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16.3.17

16.3.17

Une image ne vaut pas une phrase. Depuis plusieurs jours, j’ai cette image d’un animal que je rencontrerai dans l’Histoire de la forêt, mais je n’écris rien qui “corresponde” à cette image parce qu’aucune phrase ne correspond à une image. Il ne s’agit pas de traduire ce qui existerait ailleurs — comme si l’on s’imaginait, par exemple, que le langage décrivait la réalité et qu’il y avait des morceaux de réalité que le langage représenterait, certains morceaux rendant vraies les phrases qui leur correspondent —, mais d’inventer, de découvrir quelque chose qui n’existait pas auparavant et ne pourrait pas exister ailleurs que dans l’ensemble des phrases qui le font apparaître. L’animal peut être n’importe quel animal, la question n’est pas là — dans la traduction d’une image apparue par ailleurs. Il faut que le langage saisisse l’animalité à ce moment-là, ce qu’elle présuppose, évoque, implique. Si une image valait une phrase, je ferais un dessin, et c’en serait fini de la littérature. Ce ne serait pas plus mal, assurément, mais ce n’est tout simplement pas comme ça que les choses se passent. J’ai mon image, mais elle ne me dit rien du tout. Je ne peux pas la comprendre parce qu’elle ne signifie rien, elle flotte quelque part, tout au plus, là où je ne puis rien en faire.

La fabrication de la violence, la lente maturation de la haine, et son surgissement, son explosion soudaine, qui aveugle et détruit.

Jour de beau temps à Paris. Invasion des terrasses. Méfiez-vous : le ridicule ne tue pas, mais la pollution, oui. Il y a deux ou trois jours, je disais à Nelly : Que c’est triste, Paris. Et ce ne sont pas quelques rayons de soleil qui me feront changer d’avis. Comme le voisin n’est pas parti après avoir sauté la fille du dessus cette nuit, je dois supporter une énième fois le même morceau qu’il avait déjà essayé de jouer la veille (Come Together ?). Quant à lui, le clochard n’est plus là, mais ses affaires sont toujours à leur place, à sa place. Quand je sors de l’immeuble, un type est assis sur son scooter garé devant la porte : il me regarde avec l’air qu’ont tous les mecs de son espèce, comme s’il vivait dans un film dont les acteurs bodybuildés se tirent dessus avant de se battre à mains nues pour échapper à la terreur que leur inspire la possibilité de leur homosexualité. Je vais me promener au Cimetière du Montparnasse (ce que je n’avais pas fait depuis longtemps) : il ressemble plus à un jardin public qu’à un cimetière. Je ne sais pas si c’est mal ou bien. Je m’en fous. Trois lycéens chantent des bribes d’une chanson (du rap, je crois). Un flic à vélo traque les fumeurs. Une fille enrobée, trop chaudement habillée, parle au téléphone, quand je la croise, elle parle du pâtissier. Je ris dans ma barbe. Et puis, je vais faire des courses pour cuisiner des linguine aux anchois.

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