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6.1.18

La fascination d’une époque pour elle-même a quelque chose de comique. Un comique tautologique, cela va sans dire. Les hommages à ses chers disparus sont pour elle autant de manières de se célébrer, de s’admirer, de s’encenser. On aurait tort de croire, toutefois, que ces manifestations débordantes de bons sentiments se limitent aux sphères les plus basses de la société. La seule différence entre les classes est désormais une différence de degré : on est plus nombreux à pleurer chez les faibles d’esprit qu’au sein de l’intelligentsia, mais l’émotion est la même qu’on soit un biker tatoué ou un asthmatique côtelé. Tout ceci est évidemment ridicule (l’époque, la mort, l’hommage, tout), mais chacun est à ce point aveuglé par l’admiration qu’il a pour lui-même que personne ne s’en aperçoit. Aussi, s’applaudit-on, quand même on pleure. Et de pathétique, aussi. Car chacun sent bien que, chaque fois que quelque chose se passe, quelque chose passe. C’est la règle et, dans l’hommage, s’en manifeste, cruelle et implacable, l’application personnelle. La disparition d’un autre est l’annonce de sa fin prochaine, souvent avant sa mort même, — la fin d’une époque. Et le contemporain ne tardera pas à s’apercevoir qu’il n’est plus guère qu’un vestige du passé. Il se convaincra alors qu’au moins il en aura été, mais si quelqu’un s’en souviendra jamais, rien n’est moins sûr. Les hommages aux disparus sont ainsi autant de tentatives désespérées d’échapper au naufrage. Comme si, en parlant, en parlant sans cesse, on pouvait échapper à sa propre mort. C’est que tout est bon pour ne pas se regarder en face.

Cinq heures cinquante-six, exactement. C’est ce que me dira Nelly, un peu plus tard, aux alentours de huit heures et demie. L’heure à laquelle Daphné se sera réveillée. Ces chants sont doux, assurément, mais ils sont un peu matinaux, toutefois, quelquefois. D’autant que, bientôt, ils se transforment en appels qu’on ne peut plus faire semblant d’ignorer. Il est temps de se lever.

Lectures : Baudelaire, Cazotte. Où est le possible ?… Où est l’impossible ?

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