Week-end à Vanves. — La tour Montparnasse est censée être vide, et pourtant il y a toujours un étage éclairé. (Je n’ai pas compté lequel.) Mais je ne sais pas si quelqu’un a oublié d’éteindre la lumière en partant ou si c’est une stratégie afin de déstabiliser la copropriété et prendre le contrôle de l’immeuble. Qu’importe ? Même si on la rasait, elle serait encore là dans les photographies d’elles en train de disparaître que j’ai prises et les récits que j’ai tirés de cet effacement progressif au gré des aléas climatiques. Il fait chaud à Paris, mais cela n’a plus rien à voir avec les jours précédents. En revanche, rien n’a changé, les gens se comportent toujours de la même manière, font toujours autant de bruit pour vivre, se déplacer dans leurs véhicules, il y a toujours autant d’avions dans le ciel, si bien que l’on se demande à quoi bon l’on consacre tant d’énergie pour alerter sur l’état du monde puisque cela, manifestement, est en vain, rien que du bruit ajouté dans un monde qui fait déjà trop de bruit pour exister. Peut-être, d’ailleurs, que notre unité de mesure — les degrés Celsius — n’est la bonne, et que ce n’est pas avec la température qu’il faut évaluer la pertinence de notre civilisation, mais du point de vue des décibels. Le principe de cette évaluation serait simple : plus ça fait de bruit, moins c’est bien. Sur les plateaux télés, les experts au débit de mitraillette tirent leurs faits en rafale, et au plus haut sommet de l’État, aussi, on parle ainsi, parce qu’il ne faut surtout pas laisser la parole. Étrange conception de la démocratie, me dis-je, sauf que ce n’est pas une conception de la démocratie, c’est une prise de pouvoir. Et cela n’a rien à voir : la démocratie est une conversation, non un monologue. J’ai marché quatorze kilomètres aujourd’hui. Je me suis senti bien. Il y avait trop de monde à mon goût dans les rues, mais cela ne faisait rien. Je passais. Sans me soucier d’eux, ou alors simplement pour m’en moquer. Je n’ai pas eu vraiment d’idées, ni d’illumination, ni rien. Mais ce n’était pas le but. Quel était le but ? Eh bien, je crois qu’il n’y en avait tout simplement pas, rien que le processus. Et peut-être qu’un jour, on cessera de voir la vie comme tendant vers un but, et cessera de voir la politique comme devant obéir à ce but inexistant, pour devenir vraiment démocrate, et suivre le chemin qui est le nôtre : il a une fin, certes, mais ce n’est pas un accomplissement, non, c’est simplement quelque chose qui arrive, et puis, après, autre chose arrive, et ainsi de suite. On sait que la Terre est finie, mais il lui reste tout de même encore quelques milliards d’années ; cela devrait nous laisser un peu de temps.

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