comment 0

3.5.17

Rue de Fleurus, à quelques dizaines de mètres de là où Gertrude Stein vécut au début du siècle dernier, une femme baisse son pantalon en plein milieu du trottoir et défèque. Les gens passent, qui font la grimace. Tout en faisant son affaire, elle leur crie : On veut du respect ! On est pas des animaux !

Pluie brumeuse sur le mont Lou, inondations en Tcheu-kiang,
Ne pas y être allé — mille fois regretté.
Hâte-toi avant qu’elles disparaissent !
Puis, le but atteint, rentre pour toujours :
D’autres actions seraient vaines alors.
Pluie brumeuse sur le mont Lou, inondations en Tcheu-kiang.

Dans ses Essais sur le bouddhisme zen, D. T. Suzuki commente ainsi ce poème de Su Shi : « l’ultime point de vue du zen est que nous avons été égarés par l’ignorance, qui nous a fait voir une scission en nous, alors que depuis le début il n’était nullement besoin d’une lutte entre le fini et l’infini, et que la paix recherchée avec une telle ardeur était là de tout temps. » Ce que tu cherches est déjà là — c’est une idée que je trouve fascinante, parce qu’elle n’implique pas de conversion, au sens où rien n’est transformé, même si tout est transformé. Pense à cette phrase : rien n’est transformé, mais tout est transformé, incroyable paradoxe qu’il n’est pas possible de résoudre ou, du moins, qu’il n’est pas souhaitable de résoudre. En un sens, tout ce dont tu as besoin pour vivre, tu l’as déjà, et il suffit de t’en apercevoir. La question cesse dès lors de porter sur l’impératif de changer l’ordre du monde puisque, quand même l’ordre du monde serait changé, si tu n’as pas compris que tout est déjà là pour toi, tu continueras de vouloir que l’ordre du monde change. C’est la solution simple du paradoxe. Or, il y en a une autre (même si ce n’est pas une solution à proprement parler, plutôt une résolution comme on en trouve en musique) : si tu fais l’expérience de ce paradoxe (Suzuki insiste bien sur le fait que le zen est une expérience, pas un raisonnement), alors il n’est plus nécessaire de le résoudre, il éclaire en lui-même une dimension de l’existence.

Une vérité parmi d’autres : nous sommes des animaux qu’on ne respecte pas.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.