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9.2.22

J’ai envie de taper très fort sur quelque chose n’importe quoi pour le casser mais je ne le fais pas. C’est dommage, peut-être cela me ferait-il du bien ou alors peut-être cela me ferait-il du mal, qui me ferait peut-être du bien par une sorte d’effet secondaire de sa cause, mais alors est-ce que le bien que le mal m’aurait fait me ferait du mal et ainsi de suite ou inversement ? Peut-être ne vaut-il mieux pas que je tape très fort sur quelque chose n’importe quoi pour le casser, les conséquences sont imprévisibles, je casserais peut-être la chose, certes, mais qui peut prévoir les effets que produirait le cassé du cassage de cette chose une fois cassée ? Donc, je n’en fais rien. Je me lève. Vais dans la cuisine, me prépare un deuxième café. Comme il tarde, je perds patience, je tape un peu trop fort sur les touches du clavier, mais ce n’est pas elles que j’ai envie de casser, quand même j’aurais peut-être envie de casser quelque chose avec les touches du clavier, ce ne serait pas au sens propre, ce serait plutôt avec mon écriture que j’ai envie de casser quelque chose mais pas n’importe quoi. Le devrais-je ? On ne le dirait pas forcément, mais c’est une grave question. Tout est si imbécile qu’il faudrait vraiment abandonner, tout abandonner, c’est vrai, à commencer par l’écriture, mais ce n’est pas cela : le fait que tout soit tellement imbécile devrait me laisser parfaitement indifférent. Il faut, il faut, il faut que je parvienne à cette indifférence et, n’y parvenant pas, j’ai envie de taper très fort sur quelque chose n’importe quoi pour le casser. J’ai d’innombrables exemples à donner de cette imbécilité générale, mais je n’en dirai pas mot, il faut que je m’entraîne à l’indifférence. Je me disais cela tout à l’heure, en marchant, je parle à quoi ? 250 personnes, pas plus, et c’est vrai que ce n’est pas beaucoup, même si d’un certain point de vue, c’est formidable (tu parles…), mais je sais que ce n’est rien, que ça ne compte pas, et pourtant, tout est parfait, à l’exception de cette histoire de quantité de livres vendus, de quantité d’argent gagné par suite, à laquelle je ne puis rien, si les gens préfèrent vendre et acheter des types aux cheveux bleus et des dindes voyageuses, je n’y suis pour rien, je fais exactement ce que je veux, exactement ce que je voulais faire, je fais exactement ce que je veux continuer de faire, je fais exactement ce que je vais continuer de faire — jusqu’à ma mort. Que je tape très fort sur quelque chose n’importe quoi pour le casser ou que je ne tape pas très fort sur quelque chose n’importe quoi pour le casser, comme à l’instant, quand j’ai tapé très fort sur l’accoudoir du fauteuil, et que le son des coups donnés sur l’accoudoir résonnait, grave, dans la pièce qui les réverbérait, cela ne changera rien, aujourd’hui pas moins que demain, à cette imbécilité pas plus qu’à cette perfection. Parfois, je me dis que je pourrais l’enseigner, comme tous ces gourous qui pullulent, à tous ces gens qui se regardent le nombril comme si c’était Delphes alors que c’est simplement le trou du, non, chut, je suis au bout de ma life, mon psy m’a dit, tu vois, mais cela aussi est imbécile : tout est parfait, tout est là, qu’y puis-je, moi, si les gens ne s’y intéressent pas ? Et tant pis pour cette conclusion défaitiste, moi, je ne le suis pas.

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