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6.5.17

Cette nuit, n’arrivant pas à dormir, j’ai tourné dans mon lit en essayant toutefois de ne pas réveiller Nelly. Et puis, même si ce n’était pas ce que je cherchais, je ne cherchais que le sommeil, que je ne trouvais pas, j’ai fini par avoir une idée. Il était question des réalistes, du réel et des utopistes. Je n’ai pas fait l’effort de la mettre par écrit parce que je me suis dit que, si je le faisais, j’allais définitivement perdre tout espoir de sommeil alors que je voulais dormir, et c’était tout. Aussi, pour ne pas la perdre tout à fait, sait-on jamais, il se pourrait qu’elle fût intéressante, me suis-je dit, me la suis-je répétée un certain nombre de fois jusqu’à la connaître par cœur. En me la répétant, je me suis finalement endormi. Aujourd’hui, au moment de la mettre enfin par écrit, évidemment, je ne m’en suis pas souvenu. Je n’ai réussi à me souvenir que d’une impression vague, qui n’est pas l’idée, mais la brume diurne de l’idée nocturne. Pourtant, je sais que je n’ai pas rêvé cette idée, qui se développait en trois phrases, comme une sorte de syllogisme en trois phases, mais ce n’était pas un syllogisme, c’en était peut-être la parodie, comme une parodie de l’avant-garde, tout aussi bien. J’y expliquais que l’action des réalistes ne pouvait pas avoir d’efficace sur le réel parce que leur action s’indexe sur le réel (comme on dit que le cours d’une monnaie est indexé à une autre monnaie). Ce qui revient à dire que le réaliste croit qu’il faut se mettre en conformité avec le réel pour agir sur lui. Or, ce faisant, c’est le réel qui agit sur le réaliste, le contraignant à s’y conformer. Le réaliste n’agit donc jamais sur le réel. C’est toujours le réel qui agit sur le réaliste. J’ajoutais : il faut admettre, d’une part, que nous faisons partie du réel (le réel n’est pas quelque chose qui est distinct de nous, comme une autre personne, nous ne pouvons donc pas espérer avoir une quelconque influence sur le réel en opérant comme le fait le réaliste, comme si le réel était quelqu’un d’autre) ; et, d’autre part, il nous faut être résolument utopistes. Nous vivons la fin du réalisme, ajouterai-je aujourd’hui, un nouveau stade utopique. Enfin, je crois. Et peut-être, d’ailleurs, mon utopie comprend-elle cette part d’incertitude qui me semble nécessaire pour ne pas entraver le devenir.

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