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8.9.22

Des mois que je n’avais pas couru comme ça ; quatre, exactement. Oh, rien d’extraordinaire, non, le but n’est pas mesurable en minutes et secondes par kilomètre, le but est l’activité même, mais il me semble que je me retrouve. Pourtant, je dors mal en ce moment. À cause du bruit, certes, du nouvel environnement, mais aussi, je crois, à cause de la peur de mal dormir. En fait, si je me trouve à ma place dans le lit, j’ai du mal à trouver ma place dans le lit, j’ai du mal à trouver ma place dans ma place. Étrange, non ? En tout cas, moi, je trouve que c’est étrange. Peut-être que ce n’est pas étrange. Peut-être que je suis quelqu’un de parfaitement banal qui s’imagine ne l’être pas, et qui vit ainsi dans une sorte d’illusion auto-entretenue de lui-même. C’est possible. En tout cas, moi, je trouve que c’est étrange. Surtout que cela ne m’empêche pas de courir plus vite que ces quatre derniers mois, alors que je devrais avoir du mal, manquant de sommeil, du mal à courir, mais non. Est-ce que les deux événements sont liés ? Est-ce une coïncidence ? Est-ce simplement qu’il fait désormais moins chaud ? Je ne sais pas. Tout ce que je sais, c’est que c’est étrange. En tout cas, moi, je trouve que c’est étrange. Mais peut-être que je me trompe. Est-ce que je me trompe aussi quand j’efface la phrase que je viens d’écrire et qui se voulait une sorte de commentaire de l’actualité littéraire ? Me souvenant encore de ce que je lui ai fait dire à cette phrase, pourtant, je crois que je suis entièrement d’accord avec son sens. Alors pourquoi l’ai-je effacée ? Parce que les noms propres qui l’habitaient n’avaient rien à voir avec ce qu’elle voulait dire mais qu’on ne voyait qu’eux, pas le sens de la phrase ? Pour inventer un nouveau moi plus conforme avec l’idée que je me fais de moi ? Je me dis : ce monde-là ne doit pas exister, c’est un fait qu’il existe, mais il ne le devrait pas, nous devrions vivre dans un monde fort différent de celui dans lequel nous vivons et, si nous vivons dans celui-ci, ce n’est pas parce qu’il est bon ni qu’il est le meilleur monde possible, c’est que nous sommes paresseux, c’est que nous sacrifions nos désirs sur l’autel de la rentabilité d’un petit nombre. Ce monde n’est pas aussi bon qu’il pourrait être parce que nous nous résignons à notre propre humiliation. Et notre idéologie est sociologique — pas métaphysique, pas religieuse, pas politique — parce que nous avons besoin de ne pas nous sentir responsables, nous avons besoin de croire en des forces plus puissantes que nous, des forces qui nous déterminent à agir, des forces qui n’existent pas, pour nous innocenter. Micronomade dans la ville, je m’assois sur un banc, regarde les jeunes étourneaux, lève les yeux au ciel changeant, tout à fait selon mes désirs, derrière le pâtre avec sa chèvre. Quelquefois, il m’arrive de me dire que c’est l’unique raison pour laquelle je suis revenu vivre ici, pour ce ciel changeant, ce que j’appelais jadis « la grisaille » et que, maintenant, il me semble, j’aime tant, les passages nuageux, comme dit la météo, et les éclaircies. Et puis, je me souviens que Nelly aime Paris et que moi, j’aime Nelly.

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