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29.6.17

6 mois que je n’ai pas fumé. Quand il m’est arrivé d’avoir envie de fumer, au point presque d’aller gratter une cigarette à quelqu’un dans la rue, je me suis demandé si cela en valait la peine, si ce à quoi je m’apprêtais à renoncer ce faisant n’était pas plus important que la petite contrariété présente. Et fût-elle grande, cette contrariété, ne serait-ce pas plus grave encore de renoncer au moi que j’avais décidé de devenir pour avoir l’impression de me sentir mieux quelques instants ? pour un moment de soulagement ? J’ai toujours un paquet de cigarettes quelque part sur une étagère de la bibliothèque que nous avons stockée dans la chambre à coucher en attendant de déménager (et oui, elle est là depuis un moment déjà, deux ans, à quelques semaines près), comme un vestige oublié d’un passé qui l’est presque tout autant. Est-ce qu’il faut savoir oublier les vestiges du passé ? Non, il ne faut pas savoir, il ne faut pas le faire, il ne faut pas vivre pour oublier, il ne faut pas vouloir nier ce que tu es ou as pu être, il faut tendre, c’est-à-dire : devenir. S’il y a bien quelque chose que nous apprend Nietzsche, c’est cela : tu ne changes pas en renonçant, tu changes en agissant, ce n’est pas en te dépouillant de ceci ou de cela que tu peux devenir qui tu veux être (qui tu es ou quelqu’un d’autre, c’est comme tu veux), mais en devenant, en agissant, en étant positif. Ce devrait être un article premier dans une perspective de développement personnel : fais, ne défais pas. Mais notre époque est obsédée par la normalité, tout le monde veut être normal, tout le monde veut être rassuré.

Voici ce que Nietzsche écrit (GS, IV, 304) :

« En faisant, nous omettons. — Au fond j’ai en horreur toutes ces morales qui disent : “Ne fais point ceci ! Renonce ! Surmonte-toi !” — en revanche j’obéirai volontiers aux morales qui me poussent à agir et à agir derechef, quitte à ne rêver du matin au soir et la nuit durant que de cela, à ne penser à rien sinon à faire bien et aussi bien qu’il m’est, à moi seul, possible de le faire ! Qui vit ainsi se détache sans cesse de telle ou telle chose qui ne rentrerait pas dans pareille vie : sans haine ni répugnance, il voit aujourd’hui ceci, demain cela se séparer de lui, pareil aux feuilles jaunies que le moindre souffle un peu vif ôte à l’arbre : ou encore, il ne s’aperçoit pas même de cette séparation, tant son œil ne fixe rigoureusement que le but, ne regardant absolument que devant soi, et jamais de côté, ni en arrière, ni vers le bas. “Notre faire doit déterminer ce que nous omettons” — ainsi il me plaît, ainsi dit mon placitum. Mais je me refuse à aspirer consciemment à mon appauvrissement, je n’aime aucune de ces vertus négatives — vertus dont le désaveu et l’abnégation de soi constituent l’essence. »

Plutôt que de te rassurer, plutôt que de vouloir qu’on te dise c’est bien, comme s’il fallait que quelqu’un d’autre que toi-même valide ce que tu fais, apprends à faire bien, fais aussi bien qu’il est en ton pouvoir de le faire, et remarque peu à peu comme tu es meilleur, plus libre, plus léger, et comme te semblent ridicules les postures multipliées de tes contemporains qui attendent l’approbation de leurs semblables quand, justement, toi, tu as de moins en moins de semblables.

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