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21.12.18

Cet après-midi, j’ai lu dans le Figaro que les Américains étaient devenus plus petits et plus gros qu’en 1999. En moyenne, l’Américain a pris environ 3 kilos et perdu environ 3 centimètres. À ce rythme-là, l’Américain du siècle prochain sera une grosse flaque de graisse avec des organes génitaux atrophiés (probablement) et une touffe de cheveux (blonds) dessus. Saisissant portrait des maîtres du monde. C’est amusant, enfin je trouve, personne ne l’avait envisagé de ce point de vue, mais le déclin de l’Occident n’a rien de moral, non, le déclin de l’Occident est physique. Les Occidentaux sont en train de ressembler à des monstres qui étouffent dans la graisse, des choses obèses qui éructent et insultent la terre entière au nom d’un mode de vie qui, donc, consiste à se transformer en amas répugnant de matière dégoûtante. Le progrès qui devait guider l’humanité sur la voie du bonheur fait des êtres humains des tas littéraux, se retourne ainsi contre lui-même pour réduire à l’état de friture tiède tout ce qui est censé posséder un cerveau. Je ne sais pas pourquoi j’ai pensé à tout ça, je n’aurais probablement pas dû, mais en arrivant devant la porte du coiffeur où j’avais l’intention de me rendre, je me suis trouvé nez à nez avec une feuille de papier qui disait ouverture à 15 heures, j’ai donc déambulé dans Marseille, fait quelques clichés de cette ville à la fois sublime et hideuse, et donc lu cet article de journal. Pour passer le temps. On ne devrait jamais passer le temps, me suis-je dit ensuite, en attendant mon tour, on ne devrait jamais regarder la télé. Sur l’écran, il y avait ce type, là, un grand Noir avec des lunettes ridicules, qui chantait un truc bizarre sur les poissons d’avril qui meurent dans l’eau, ou je ne sais pas trop quoi, c’était si étrange, j’avais l’impression qu’il dénonçait un par un tous les maux qui accablent l’humanité, que c’était une chanson à texte, mais je ne comprenais pas pourquoi il parlait des poissons d’avril dans l’eau, naturellement, je me suis dit que je me trompais, que je devais mal comprendre, non mais c’est quoi cette histoire de poissons, il est débile ou quoi ? mais dans le clip qui passait sur l’écran de télé en haut dans un coin du salon, on voyait des poissons dans la mer, ou dans un aquarium, je ne sais pas, j’étais trop loin pour bien voir, des poissons multicolores, exotiques, quoi, pas des loups ni des rascasses, non, quitte à dénoncer les maux qui accablent l’humanité, autant que ce soit joli, les gens veulent bien s’indigner, mais de façon positive. L’écologie, c’est un peu comme chez Carrefour, quoi. J’ai passé là un temps beaucoup trop long pendant lequel j’ai assisté à l’étalage de la culture de masse sur les écrans, des chansons toutes plus incroyables les unes que les autres, des paroles incompréhensibles beuglées par d’étranges personnages manifestement analphabètes broyées à l’autotune. Des tonnes de conneries qui te tombent sur la gueule, en quelques minutes à peine. Ensuite, il s’est passé quelque chose d’encore plus bizarre, à la télé, on s’est mis à passer des vieux clips. Des années 1990. J’ai cru que j’allais m’évanouir, mais non. J’ai eu chaud. Et puis, mon tour est venu. Malgré la musique, et quelques blagues que font les hommes quand ils sont entre eux (mon Dieu, qui a inventé ça, les hommes entre eux ?), le coiffeur travaille bien, et pas cher. 25 euros pour me couper les cheveux et tailler la barbe. Pas cher pour ma dose d’humanité, de France, inculte et dépourvue de tout sens esthétique, à la télé, la France qui dit aux gens quoi penser et que les gens, je ne sais par quelle anomalie dans le fonctionnement du monde, écoutent. Ensuite ? Eh bien, ensuite, il était temps de rentrer chez moi. J’ai bravé les embouteillages et, après être passé devant le fleuriste de Sainte-Anne, j’ai fait demi-tour, j’ai sonné à la porte, je suis entré, et j’ai acheté des hortensias. Trois. Des hortensias blancs incroyablement beaux, des explosions contenues au bout de la tige. Pas une image de la perfection, non, la perfection. Qui est donc de ce monde. Il suffit d’ouvrir les yeux. Et de s’en donner la peine.

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