Fichier des dérégulations

Ne sois pas médusé par le néant.


Même les chiens jaunes gardent le souvenir ému de leur première fois.


Les fantômes marchent à nos côtés, et les spectres nous ouvrent les yeux.


Le désordre est le secret de l’ordre.


Nous vivons à l’ère des micropolitiques, des minorités militantes. Les seules institutions universelles sont les grandes marques qui diffusent des messages suffisamment vagues et insipides pour qu’ils soient reçus par des masses tournées quasi exclusivement vers leur survie, leur confort, leur bien-être, leur luxe, matériels.


En cas de famine, ton chien, lui, n’hésiterait pas.

N’oublie pas ainsi que tu es une proie, un peu plus dodue, peut-être, un peu plus tendre, sans doute, mais une proie parmi d’autres.


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« Bon nombre de ceux qui s’étaient adonnés à la magie apportaient leurs livres et les brûlaient en présence de tous. »

Actes, 19.19


Dans ses souvenirs sur Franz Kafka, Max Brod raconte qu’il arrivait à ceux de ses amis qui écoutaient ses récits d’éclater de rire. Mais il ajoute que ces éclats de rire ne duraient pas tant ils avaient l’impression que le rire ainsi provoqué n’appartenait pas aux hommes, mais aux anges.

Pourquoi Max Brod a-t-il tellement pris le rire au sérieux ?


Écrire doit détruire le sérieux, désir malsain des choses définitives, absolues, vraies, originales.

Le sérieux désire l’une fois pour toutes que l’écriture fait voler en éclats. Le rire dévastateur de l’ironie éclate l’édifice soi-disant solide du sérieux.

Note bien que le rire ironique de l’écriture n’est pas celui de l’humoriste. Ceux qui font profession de rire de tout prennent nombre de choses au sérieux ; à commencer par eux-mêmes.

Le sérieux est une conséquence de la haine de la contingence ; la quête absurde de quelque chose de stable, de fixe, de figé ; — qui rassure.


Je ne peux pas être rassuré. C’est peut-être pourquoi j’écris.


Oublie la perfection. Ce n’est pas un idéal immuable, mais une dynamique ; une puissance de devenir.

Ne contrains pas tes émotions à être le reflet — copie au visage pâle — de mouvements abstraits, usinés pour la grande masse en communion.


Aie moins de style. Aie plus de styles.

L’injonction à être soi-même, à avoir une identité (personnelle, nationale), participe du désir de réduction de la réalité à une proposition unique, simple.

Quand tu nies la réalité, tu nies cette conception univoque, simple de la réalité.


La tristesse de l’immuable, des principes, de la vérité héritée, de l’histoire qui passe de génération en génération parce que c’est ainsi que les choses — de mémoire d’hommes — se sont toujours passées.

Et personne qui demande : Et si tout était différent ?
— Mais enfin, pourquoi s’interrogeraient-ils ?
— Pour le plaisir, pour être moins triste, demain.

 

1 Comment so far

  1. Alutip Mansiura

    Puis-je d’abord dire que j’aime le « poème »(c’est drôle comme le mot « poêle » interfère, sinon ça se dirait peau-âme) plus haut, plus des paroles, je suppose.
    Ensuite, je me demande souvent ce que je dirait à mon neveu si je voulais lui résumer un petit traité des choses. Je me le demande en voiture, mon poste est marginalisé pour le moment. J’en viens à me dire par logique, que la réalité est ce qui « est » avant de passer par les 5 ou 6 sens de l’homme si on compte la proprioception. De fait, commencer ne serait-ce qu’à voir, équivaudrait à mentir. Mais il y aurait des degrés dans le mensonge, et chacun peut accepter le degré qu’il veut, et l’habiller de la mythologie qu’il souhaite. Cependant, il faudrait bien prendre conscience de l’aspect mensonger de ce qu’on souhaite, et du degré de mensonge sur lequel notre souhait s’est arrêté. Et bien savoir que le confort d’un mensonge bien élaboré(si on considère que le mensonge permet d’appréhender la réalité, puisque de toute façon on en a pas le choix) peut s’avérer équivalent à l’utilisation d’une drogue, pour les même fins qu’entre parenthèse(un outil pour construire son mythe). N’IMPORTE QUOI. Bref, la difficulté réside dans le dépouillement du mythe dont on s’affuble. Je ne suis pas un autre, je suis un mythe. Essayer d’arriver au degré le plus proche de la réalité et jouer avec les mythes, vraiment comme on lit des bouquins pour voyager, bouger. Et du coup devenir ce que l’on est, s’est assez difficile. Où est la part du mythe?
    Ma question est sérieuse et est liée:
    Peut-on vraiment être sûr de ce raisonnement?
    Ma deuxième question:
    Peut-on devenir un bon artiste si on aime l’art? Mourir sans avoir écrit un livre alors qu’on en rêve?

    La peur de faire les erreurs qui nous permettraient d’avancer, de s’améliorer, l’angoisse d’écrire, de croire et de choir, décevoir encore. On ne déçoit que nous-même, sont faibl-intérieur. Le mythe dont on s’affuble et qui est à un degré trés lointain de la réalité. merde. Et si en plus on est manqué par l’amour. Noyé dans un romantisme aussi mythologique. Et pourtant tout ça existe, c’est réel en fait. Le pire c’est que même si on s’éloigne de plusieurs infinités de degrés de la réalité, ben finalement on a les deux pieds et la tête dedans, on y baigne grassement.
    Le point de vue, c’est ptêt ça qui…. si j’arrivais seulement à changer de point de vue, je baignerais dans une toute autre réalité, celle dans laquelle j’écris un livre. C’est le combat, l’ouverture de la porte cérébrale. Putain c’est dur.

    Crois pas! Ça sert bien à quelque chose tout ça, nulle contingence(j’utilise ce mot sans vraiment être sûr de sa signification). Tout ça me fait du bien, merci pour l’inspi, continue, ce que tu écris me plait de plus en plus, encore quelques trucs qui dans MON opinion sonnent faux mais c’est cool, ton cheminement me plait. Désolé pour le fatras, je ne suis qu’un pauvre gars déguisé en monstre.

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