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16.12.18

Plus je comprends et moins je comprends mais y a-t-il quelque chose à comprendre ? Faut-il se faire ermite pour échapper à tant de bêtise ? Quelle bêtise ? Partout tout le temps à l’assaut de mon cerveau. En un sens, c’est ce que je fais déjà, l’ermite. Voir le moins de monde possible. Ce n’était pas volontaire, au début, j’ai dû m’en accommoder, peut-être parce que je suis trop exigeant avec les autres et avec moi-même, mais c’est probablement mieux comme ça, après tout. À quoi bon parler quand parler, c’est pour ne rien dire ? Tu ne me crois pas ? Il faudrait peut-être que tu ouvres un peu les yeux. Enfin, ça ne fait, ça ne me fait rien. J’ai l’impression que quelqu’un appuie sur ma tête, de tous les côtés à la fois, pas assez fort pour que j’aie mal, mais suffisamment pour que je ne puisse pas tout à fait me concentrer. À peine, j’essaie de saisir un pensée à peu près claire, à peu près distincte, mais elle s’échappe. Systématiquement. Mais ce n’est pas une impression, c’est Daphné. Qui est insupportable. Littéralement. Peut-on avoir un enfant et une œuvre ? C’est le genre de questions qu’il ne faut surtout pas se poser parce que la réponse, s’il y en a une, la réponse n’apporterait rien. Elle serait semblable à du vent ; tu peux confondre le vent qui souffle, s’engouffre dans un interstice, avec une voix, mais elle ne dit rien. Rien du tout. Bref, c’est trop tard, je me suis déjà posé la question. J’exagère (n’est-ce pas un art, l’exagération ? pas la caricature, pas les traits grossiers, non, on pourrait comparer à un gros plan, un vrai). J’ai écrit 5 poèmes aujourd’hui. Le dernier dans une sorte de demi-conscience, cet après-midi, pendant que Daphné faisait la sieste. Je regardais la télé sans le son et les images sinistres qui se vendaient pour si gaies m’ont impressionné. J’avais la sensation d’assister à une comédie macabre, volontairement macabre, mais dont personne ne percevait le caractère profondément funèbre, non, au contraire, les spectateurs riaient, tendaient le doigt en direction de la scène et me disaient Tu as vu comme c’est drôle ? Pourquoi est-ce que tu ne ris pas ? Ris ! Allez, ris ! C’est drôle, il faut rire, la vie est faite pour s’amuser, tu ne sais pas ce que c’est la vraie vie. J’avais envie de quitter la salle mais je ne le pouvais pas. Les portes étaient toutes closes, verrouillées. Sauf que ce n’était pas pour cette raison que je ne pouvais pas quitter la salle, mais parce que j’étais hypnotisé par ce que je voyais, ce qu’il se passait sur la scène et les gens qui m’interpellaient, m’admonestaient, m’enjoignaient de changer de vie. J’avais envie de leur dire que je savais, moi, ce qu’était la vie nouvelle, mais je ne pouvais pas parler. Tout se passait dans le regard, dans ce à quoi j’assistais, médusé. Moi, je ne suis que du langage, même quand je ne dis rien. Je n’ai pas éteint la télé, j’ai pensé à une phrase, et j’ai écrit un poème. Le poème porte l’empreinte de ce cauchemar éveillé.

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