de nature. La nature n’est pas un être qui répond à nos concepts bien délimitées. La nature ne répond pas à nos désirs. La nature ne répond à nos besoins. La nature n’est pas faite pour nous, pas plus que la nature n’est faite contre nous. La nature n’exige rien de nous, n’attend rien de nous. C’est à nous de faire avec elle. Et qu’elle est loin, cette réalité-là, de nos façons commodes de penser, de nos idées toutes faites, de nos idées toutes prêtes, de notre petit monde ready-made, où rien ne doit dépasser, tout demeurer poliment dans les cases qu’on lui a attribuées. Et qu’elle est immense, outre la peur, la déception que nous ressentons, déception devant le fait que ce soit toujours la même chose, toujours les mêmes échecs, toujours les mêmes réflexes. Toujours la même incompréhension.

Vous devez être connecté pour poster un commentaire.