27.8.26

Certains jours, s’intéresser à quelque chose, n’est-ce pas tout simplement inhumain ? Proposition métaphysique ou stricte description de l’expérience, je ne sais pas. Cette nuit, Daphné a été malade. Entre quatre et six heures du matin, le temps lui aura été consacré. Ensuite, quand nous avons regagné le lit, je me suis dit que je n’allais pas me rendormir, mais attendre sept heures et demi du matin, heure de l’ouverture du jardin, où aller courir. Mais, quand je me suis réveillé, bien après, ce fut avec un sentiment d’étrangeté, comme si la réalité que j’avais prévue — ne pas dormir et aller courir — n’avait pas disparu, mais était toujours là, dans une sorte d’état ou de monde parallèle, comme si j’avais pu la toucher, à défaut de pouvoir la vivre. Et le fait de parler de cette idée que j’avais eue de ne pas dormir et d’aller courir vers sept heures et demi du matin, à l’ouverture du jardin, avec amusement, à Nelly, n’a pas rendu cette réalité paradoxale — existante et inexistante à la fois — moins présente, moins palpable, moins distance, non plus, mais l’a maintenue plutôt dans cet état qui n’en est pas un d’être et de n’être pas à la fois. Ensuite, j’ai passé la journée à ne pas faire grand-chose, caressant des projets, regardant des candidats à l’universel suffrage (dénomination bien présomptueuse pour décrire le vote franchouillard) émettre des propositions, et me demandant : Mais qui sont donc tous ces gens ? Et qui s’intéresse à eux ? N’auront-ils pas tous disparu dans quelques mois à peine ? Ne faudrait-il pas qu’ils disparussent dès à présent ? Contrairement à ma réalité paradoxale, ils étaient bien réels, eux, et c’était profondément déprimant, non que la réalité dût être autre qu’elle n’est, mais parce que l’irréalité paradoxale de quelque chose qui a été conçu sans être fait était plus belle, plus désirable, que ce que ces gens qui disent qu’ils veulent fabriquent avec leurs manigances bouffonesques. Si seulement ils nous faisaient rire. Bref, c’est “la rentrée”, comme on dit dans le jargon des réalistes, et moi, j’ai déjà envie de sortir.