vingt-trois février deux mille vingt-trois à Rome

L’air entre les choses. C’est ce que je préfère. Le respirer. Le sentir. Être parmi. Sorti faire quelques pas à la nuit tombée, je me suis perdu, et il a fallu que je me concentre, reconstitue à reculons mon chemin pour le retrouverenfin. ll faisait de plus en plus noir et moi, je ne cessais d’avancer. En vérité, je n’avais fait que tourner en rond, mais c’était suffisant pour me dire, ayant oublié mon téléphone — l’alpha, l’omega, la boussole unique de tout destin —, que je ne savais pas exactement où j’étais. Je n’aurais pu être n’importe où, non, j’étais à Rome, cela je le savais, qui ne faisait aucun doute, et j’aurais pu me satisfaire de demander mon chemin au premier indigène venu, « Scusate, dov’è Campo dei Fiori ? », cela aussi, oui, j’aurais pu le faire, mais pendant quelques instants, le temps de ressentir ce léger frisson qui vient titiller, le tirant de son ordinaire torpeur, le touriste en voyage, j’ai préféré mon sentiment à la vérité, bien plus prosaïque, qui voulait que je ne courre aucun danger. En courre-t-on jamais vraiment en Occident ? Tout dépend de quel point de vue on se place, évidemment. Mais à vrai dire, tout est fléché, balisé, rassurant. Quelle angoisse, être rassuré. À la touriste française qui, angoissée face à son artichaut qu’elle ne sait comment entreprendre, s’enquiert auprès du serveur afin de déterminer ce qu’elle a le droit ou non d’en manger, ce dernier lui répond : « Tutto… Tutto o niente », populaire simplicité qui me rassure par sa radicalité ordinaire, franche, riante. Tout ou rien, bien sûr, quoi d’autre ? Gourmandise comme raffinement véridique de la civilisation à laquelle répondent gaiement les oiseaux de François. Tout ou rien, madame. Que ce soit une devise, oui. Mais quel en serait le blason ? Oh, des plus simples, dépouillés ou quasi. Porte d’or aux deux fauvettes affrontées de sable.