21.1.18

détruire le monde
plus
le dilapider jusqu’au dernier de nos souvenirs
l’individu comme seule communauté
et tout commerce avec lui
dès lors s’égalera
au zéro de la semence qu’on répand
comme centaines de litres chaque seconde chaque pas
vies sauvées de n’avoir jamais vu le jour
vies suaves
ainsi
par cette force des choses
il faut donc s’arrêter écrivait le philosophe *
sans qu’on sache très bien pourquoi il aura un jour fallu commencer
sauf qu’on s’acharne chaque seconde chaque pas
entraînant immanquablement un autre
et quand tu tombes il faut encore que tu te relèves
morale qui consume consomme brûle tout
ne laisse personne vivre à sa guise
mais déguisé en machine à se relever
qui
quand il ne lui reste plus rien à faire
trouve encore le moyen
trouve toujours le moyen
de
ne pas rester couchée
* ἀνάγκη δὴ στῆναι
écrivit
par exemple
aristote dans sa soi-disant
métaphysique :
« tout changement est changement de quelque chose ;
par l’action de [1070a] quelque chose et en quelque chose ;
par l’action de quoi, c’est le premier moteur ;
de quoi, c’est la matière ; en quoi, c’est la forme.
on ira donc à l’infini si non seulement le bronze vient à être rond, mais que viennent aussi à être la forme ronde et le bronze ;
il est donc nécessaire de s’arrêter. »

mais qui s’arrête jamais
autrement que de fatigue ?

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