30.4.26

Évidemment, quand _______ _______ compare le renvoi d’_______ _______ à un viol, c’est indécent, mais le but n’est pas d’engager la conversation, le but est de l’empêcher, de la rendre impossible, de monopoliser la parole. Le but n’est pas de dire quelque chose qui a du sens, dont on peut discuter, à l’encontre de quoi on peut émettre des objections, au sujet de quoi on peut apporter des précisions, suggérer des nuances, argumenter, objecter et répondre, évidemment non, le but est d’interdire toute parole dissonante : la parole est un bloc qu’on ne partage pas, elle est comme le pouvoir, — qui lale prend ne lale rend jamais. On aurait pu parler de la rémunération délirante d’_______ _______, de l’asymétrie insupportable entre les revenus d’un héritier comme il y en a tant et l’immense majorité de ce que gagnent, effectivement, chaque année, 75% des gens qui tentent de publier des livres en France, sans même parler des salariés de chez _______ (je suis les deux), mais de tout cela, il ne doit surtout pas être question. Car, ce qui est en jeu, outre les revenus de quelques-uns obtenus au détriment de l’immense majorité des autres, c’est le revers de cette asymétrie, c’est le monopole de la morale. De même que le succès monopolise le marché — la valeur se mesure exclusivement au plus grand nombre de ventes —, l’outrance monopolise la morale en neutralisant la pensée : une fois que le mot « viol » a été prononcé, qui se risquerait à émettre ne serait-ce qu’un léger doute ? La démocratie, quand elle devient politique, dégénère en spectacle, ai-je écrit, hier, à peu de choses près. En voilà une preuve de plus, si elle était nécessaire : on fait régner la terreur morale et, dans le format univoque et sans appel du face caméra, le totalitarisme est déjà là. « Mais qu’est-ce que la démocratie, Jérôme, sinon de la politique ? », objectera-t-on (même si c’est passé de mode, il faut déchaîner les passions et non plus argumenter, je fais semblant). Eh bien, la démocratie n’est pas un régime politique ; la démocratie, c’est la conversation, en tant qu’art, en tant que pratique quotidienne, en tant qu’écoute et non seulement parole, la conversation, ai-je dit, et la douceur des mœurs, ai-je envie d’ajouter, en tant que culture, en tant qu’existence au quotidien (amour, amitié, simplicité). Même s’il a toujours la même tessiture, à mesure que l’arbre dans la cour intérieure s’est couvert de feuilles, le chant de Luciano a gagné en puissance et en profondeur. Son chant ne confisque pas, il enchante. Et, tout comme ma voix, qui l’écoute ?