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5.10.17

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Je n’aime pas le post-structuralisme, la « french theory », quoi. Enfin, quand je dis que je n’aime pas, je veux surtout dire que l’utilisation qu’écrivains et artistes et toute la tribu d’indigènes du monde de l’art font d’un certain nombre de concepts qui en sont issus (rhizome, ritournelle, nomadisme, palimpseste, déconstruction, et ainsi de suite, toute la théorie y passe, bien sûr) me semble excessif et peu maîtrisé, une facilité de langage, en somme, un raccourci qui fourvoie, pour dire des choses qu’on pourrait tout à fait dire autrement, et mieux, même. Et puis, vouloir paraître contemporain avec des mots qui sont presque vieux d’un demi-siècle me semble franchement comique. Mais passons. Le problème, ce n’est pas de se servir de mots importés, non, plutôt de ne pas en faire usage, de simplement les faire passer d’un contexte à un autre, et hop, sans leur faire subir de transformation remarquable, sans les penser, en s’en servant simplement comme on se sert d’un sac pour faire les courses, pas d’un outil pour forger quelque chose. Derrida disait qu’il n’aimait pas l’utilisation qu’on avait faite de la « déconstruction » parce qu’il avait l’impression que le mot avait sauté hors du texte. Pour un penseur de l’absence de hors-texte, c’est une remarque qui peut sembler paradoxale, mais elle ne l’est pas. Moi, c’est ce que j’ai tout d’abord pensé, en tout cas, mais en fait je crois qu’elle ne l’est vraiment pas. Ce qu’il voulait dire par là (enfin, c’est ce que j’imagine), c’est que les mots n’ont de sens qu’en contexte, et qu’on ne peut pas les faire passer d’un contexte à un autre sans autre forme de procès. « Déconstruction », par exemple, est un mot que Derrida a trouvé dans le Littré pour traduire le terme de « Destruktion » que l’on trouve dans le (fameux, ô trop fameux) § 6 de Sein und Zeit : « Die Aufgabe einer Destruktion der Geschichte der Ontologie » (c’est Heidegger qui écrit comme ça, eh oui, pas un poète, Martin, un pécheur, peut-être, mais un poète, ah ça, non). Quand aujourd’hui on parle de déconstruire, on pense rarement à cette histoire du concept, qui est une histoire de traduction d’une langue dans une autre. Ce qui ne veut pas dire qu’on ne peut pas parler librement (ce serait une idée bizarre), mais qu’il ne suffit pas de sauter d’un contexte à un autre pour inventer du sens. Au contraire, ce faisant, on réduit le sens à zéro. On emploie les mots à tort et de travers. On ne fait que singer une histoire qui s’échappe parce qu’elle n’est pas conçue comme telle. On met des choses dans un panier et, à la fin, on passe à la caisse, et on paie. Alors que les mots ne sont pas des choses, mais des outils dont il faut apprendre à se servir. Et si l’on en fait un nouvel usage, fournir le mode d’emploi qui va avec. Ça, c’est penser et écrire. Ou un bon début, du moins.

5,25 + 1,51 kilomètres de course, sous le soleil et l’azur bleu immaculé (un peu de vent pas de nuages).

Le cosmos, c’est dans ta tête, étais-je en train de penser quand une dame s’est retrouvée coincée par la barrière sur le chemin qui doit servir à empêcher les scooters et autres motos de passer mais empêchent aussi les vélos électriques de passer, Marseille, ce n’est vraiment pas fait pour les vélos, dira-t-elle ensuite, après que je l’ai aidée à passer la barrière. Sauf que, allais-je ajouter, ta tête n’est pas forcément là où tu crois qu’elle est.

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