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31.5.17

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L’autre soir (lundi, je crois), alors que Nelly accompagnait un vieil auteur américain à une rencontre avec son public dans le quartier, je me suis échoué sur un épisode de la série House un peu comme une baleine lasse s’échouerait sur une plage noire de monde. Dans l’épisode en question, un génie au Q.I. de 178 prenait du sirop pour la toux pour faire baisser son intelligence et être heureux avec sa femme, une imbécile contrairement à lui, qu’il ne parvenait pas à aimer dans son état normal. Comme l’éponyme Dr House le soulignait avec une grande finesse et un humour bien à lui, tout l’épisode tournait autour d’une interprétation simpliste de la formule chrétienne heureux les simples d’esprit (Ignorance is bliss, dans la version originale). Ce qui revenait à dire que quelqu’un d’intelligent ne pouvait pas être heureux. Mais, en fait, on aurait pu retourner l’argument et se demander si l’impossibilité d’être heureux n’était pas en fait une preuve de manque ou de défaut d’intelligence. Dans l’épisode, en effet, l’intelligence prenait une forme computationnelle, le génie en question fonctionnant comme une sorte d’ordinateur biologique, réduisant ainsi toute conception de l’intelligence à un modèle mécanique ou machinique. Mais ce n’était certainement pas une intelligence humaine. Car à quoi sert l’intelligence si elle ne te permet pas de trouver une façon de vivre qui te convienne ? Et puis, ce matin, sans que je fasse tout de suite le lien entre les deux, j’ai lu le texte d’une chronique dit par quelqu’un dont j’ai oublié le nom sur la chaîne culturelle de la radio publique, chronique qui parlait du petit marcheur de Paris et dans laquelle il était question du président-soleil et de la conception jupitérienne du pouvoir dudit président-soleil, pour qui les Français de la fin du XVIIIe siècle n’avaient en réalité pas voulu tuer le roi, même si, le faisant, ils avaient contribué à laisser une place vide au cœur du pouvoir, place vide qu’il faut bien évidemment combler, comme l’ont fait Napoléon, De Gaulle et donc, c’est ce qu’on déduit facilement, comme lui s’apprête à son tour à le faire. Outre le fait qu’il faut vraiment être con pour voter contre le fascisme et se retrouver avec ça, ce genre de raisonnement fallacieux revient à dire que les Français n’ont pas voulu en finir avec le droit divin, car c’était bien ce droit qui fondait le pouvoir du monarque. Parce que, dans un modèle politique comme celui de l’Ancien régime, il ne saurait y avoir d’autorité politique sans autorité supérieure. Or, c’est bien ce droit qui n’a plus cours aujourd’hui (comme on dit que le Franc est un monnaie qui n’a plus cours), parce que la référence à une puissance qui transcende celle des hommes et à laquelle ils doivent se référer et tendre n’a plus lieu d’être, n’a plus de sens pour les Européens du début du XXIe siècle. Et c’est là que le lien entre les deux m’est apparu : nous n’avons pas encore trouvé le moyen d’être nous-mêmes, d’être des êtres humains qui luttent comme tous les autres animaux pour leur survie sans faire appel pour cela au pouvoir rédempteur d’une autorité transcendante ni à la puissance computationnelle d’une machine nécessairement plus intelligente que nous. Nous n’avons pas trouvé les moyens de faire usage de nos pouvoirs proprement humains pour nous dépasser et vivre comme nous l’entendons. C’est pour cette raison que nous continuons de penser que l’intelligence est une malédiction et que la politique doit être constamment renvoyée à un au-delà qui la transcende et la fonde (remarque, en passant, comme c’est la même chose pour le langage : comme nous n’avons pas trouvé de vocabulaire pour parler de notre condition, nous le renvoyons sans cesse à un ineffable, inexprimable, indicible et caetera qui en est l’horizon et le fondement). Alors que nous avons besoin d’une intelligence proprement humaine, qui ne calcule pas très vite, mais se pense à l’échelle d’une vie et d’un pouvoir démocratique, qui n’a rien de mystique, mais grâce auquel tous les individus trouvent le meilleur moyen de cohabiter ensemble.

C’est lundi, aussi, que j’ai recommencé la lecture de Lolita à zéro. Mais, en l’occurrence, je crois qu’il n’y a aucun rapport. Ou bien si ?

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