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25.10.22

Après avoir mal dormi cette nuit, ce matin je suis allé marcher. Quinze kilomètres. Une grande boucle jusqu’à la place de la Nation et puis retour à la maison en passant par la République. Il y avait bien longtemps que je n’étais allé dans ce quartier entre Bastille et Nation où nous avons vécu Nelly et moi à notre arrivée à Paris. Quelques années de notre vie se sont pourtant déroulées là. Passant devant l’immeuble où nous louions un appartement, j’ai constaté avec déplaisir que personne n’avait fait poser de plaque pour indiquer que j’y avais vécu. Je suppose qu’il faut que j’attende de mourir. C’est ce à quoi j’ai pensé, cette nuit, cependant que je dormais mal : à mourir, me suicider. J’ai exposé devant mes yeux clos et fatigués une version de ma vie et j’en ai tiré une conséquence qui, du point de vue de cette version-là de ma vie, me semblait d’une logique implacable. Même si, en vérité, continuer de vivre est plus logique, au sens aussi de « biologique », d’autant plus que c’est ce que je fais. Peut-être que je ne devrais pas. Peut-être que personne ne devrait plus vivre. Peut-être que, passé un certain âge, c’est ce que je veux dire, on devrait mourir, quoi que ce soit qu’on ait accompli. Passé 40-50 ans, comme Balzac, Baudelaire, Kafka, Proust, Benjamin : terminé. Si l’on n’a pas été capable de faire quelque chose avant, alors que eux, oui, tant pis, c’est trop tard, il faut céder la place. Ce serait comme une date de péremption, en quelque sorte, et ce ne serait peut-être pas plus mal. On peut se poser la question, en effet : le fait de vivre si vieux n’a-t-il pas tendance à nous ramollir ? On se dit qu’on a le temps, qu’on a toute la vie devant soi, mais cette idée n’est-elle pas profondément stupide ? La vie devant soi n’existe pas, ce n’est que pur néant. La notion même d’espérance de vie nous fait accroire que la vie existe, au contraire, qu’elle nous attend et que, si nous ne mettons pas au travail dès aujourd’hui, nous aurons tout le temps de nous y mettre demain, après-demain, le jour d’après, l’année prochaine. Primum vivere, mais c’est une idée imbécile, pire : nuisible. Au lieu de vivre, de se consumer, on végète. Le temps s’étire, on s’ennuie en attendant la retraite. Il faudrait être incandescent là où l’on rougeoie comme un petit tas de braise dans le foyer. Mais ce n’est pas à cela que je pensais tout en marchant, je mettais un pied devant l’autre, c’est tout.

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