Temps gris. Que la vie parfaite te semble à portée de la main — parfaitement accessible —, n’est-ce pas le signe qu’elle est déjà là ? Que, en vérité, d’une manière que tu ne perçois pas encore clairement, que tu ne peux pas sans doute percevoir clairement, tu y es déjà parvenu, la tiens déjà dans tes mains (encore qu’elle soit insaisissable) ? Alors, bien sûr, c’est toujours le même bruit sur le boulevard, les mêmes sirènes qui hurlent des colères étrangères, et tous ces gens semblables à des rats et ce rat, à son tour semblable, j’en prends conscience à présent, à ce pigeon qui avait élu domicile sur la chaussée, à Combray, dangereusement près des pneus des voitures qui passaient là, comme s’il se savait déjà mort et cherchait à accélérer le procédé de l’inéluctable, je l’avais trouvé mort, un peu plus tard, dans le caniveau, ce rat qui traîne sur le boulevard sa longue queue grise, il l’étale là où vont échouer les cadavres de la modernité, laquelle queue n’est pas répugnante en elle-même, mais dans la relation qu’elle fait de la ville, le récit de ce monde dans lequel nous sommes condamnés à vivre, tous les animaux se préparent-ils à la mort de la même façon ? À propos de la mort, aujourd’hui, j’ai eu des pensées que je ne confesserai pas ici. Peut-être parce que, justement, elles ne peuvent être confessées ; — y a-t-il une rédemption pour l’idée que je me fais de la mort, tellement étrangère à l’ἦθος de cette époque, l’idée que je me fais de la mort, c’est-à-dire de la vie ? Regarde comment nous nous préparons à la mort : n’est-ce pas le signe que, derrière nos passions égalitaires, notre bienveillance mièvre, nous haïssons la vie ? Qui, ne haïssant pas la vie, accepterait de vivre comme nous vivons ? Assise là même où les rats se laissent aller à vivre et puis à mourir, l’humanité viendra écluser sa bière. On appelle cela, l’heure heureuse. Trouver le bonheur dans la bière, la belle aspiration que voilà. À l’heureuse, que dire ? sinon que je préfère l’heure exquise.
2924
Un instant, la bande de ciel bleu tracée de nuages blancs illuminés par le soleil couchant est sublime dans le cinquième supérieur de la fenêtre. Depuis la rue, montent les sons lointains mais pas assez des véhicules permanents et des éternels attablés de l’happy hour. Toujours, la vie semble ainsi, belle et insipide à la fois, délicieuse et insupportable, divine et d’une crasse laideur. Cela, l’ai-je déjà écrit ? Si ce n’est ici, je l’ai pensé : le mensonge, c’est de sentir l’un sans l’autre, de penser l’un sans l’autre. Et ce mensonge (d’un ton kitsch ou apocalyptique) est l’ennemi de la beauté, de sa perception, de son expression, l’ennemi de la vie. J’ai considéré avec insistance cette bande bleue tracée de blanc dans le cinquième supérieur de la fenêtre de la chambre à coucher. Quelques minutes après, à peine, le soleil n’illuminant plus au couchant les nuages, le charme se rompait, non que la beauté se fût enfuie (où diable serait-elle allée ?), mais je ne la voyais plus, elle ne se manifestait plus à moi, me résistait moins qu’elle ne se cachait, se dérobait, un peu plus loin dans le ciel, ou ailleurs, la où, quoi qu’il en soit de la place qu’elle occuperait, je ne la verrais plus. Mais je l’ai vue, et n’est-ce pas ce qui importe le plus ? Que je voie, que j’aie vu, que je verrai. Sinon, si l’on ne voit plus le dehors, qu’on ne voit plus que le fond palpable de sa pensée ou la concavité immédiate d’un insignifiant nombril, que voit-on ? Jamais que le reflet — sinistre, triste, limitant — de notre propre moi, — impropre à rien, en vérité. Définitivement, la lumière dans le ciel s’en est allée. Restent les bruits qui montent du boulevard, les ricanements de table, le vrombissements de l’asphalte, tout un monde qui pourrait se taire mais qui, contrairement à tous ces mondes que nous aimerions entendre, ne se tait jamais, monopolise bien plutôt la parole, la confisque. Il suffit de passer quelques instants avec ses semblables pour être convaincu de l’inutilité de l’existence : oh, tout ce bavardage. C’est certainement de ma faute si je suis seul, mais de combien d’êtres avons-nous besoin pour vivre, vraiment ? De ces milliards de voix qui toutes parlent en même temps — on appelle ce phénomène d’incompréhension généralisée, la communication —, qui a besoin ? Il faudrait un laps de silence long comme une vie pour se faire des oreilles neuves, libres de tout acouphène, et entendre le monde vibrer comme il vibra peut-être, longtemps, longtemps avant notre naissance. Mais qui se soucie du silence ? Et qui a une oreille pour la musique ? Ma lumière est partie, le ciel est gris. Parle, parle, ne te retiens pas, de toute façon, personne ne t’écoute.
1924
Ce matin, je suis allé marcher (10,75 kilomètres) et, l’après-midi, je me suis installé dans la chambre à coucher, les rideaux presque tout à fait tirés, le ventilateur allumé, souffle léger, et dans ce refuge parfait, allongé sur le lit, j’ai lu les cent premières pages du livre de David Harvey, Paris, capitale de la modernité. Ma plus grande inquiétude, durant ce laps de temps, c’était de ne pas pouvoir parvenir à lire sans être dérangé. Et, en effet, non, je n’ai pas pu lire sans être dérangé. Faut-il donc qu’il en soit toujours ainsi ? Évidemment. Mais cela ne doit pas t’empêcher de t’efforcer d’exister, malgré tout, les dérangements, les perturbations, l’imbécilité ambiante, non, rien ne doit t’empêcher de t’efforcer d’exister. Ce faisant — c’est-à-dire : lisant le livre que j’étais en train de lire —, je commençais d’accomplir le projet que j’avais formé (ou reformé parce que l’idée n’est pas neuve, je l’ai déjà eue) la veille dans la librairie, et c’était bien. Cette phrase — « c’était bien » —, ne l’ai-je pas déjà écrite mot à mot hier ? Oui. Et alors ? Eh bien, tout cela ne fait-il pas trop de bien ? Nous verrons demain. Ce matin, en traversant le cimetière, j’ai formulé une idée (je pensais l’écrire dans mon carnet, mais ce sera ici). Selon cette idée, la vie humaine connaît deux modes : l’exception et l’habitude. Bien que l’exception et l’habitude soient contradictoires, elles se complètent dans l’existence que nous menons. Chacun de ces modes contient sa part de mortalité que sont l’urgence et l’ennui. Par impossible, une vie qui ne serait qu’exception s’épuiserait. Par impossible, une vie qui ne serait qu’habitude s’enliserait. L’exception, en tant que contraire de l’habitude, n’est pas le contraire de la règle, l’exception connaît ses règles. L’exception, au sens où je l’entends ici, n’est pas nécessairement jouissance, elle peut aussi être douleur. Ainsi, sur le fond de l’habitude, dans À la recherche du temps perdu, le narrateur éprouve-t-il l’exception dans le baiser de sa mère que, du fait de la présence d’invités, il ne reçoit pas comme il s’y attend. L’habitude n’est pas une règle, c’est l’attente du retour d’un même événement qui se fonde sur sa répétition (induction). Or, cette croyance à l’identité de l’événement est erronée : l’identité n’existe pas, l’habitude en fomente la fiction. L’exception révèle la vraie nature de l’événement, sa singularité. Or, un monde qui serait tout de singularités serait aussi parfaitement inintelligible. Le désir de l’exception est le désir de la compréhension de l’incompréhensible. Bien sûr, sans habitude, pas d’exception et, sans exception, pas d’habitude, mais combien de fois dans une vie parvenons-nous à voir qu’exception et habitude sont identiques ?
31824
Quelque chose, rien, — j’aimerais croire qu’il y une frontière nette entre les deux, une frontière de nature (comme quand on pose la question « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? », comme si « quelque chose » et « rien » s’excluaient mutuellement, comme si c’était ou bien l’un ou bien l’autre, comme si l’on pouvait choisir, comme s’il fallait choisir, et je ne dis même pas qu’il y a du rien dans le quelque chose et du quelque chose dans le rien, comme quand on dit qu’il y a du mal dans le bien et du bien dans le mal, non, je ne dis pas cela, je ne dis pas quelque chose, je ne dis rien), mais je n’y crois pas. Je ne sais pas si je suis encore trop fatigué pour quelque chose ou si, au fond, je ne suis bon à rien, je suis là, c’est vrai, mais est-ce quelque chose ou rien ? Je suis sorti marcher quelques kilomètres, aujourd’hui, et cela m’a fait du bien. Au début, un orage est tombé, et cela m’a un peu agacé. Je n’avais rien contre l’orage, au contraire, j’aime l’orage, mais contre la météo qui n’avait pas annoncé de pluie. Mais, très vite, j’ai pensé que c’était bien. Je me suis abrité, et j’ai regardé la pluie tomber, les gens sous la pluie qui tombe, et puis la pluie cesser de tomber, et les gens sous la pluie qui ne tombe plus. Ensuite, je suis allé à la grande librairie du boulevard Saint-Michel, où j’ai passé un certain temps sans pour autant n’acheter aucun livre, mais où j’ai eu le temps de penser, d’essayer de mettre un peu d’ordre dans mes idées, enfin, je crois que j’y suis parvenu, sinon, en serais-je sorti sans un livre ? Cette nuit, m’a dit Nelly, ce matin, Nelly a rêvé que je montais dans un camion et que je la quittais. J’ai songé que c’était un gros camion, du genre de plusieurs dizaines de tonnes, mais c’est l’idée que je me suis fait de la scène, pas la sienne. C’est assez difficile, en vérité, de vivre dans les rêves de quelqu’un, parce que, je crois, on y est un peu trop soi-même. Non que je veuille quitter Nelly, non, ce n’est pas cela, et surtout pas en prenant la fuite dans un poids-lourd au côté d’un routier, non, ce n’est pas cela, mais je vois bien dans son rêve qui je suis, en vérité, quelle personne médiocre je fais, dans la réalité. J’aimerais bien être meilleur, et cette phrase, à elle seule, fait voir toute la distance qui me sépare de ce meilleur. Est-ce pour cette raison que je ne veux pas croire à la différence de nature qui sépare le rien de quelque chose, — pour me laisser croire que je puis y arriver ? Après tout, qui sait ?
30824
Est-ce que ça va moins bien quand ça va mieux ou l’inverse ? Hier, ironie de la gestion informatisée de l’existence par la semi-conscience de nos applications embarquées, j’ai reçu un message de mon téléphone m’alertant que, en moyenne, la distance totale parcourue par ma personne avait diminué ces 5 derniers jours, soit le temps, en effet, que j’ai passé vautré sur un matelas ou un autre parce que j’étais épuisé par cette espèce de virus contracté à Marseille ou en route pour, et c’est à peu près cela, la vie moderne : être observé en permanence par une machine qui ne comprend rien à la vie mais exprime à son sujet des milliards de vérités insignifiantes parce que systématiquement à côté de la réalité, non pas en désaccord ou en contradiction avec elle, non, simplement pas dans le ton, simplement sans aucune justesse. Et cela, n’est-ce pas une métaphore de notre vie en commun ? En permanence, nous sommes scrutés et, de cette scrutation permanente, on nous informe tout en inférant un certain nombre de données et de théories de ces données avec lesquelles données et lesquelles théories on entend organiser la vie sociale de la façon la plus cohérente, la plus rationnelle qui soit, et c’est vrai que cette organisation a l’air cohérente et rationnelle, et c’est sans doute vrai qu’elle l’est, mais elle n’est pas juste, elle ne sonne pas juste, il lui manque une oreille pour percevoir la nuance infime, presque rien mais presque tout, en réalité, qui distingue non pas le faux et le vrai, mais le faux et le juste. « Scrutin », c’est intéressant, je viens de vérifier dans le dictionnaire, est un mot qui date de 1789 (cela, à l’évidence, ne s’invente pas), et qui a pour étymologie le bas latin scrutinium, qui désigne l’action de fouiller, d’examiner. Le scrutin est donc moins la liberté donnée aux voix de s’exprimer (dans le but d’obtenir l’harmonie d’un choral) que la règlementation de leur examen, c’est-à-dire leur fouille en règle. La passion avec laquelle les êtres humains s’adonnent à la chose politique semble confirmer la vieille affirmation d’Aristote selon laquelle l’être humain est par nature un animal politique, mais je n’y crois pas, ou est-ce que je ne suis pas, moi, un être humain ? Pour une bonne partie, la vie sociale, dont G. vient de m’adresser un premier essai de maquette de couverture, repose sur une telle hypothèse. Et peut-être est-ce une des raisons pour lesquelles personne (ou presque) n’a jamais rien compris à ce livre. Mais un livre, qu’est-ce que c’est, aujourd’hui ? Un support de communication, guère plus. Moi, je ne pourrais pas écrire un livre qui s’intitulerait Les derniers jours du Parti socialiste, non que je n’en sois pas capable, peut-être ne le suis-je pas, je n’en sais rien, comme je n’ai jamais ouvert le moindre livre de son auteur, je ne puis pas me prononcer à ce sujet, c’est que l’idée même d’écrire un livre qui porte un tel titre me paraît inconcevable, comme si l’on passait ainsi complètement à côté de ce que peut, à supposer qu’elle puisse quelque chose, ce dont je ne suis pas certain, l’écriture, un titre comme cela, ou comme Regarde les lumières mon amour ou Soumission, et j’en omets, je ne peux tout de même pas citer la masse écrasante de tous les livres que l’on commet chaque année, parce que tous ces livres, qui semblent pourtant différents les uns des autres, tous ces livres sont un seul et même livre, l’immense majorité des livres ne sont qu’un seul et même livre, un titre comme cela est une collection de fautes, faute de goût, faute morale, faute politique, etc., qui arrête l’écriture à sa pure présence dans le temps présent, la condamne à l’immédiateté. Immédiate, l’écriture est comme la machine qui enregistre des données et en livre une synthèse tous les cinq jours qu’elle prend pour une tendance : les faits semblent là, mais on n’y comprend rien. Or, n’y comprenant rien, les faits se dissipent et finissent par disparaître. On continue d’écrire, oui, comme un poulet sans tête continue de courir un certain temps encore après qu’on la lui a ôtée. (Et la machine, impassible, collectera ses données.)
29824
Me trouvant, à cause d’un virus que j’ignore et ne veux pas connaître (je laisse en effet à mon autopsie future tout le soin de révéler la vraie nature de mes mucosités), accablé d’une intelligence avoisinant celle d’une amibe en itt, je ne puis toutefois jouir du repos ordinaire qui fait le bonheur de mes contemporains puisque, par une sorte de ricanante ironie, vengeance du destin que j’ai probablement bien méritée, moi, j’ai conscience de ma bêtise, et me vois ainsi réduit à la contemplation de ma propre nullité, dépourvu d’idées, d’énergie, de réelles envies, de tout ce qui fait que, après tout, malgré tout, la vie vaut un peu la peine d’être vécue. Sans souvenir de quelque rêve remarquable, comme ce fût heureusement le cas hier, sans vision hallucinée à narrer, comme cela parfois peut arriver, ce journal ressemble à une machine dont, sans fin, le moteur tournerait à vide : il fonctionne, mais il n’y a personne pour lui donner une quelconque direction. Si je ne souffre plus de fièvre, je me sens fatigué, très, mon tympan droit m’a de nouveau abandonné, hier, en début de matinée, je me traîne lamentablement pour faire quelques pas, ai l’impression de passer ma vie à transpirer, à ahaner, sens une masse lourde et insignifiante dodeliner entre mes deux épaules, un peu au-dessus, là, oui, comment ? ma tête, dites-vous ? ah, quelle drôle de façon de s’exprimer, et à quoi sert-elle, « ma tête », comme vous dites, dans votre parler ? des quintes de toux étouffées font entendre le meilleur de mon élocution, et quant à mes mains, jadis prolongements d’une âme qui ne fut peut-être pas sans beautés, elles semblent pendre, désormais, désœuvrées. Le spectacle lamentable que j’offre à moi-même me déprime, un peu comme si toute mon existence était ainsi résumée, qui finissait toujours de la sorte, sans drame, sans tragédie, dans une léthargie banale, médiocrement mal. Aussi, comment en voudrais-je à mes semblables — quel étrange sobriquet, « mes semblables » — de préférer la éneplusunième polémique décevante au mémoire de ma santé fatiguée ? Qu’est-il, en effet, ce dernier, sinon la preuve que je suis comme eux et que cela n’est guère glorieux ?
28824
Cette nuit, entre deux changements de tshirts (trois en une nuit, donc) et deux serviettes éponge entre lesquelles j’ai fini par dormir en authentique homme-sandwich, j’ai rêvé que nous étions invités, Nelly et moi, à une sorte de grand raout littéraire qui se tenait dans une vaste demeure. Nous avions un enfant, qui n’était pas notre nymphe Daphné, mais un gros garçon, assez laid, qui répondait au prénom de Clément. Dans la vaste demeure où nous nous trouvions (elle avait véritablement les dimensions d’un château entouré d’un parc immense), il y avait une aire de jeux pour enfants et je regardais le nôtre, énorme et bien trop blond, qui s’amusait bêtement. Pour patienter en attendant que le raout commence, je me rendais dans une église attenant à laquelle il y avait un cimetière où des hommes d’un certain âge étaient en train de se moquer d’un autre homme de leur âge à peu près qui priait agenouillé devant une tombe en psalmodiant des phrases qui me semblaient impossibles à comprendre (LM). Le voyant, j’entends : voyant qui c’était, je quittai le cimetière et remarquai que deux convois funéraires venant chacun de la direction opposée à l’autre (gauche et droite) s’approchaient en même temps du cimetière. De retour à la vaste demeure où le raout avait déjà commencé, je voyais Nelly en grande conversation avec un beau et grand jeune homme brun qui, manifestement, lui plaisait beaucoup, et beaucoup trop à mon goût, qu’elle trouvait très intelligent et très cultivé, elle me l’avait dit, et qui l’entretenait de la psychologie sociale chez Le Nôtre. Mais je ne lui disais rien de l’imposture du bellâtre, je lui faisais simplement remarquer que son état d’excitation était ridicule et qu’elle n’avait qu’à coucher avec lui, nous en serions enfin débarrassés. Ensuite, je la voyais — j’étais absent de la scène qui se déroulait sous mes yeux — passer de groupe de convives en groupe de convives et, à un moment, comme dans l’un de ces groupes de convives composés uniquement de femmes, elle voyait qu’il y en avait une qui tenait à la main la couverture d’un livre (dans mon rêve, je voyais distinctement la couverture : elle était mauve, les lettres étaient de la couleur jaune et il y avait le mot « pharaons » dans le titre que malheureusement, ainsi que le nom de l’auteur, j’ai oublié), elle disait à cette femme : « Tu vas voir, il y a un twist au tome 6 et après, c’est génial ! », et après, je me suis réveillé. Hors cela d’onirique, rien, ou si peu. Moins de mal, mais guère plus de bien.
27824
Enfin sorti de l’état second dans lequel j’ai passé ces dernières heures. Suis-je pour autant dans un état premier ? Je n’irai pas jusque là, non. D’ailleurs, si les états seconds existent — du moins, c’est ainsi qu’on les nomme —, les états premiers existent-ils ? Rien n’est moins sûr, à la vérité. Dans les nuits de fièvre, des images difformes, étranges, fascinantes vinrent perturber un sommeil déjà fragile. Et, tout à l’heure, dans le train qui me reconduisait à Paris, ce fut cette légère formation de bave à la commissure gauche de mes lèvres, in fine, qui me réveilla. Je jetai un œil à la jeune femme assise en face de moi, celle qui avait d’opulents tatouages sur les cuisses, mais il me parut qu’elle n’avait rien remarqué. Tant mieux, me dis-je, mais je ne pus toutefois me rendormir. Et, à présent, c’est dans des forces que je n’ai pas que je puise pour écrire. Même s’il me semble que cela m’aura fait du bien de m’absenter de mon journal, de ne plus être obsédé par lui, de me dire, le plus simplement du monde : « Oh non, pas aujourd’hui, je suis trop fatigué ». Et de l’écrire, tout de même. Oui, mais c’était une forme d’écriture minimaliste, quasi inexistante. Mais passons, je ne cherche pas la contradiction ; — elle aussi est au-dessus de mes forces. Amputé de moitié — du fait de mon absence au monde —, le séjour à Marseille fut quelque peu imbécile. Mais je m’y suis senti bien. Étrangement.
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Non.
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Fièvre fatigue courbatures maux de têtes nez pris toux grasse bien trop fatigué pour écrire aujourd’hui demain peut-être.
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