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17.8.21

Des jeux pour enfants cassés et interdits. Des détritus abandonnés sur une pelouse crasse en face d’un chemin qui fuit une improbable civilisation mais que personne n’emprunte qu’à regret. De jeunes chiens ahuris qui se courent après à midi au milieu de pique-niqueurs ravis quoique affamés sur une aire d’autoroute glaciale. Les regards admiratifs de la famille d’un maître qui crie le nom de son animal domestique. Lequel, en retour, ne lui obéit pas. Comment s’appelle-t-il au juste, ce pauvre chien ? PfizerKaiser ? J’hésite. Il se répète. DysonTyson ? Aucune hypothèse n’est à exclure sur l’autoroute du soleil ; — mon Dieu. Si je devais donner une réponse à la question Qu’est-ce que la vraie vie ? me suis-je interrogé à peu près cependant que je me soulageais — bien obligé — à l’urinoir collectif du restauroute de l’aire au rythme d’une incompréhensible chanson de Johnny Halliday, lieu à la virilité sale, inventé probablement par un esprit aussi pratique que pervers, un ingénieur, sans aucun doute, ce serait celle-ci. Ce qui ne constitue bien évidemment pas une réponse à la question Pourquoi ? Laquelle, au contraire, comme pour prendre sa revanche sur la disponibilité parfaite d’un nombre toujours croissant de réponses à la question précédente, et toutes aussi désespérantes les unes que les autres, cela va de soi, laquelle demeure sans réponse. Parfois, on croit toucher du doigt une phrase de cet ordre, une solution à un problème quelconque que l’on se pose avec insistance. On le croit, en effet, mais, comme le nuage absurde d’un rêve qu’on n’aura jamais fait, elle se dissipe dans le geste même qui semble autoriser à l’atteindre. Nous touchons là aux limites de quelque chose, mais nous ne savons pas de quoi. Telle est la meilleure image de notre existence. Peut-être. À moins que. À moins que quoi ? Partout, des individus négligeables donnent leur opinion définitive sur d’innombrables sujets aux ramifications infinies. Et c’est ceci, me dis-je à présent, c’est tout ceci qu’on appelle la démocratie. Sale temps pour les idées, pensai-je alors, remontant le col de mon imperméable, improbable détective privé au cœur polaire de l’été.

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