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14.4.18

Dos douloureux toute la journée d’hier. En haut à gauche, entre l’omoplate et le cou. Musculus levator scapulae. Ce matin, aussi. Je ne suis pas bloqué, j’ai mal. Je devrais dire sans doute que je somatise — c’est comme ça qu’on dit dans les magazines, non ? —, mais je ne crois pas qu’il y ait une différence réelle entre le corps et l’esprit. Alors, je ne le dirai pas. Peut-être est-ce la façon dont l’individu réagit quand il est agressé et se trouve dans l’impossibilité de se défendre ? Je ne sais pas. Sans doute. Peut-être. Je vis, c’est tout. Je ne suis pas vaincu, j’encaisse le choc. Je ne suis pas mort, non, je ne suis pas mort, mais ça fait mal.

Quand tu regardes les séries américaines à la télé, tu apprends que la pire chose à faire, c’est larguer une fille en lui envoyant un texto. Refuser un texte par mail, après avoir fait quatre livres ensemble, ce n’est pas mal non plus. (Je ne dirai rien du contenu du mail en question que j’ai finalement reçu. Nelly est en train de relire la vie sociale, comme je le lui ai demandé. Mais de cela, non plus, je ne dirai rien.)

C’est fou à quel point on peut douter, à quel point, en fait, on peut être faible. Est-ce que si tu étais plus fort, est-ce que si tu doutais moins, tu écrirais mieux ? Je ne sais pas, peut-être. Peut-être qu’après tout, je devrais écrire différemment, suivre des structures plus linéaires, emprunter « les autoroutes de la narration ». Mais il y a quelque chose qui résiste. Peut-être suis-je trop vaniteux, peut-être ne devrais-je pas faire tant de manières.

Hier, comme le musculus levator scapulae me faisait souffrir, je me suis allongé aux deux tiers sur le canapé et j’ai regardé un film. Corporate. Qui aurait pu être un chef-d’œuvre s’il n’avait pas voulu sauver le monde. Toute la partie descriptive est juste et forte, dans sa retenue même, qui montre bien ce que deviennent les rapports sociaux. Car « le monde de l’entreprise » n’est pas empire dans un empire, c’est toute la sociabilité qui se modèle sur lui à mesure que l’on persuade les peuples que la concurrence ne doit pas connaître de limites. Du coup, c’est toute la vie qui en porte désormais l’empreinte. Et le discours de la RH qui contraint le salarié à un dilemme qui ne peut connaître d’autre issue que la démission est le même que celui du politique qui explique au petit peuple rassemblé devant son poste de télévision qu’il n’y a pas d’alternative à sa politique.

L’écrivain n’est plus guère qu’un prestataire de services : il apporte un texte, on le prend ou on ne le prend pas. Ce n’est pas plus compliqué que ça.

Contraste saisissant avec les rues de Marseille. Glycines qui tombent des murs d’enceinte des maisons. Ciel changeant de nuages et d’éclaircies. Je marche un peu pour aller à la boulangerie. Perfection de ces quelques minutes. Ailleurs, c’est la guerre. Comme toujours.

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