dix-huit septembre deux mille vingt-trois

Il faudrait que je bouge, mais j’ai envie de dormir. Il faudrait que j’aie des idées, mais je ne pense qu’à dormir. Voilà qui invite à l’humilité, si peu de chose que nous sommes, des feuilles qui tombent loin d’un arbre, promises à un destin dépourvu de sens. Je sais bien qu’il y a des gens, là-bas, de l’autre côté de la frontière, de l’autre côté de la fenêtre, mais tout ce que j’ai à dire à ce sujet se résume à la simple question que voici : Pourquoi ? Sans réponse autre qu’un soupir. Plus je cherche, moins j’ai de choses à dire, alors je ne ferme pas les yeux, si je les fermais, je m’endormirais, je laisse le bruit violenter le silence sans procès et couler les choses le long de leur cours ordinaire. Que ne ferait-on pas pour exister ? Aujourd’hui, je me serai contenté du minimum, ce seuil en-deçà duquel il n’y a plus de vie, ou bien celle d’une pierre ; — étrange fascination de l’organisme pour l’inorganique. D’un œil inquiet, je considère qui veut changer le monde, qui est plein de solutions pour l’humanité : comment d’êtres sont-ils venus parmi leurs semblables, ainsi habités d’une vérité ultime, et combien de vies ont-elles été détruites par de telles bienveillances ? Une minute de silence pour l’éternité. Dehors, le bruit ne cesse pas : tous ces gens attablés devant leur pinte tiédasse, pourquoi sont-ils en vie ? Qui s’interroge : « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? », toujours hésite : « Faut-il qu’il y ait quelque chose plutôt que rien ? » Et l’absence de certitude dans ma voix intérieure, n’est-elle pas une réponse en soi ?

dix-sept septembre deux mille vingt-trois

Quarante-six ans aujourd’hui, malade. J’allais écrire : « comme un chien », mais je ne vois pas ce qu’un chien malade a de singulièrement malade, et je ne crois pas que mon état ait quoi que ce soit à voir avec celui d’un chien. En plus, je n’ai pas la force de chercher l’origine de l’expression qui expliquerait les choses. Aujourd’hui, il n’y a pas de place dans ma vie pour les explications. Je suis malade, comme Daphné, c’est tout, et c’est bien assez. Trop même pour avoir quelque chose à écrire d’autre que ces maigres phrases qui ne disent rien, ne veulent rien dire. Ne me viennent que des banalités : nous sommes tellement fragiles. N’est-ce pas une odieuse banalité ? Demain, ce ne sera plus aujourd’hui, alors tout est possible. Encore une banalité. Il vaut mieux je m’en retourne au silence d’où je viens. À demain.

seize septembre deux mille vingt-trois

Qu’il faille des raisons d’exister, pourquoi pas ? Mais qu’on n’en trouve pas, voilà qui est inadmissible. Chaque jour est un nouveau jour, et il faut le prendre comme tel, il faut accepter la nouveauté, c’est-à-dire accepter la réalité. Le comble du paradoxe, il me semble que je l’ai trop souvent dit, c’est que, de tous les êtres humains, ceux qui aiment le moins la réalité, ce soient les réalistes. En fait de réalisme, il n’y a jamais qu’une forme d’abdication conformiste, attitude dépourvue de la moindre imagination, qui s’impose à elle-même la discipline ahurie de la fausse conscience. Car, à dire le vrai, les réalistes n’ont jamais rien fait que dire la même chose : x=x, soit la formule même de la bêtise. Une chose est une chose. Qu’une chose puisse être autre chose, pourtant, une chose autre, c’est ce dont nous faisons l’expérience au quotidien : aujourd’hui, je ne suis pas le même qu’hier et ne suis pas le même que je serai demain. Chaque jour est un nouveau jour. Ce qui peut se simplifier de la sorte : chaque jour est un jour. Et, dès lors, on comprend ce que les réalistes ne parviendront jamais à comprendre : x=x n’est pas la formule de l’identité, du maintien de la chose en elle-même telle qu’elle-même, c’est la formule de la persévérance du x pour qui, afin de continuer, il est nécessaire d’être toujours différent, sans cesse un autre inexistant. La fugacité temporelle de l’être, bien plus que son éventuelle éternité, voilà qui devrait nous fasciner, nous obséder. Ma voix n’est jamais la même et pourtant, c’est toujours la mienne, et je chante. Et je chante : que nous chantions, n’est-ce pas le merveilleux même ? Que je me trouve ici à faire ce que chaque jour je fais sans jamais me lasser : toujours la même chose, jamais la même chose. Or, ce chemin faisant, l’on comprend mieux le sens de l’apologue nietzschéen où, une nuit, un démon vint lui révéler la vérité de l’éternel retour et lui demander s’il s’y tenait prêt : l’identité du retour du même n’a rien de monotone, il y a là, logé au cœur même de la chose, quelque chose qui la rend chose, le même n’étant pas le même, l’identité toujours différente, une chose est une chose et n’est pas la même chose. Gertrude Stein, d’ailleurs, ne disait pas autre chose : a rose is a rose ; — une fleuriste et tellement de fleurs, qui pourrait s’en plaindre ? Comme vous, envahis d’amitié, comme nous le fûmes aujourd’hui, qui pourrait y résister ? Un jour est un jour.

quinze septembre deux mille vingt-trois

Du sentiment qui fut le mien hier, rien ne subsiste. Mais fut-il le mien ? Ne fut-il pas celui d’un autre ? On croit, depuis Locke, que c’est la continuité qui fait l’identité personnelle, une forme de mémoire de soi qui assure à celui qui se souvient de lui-même que c’est toujours le même soi qui était là toutes les fois qu’il se souvient d’avoir été, mais est-ce bien vrai ? Je me souviens parfaitement bien d’avoir ressenti ce que j’ai ressenti hier, et pourtant, ce moi qui a ressenti ce qu’il a ressenti hier, quand même je sais que c’était moi, il ne me semble pas que je le sois encore, mais un autre. Cet autre, dont je dis qu’il est moi tout en sachant que je ne le suis plus, qui est-il ? Existe-t-il encore ? Et si oui, où ? A-t-il cessé d’exister ? Et si oui, où a-t-il bien pu passer ? Se tient-il en retrait en attendant de refaire surface ? Mais alors, ce retrait, où est-il ? Oui, où, oui, où ? Je pourrais refaire tout ce que j’ai fait hier, geste à geste, presque, aujourd’hui, et ce que je ferais aujourd’hui, si je refaisais ce que j’ai fait hier, cela n’aurait plus rien à voir, ce serait tout à fait autre chose. Et ce n’est pas tant que je me demande comment cela est possible, non, cela, je sais très bien que c’est possible, non, je me demande : cela, comment peut-on l’oublier ? Et tout le monde l’oublie : je suis chaque jour le même et chaque jour je suis un autre, n’est-ce pas merveilleux ? Mais faisons semblant de changer de question. « Si tu ne te construis pas toi-même, avait dit la jeune femme, comment est-ce que tu peux construire quelque chose avec quelqu’un ? » Et la question, quand je l’ai entendue, m’a semblé à la fois frappée au coin du bon sens et désespérément débile. À vrai dire, elle était simplement de son époque, et cette époque est perdue. Hier, dans le journal, il y avait un article consacré aux partisans du compost humain, et il m’a semblé évident que l’époque du moi absolu et l’époque du compost humain, l’époque qui se demande enfin genre comment tu peux aimer quelqu’un, je veux dire, si tu ne m’aimes pas toi-même ? et l’époque qui réclame la mort bienheureuse sont une seule et même époque, une époque d’une cohérence vertigineuse, l’époque qui, pour la première fois depuis longtemps, annonce avec une certitude totale la fin de l’Occident. Tout cela, j’ai déjà eu l’occasion de le dire, tout cela n’est rien que l’universalisation d’Auschwitz, Auschwitz qui fut à la fois la fin d’une époque et le commencement d’une autre, celle-là même que nous vivons aujourd’hui et qui en est l’intensification par la normalisation. Auschwitz, en tant que nom que l’on donne au phénomène du camp d’extermination, Auschwitz a révélé à l’humanité qu’elle-même n’était qu’un fonds, une ressource dont on peut disposer à volonté. Et rien, pas même l’idéologie d’apparence bienveillante de la régularisation des travailleurs sans papiers, rien n’échappe à cette loi de la disponibilité absolue de l’être humain et de son absolue fongibilité. Tout comme l’apologie de la migration, le compostage humain glorifie l’utilité universelle : dans la vie comme dans la mort, l’être humain doit être rendu utile. Et, en cela, notre époque accomplit la prophétie d’Auschwitz qui voulait que le travail rende libre : tout comme les Nazis qui faisaient travailler les Juifs jusqu’à la mort avant d’exploiter leurs cadavres (les cheveux des victimes servant à faire de la feutrine), pour nous aussi, rien ne doit plus demeurer inutile, et mon cadavre à moi aussi devenir humus. Un jour, peut-être, imaginera-t-on ainsi une nouvelle étymologie qui fera dériver l’humanitas de l’humus, et notre identité, dès lors, sera garantie pour l’éternité : Regarde ma chérie ! Cet arbre, là-bas, c’est papy.

quatorze septembre deux mille vingt-trois

Je me suis senti tellement triste, ce matin. Tout ce qui se présentait à moi semblait destiné à m’accabler. Je me suis senti comme la personne la moins respectée au monde parce que la personne la moins respectable au monde, cette personne que je suis et dont ni la personnalité ni le travail n’inspirent à personne le respect. Évidemment, tout cela était exagéré, mais on n’invalide ni ne justifie un sentiment à l’aide de valeurs mesurées ou mesurables ou je ne sais pas quoi dans le genre. Je me suis dit qu’aller courir me ferait du bien et je suis allé courir, mais est-ce que courir m’a fait du bien ? je ne le crois pas, en tout cas, cela ne m’a pas soulagé, pas le moins du monde, et alors je me suis dit si, comme je le crois, l’âme et le corps ne sont qu’une seule et même chose, c’est-à-dire si, comme je le crois, l’âme n’existe pas en tant que chose logée par mésaventure dans le corps, n’existe pas du tout, d’ailleurs, quel que soit le quoi en tant que quoi on la prend, je suis vraiment mal en point. À vrai dire, ce n’est pas vrai, ce n’est pas ce que je me suis dit ce matin, je n’en étais pas capable, ce matin, simplement de mettre un pied devant l’autre, ce qui est déjà bien, quand on y pense, ce n’est pas si mal, mettre un pied devant l’autre, ça ne va pas de soi, c’est ce soir que, remontant la trace de la tristesse du jour, je parviens à formuler une telle idée, une idée comment dire ? un peu conceptuelle. Ensuite, en, début d’après-midi, je me suis rendu au ministère de la Culture pour la remise du grand prix de traduction de la SGDL, je me suis même débrouillé pour parler à quelques personnes qui se trouvaient là en même temps que moi, en ai profité pour observer la technique la plus savante que j’ai jamais vue pour réussir à s’éclipser sans se faire remarquer (se mettre au premier rang, bien en vue, et puis, au bout d’un certain temps, feindre avec la plus naturelle des discrétions d’avoir quelque chose à faire un peu plus loin, loin du regard de la ministre, s’entend, avant de, quelques instants plus tard, s’enfuir sur la pointe des pieds, je l’ai vu faire, mais je ne dirai pas qui, trop de on-dit, ce n’est pas une biographie), pas assez savante pour m’échapper, toutefois, je vous connais, c’est ce que vous allez me dire, ne faites pas comme si ce n’était pas vrai, mais je ne suis pas n’importe qui, non, cela aussi, vous devriez le savoir, j’ai le don d’observation, et puis je suis allé chercher Daphné à l’école, et puis je me suis rendu à a casa di u populu corsu pour la réunion de présentation des activités de l’association cultura viva (langue corse, chants et guitare, paghjella), et le fait de me trouver là, parmi ces gens que je ne connaissais pas, et parmi lesquels je ne me serais jamais trouvé de toute ma vie si je n’avais pas eu l’idée bizarre de venir ici, j’ai senti mon petit cœur se remplir de joie. J’étais sans doute le plus déraciné des déracinés qui se trouvaient dans ce local assemblés, mais cela ne m’a pas dérangé parce que, si j’étais venu là, c’est précisément pour cette raison qu’un beau jour, à force d’entendre mon nom, mon nom écorché, mon nom étranger, j’ai ressenti le besoin de savoir ce qu’il voulait dire, le besoin de comprendre, le besoin d’entendre, le besoin de parler. Tu vois, tout comme j’ai commencé la journée en me sentant triste (je n’aime pas les mots modernes qu’on emploie pour parler de ce sentiment bien plus vrai que ses succédanés, dépressif, déprimé, tous ces mots qui, on s’en aperçoit si on les regarde avec un petit d’attention, ne veulent rien dire du tout alors que triste, oui, ça veut dire quelque chose, il y a une histoire de la tristesse qui est vieille comme le monde), j’ai commencé à écrire sans savoir quoi dire, et puis tout est venu couler, tellement couler que, maintenant, je pourrais ne pas m’arrêter, mais je vais m’arrêter, dehors, c’est soir de match, on se saoule en gueulant, on est fier d’être français, c’est loin l’Uruguay où un jour le Dr Odake s’est exilé, et moi j’habite au-dessus d’un bar tenu par des Chinois qui n’ont aucun scrupule à exploiter la bêtise la plus crasse des occupants de leur terre d’accueil, qui pourrait bien les blâmer ? N’est-il pas beau, en vérité, ce monde ? Aujourd’hui, je n’ai pas noté ce qu’il demeure de la beauté du monde — peut-être est-ce une langue que je ne sais pas encore parler — ; j’ai oublié.

treize septembre deux mille vingt-trois

Si l’on en croit l’acte de mariage rédigé le vingt-six novembre mille huit cent quatre-vingt-treize, mon arrière-grand-père, quand il a épousé Marie Joséphine Biaggi, la sœur de Marie Antoinette, qui allait devenir plus tard mon arrière-grand-mère, était berger à Murato. Il s’appelait Dominique Antoine Orsoni. De lui, je ne possède qu’une image numérique floue enregistrée sur mon ordinateur, sans doute découpée dans une photographie plus grande, où l’on voit seulement son visage. Il semble vêtu d’un costume. Il a une moustache. Et il porte un chapeau noir. Ses yeux ne regardent pas l’objectif. Ses yeux regardent ailleurs. Et moi, bien sûr, je ne sais où. De cette image, je ne sais pas quoi penser. Une partie de moi voudrait être fascinée par ce mot, « Berger », écrit comme cela, avec une majuscule par Monsieur le Maire, Joseph Murati. Murati, comme la mère de mon arrière-grand-père, Marie Nonciade Murati. Mais une autre partie pense que, si mon arrière-grand-père a quitté la Corse pour le continent où il semble qu’il soit devenu ouvrier sur le port de Toulon, c’est que la vie de berger devait être dure, plus dure encore que celle d’ouvrier, à la fin du dix-neuvième siècle. « La fin du dix-neuvième siècle », comme ces mots sont étranges, n’est-ce pas ? C’est un autre monde, tout différent du mien. Et je sais qui est la partie de moi que le mot de « berger » fascine, c’est celle qu’on pourrait appeler « bourgeois post-moderne », qui n’a jamais eu que la vie facile. Mais qui est la partie de moi qui lui répond de se taire parce que ce mot de « berger » la terrifie, parce qu’elle sent toute l’angoisse qu’enveloppe ce mot, la vie dure, la pauvreté ? J’allais écrire aussi : « la violence », mais je ne connais rien de la vie de ces gens. Qui suis-je pour les juger, moi, aujourd’hui, dans mon confort douillet ? Si la première épouse de mon arrière-grand-père a émis la volonté qu’il épouse en secondes noces sa sœur cadette, et s’ils ont accepté tous les deux, le futur veuf et la fiancée à venir, c’est qu’il devait y avoir de l’amour. Enfin, c’est ce que je suppose. Je n’en sais rien. La partie de moi qui tremble, ce n’est pas la partie de moi qui écrit. D’ailleurs, cette expression, « la partie de moi » est absurde : il n’y a pas de parties de moi, il n’y a que moi. Ce partage, en tout cas, peut-être que je puis dire les choses ainsi, ce partage, c’est peut-être lui qui m’a fait haïr cette origine pendant si longtemps. Parmi mes ancêtres, il n’y a que des gens qui ne sont rien, et c’est peut-être pour cette raison, parce que je voulais être quelque chose, que je leur ai tourné le dos, comme au tiers-état de moi-même. On renonce à soi-même parce que l’on veut être autre chose, mais il n’y a pas d’antinomie entre l’un et l’autre, c’est une énergie qui circule. Au fond, cet arrière-grand-père qui a quitté son île pour le continent, n’a-t-il pas eu raison ? C’est-à-dire que, sans cet exil, je ne serais pas ici, en train d’écrire. Sans cet exil, je ne serais pas en exil. Ai-je raison de me tourner en sens inverse ? Je n’ai aucun droit sur cette terre dont je ne parle pas la langue et dont je ne sais pas grand-chose. Est-ce une question de droit ? De droit ou de nature ? Tout ce que je puis faire, c’est m’interroger. C’est mieux qu’être interpelé, du dehors de ce nom, qui m’a toujours nommé sans que je sache ce qu’il voulait dire, qui l’avait porté avant moi, et pourquoi, pourquoi moi je me trouvais là. Et ces questions, ne sont-elles pas platement banales ? Banales, comme l’éternel retour.

douze septembre deux mille vingt-trois

Pour suivre un enseignement de chants polyphoniques dans un monastère, et respecter ainsi la règle de vie des moines qui le dispensent, je dois me tondre les cheveux deux à trois fois par semaine. Et cela ne me dérange pas le moins du monde. C’est en tout cas ce qu’exigeait des stagiaires le dépliant de présentation que j’ai consulté cette nuit, en rêve, dans le hall d’accueil de ce monastère où, sans trop savoir pourquoi, je me trouvais. M’y trouvais-je pour m’inscrire au cours de chants polyphoniques ou envisageai-je à cette occasion d’y participer ? Cela, je n’en ai aucune idée. Tout ce que je sais, c’est que je me suis effectivement trouvé cet été dans le hall d’accueil de l’abbaye du Thoronet pour assister à un concert de chants polyphoniques, mais il n’a jamais été question de me raser la tête pour ce faire. Et puis, à l’abbaye du Thoronet, des moines, il y a bien longtemps qu’il n’y en a plus. Cependant, il est vrai que j’ai caressé la possibilité de me raser le crâne dans les jours prochains et que j’ai prévu de suivre en enseignement de langue corse auprès d’une association qui dispense aussi des cours de chants polyphoniques, et il paraît donc tout à fait normal que ces différents éléments se trouvent condensés en un seul et même rêve, puisque c’est ainsi que, paraît-il, le travail onirique fonctionne, mais pourquoi ? c’est-à-dire : dans quel but la part inconsciente de mon esprit qui, toujours selon certaines théories, s’adresse à moi pendant mon sommeil, dans quel but cette part inconsciente de mon esprit aura-t-elle condensé ces différents éléments, il ne suffit pas en effet de condenser divers éléments, encore faut-il que la part inconsciente de mon esprit ait une bonne raison de le faire, et donc pour me dire quoi ? Cela, je n’en ai pas la moindre idée. Et j’ai beau essayer de trouver une bonne raison, ou même une mauvaise, je n’en vois pas. Au réveil, je suis là dans mon lit qui ne refroidit pas avec mes fragments condensés de quelque chose que je ne comprends pas, ne parviens pas à comprendre, et qui peut-être veut dire quelque chose, mais je ne sais pas quoi, ou alors ne veut rien dire du tout, et alors pourquoi est-ce que la part inconsciente de mon esprit qui s’adresse à moi durant mon sommeil cherche-t-elle à me dire quelque chose qui ne veut rien dire ? Fragments de tout égalent non-sens, telle est l’équation que j’ai envie de poser. Non que cela me déplairait, ce n’est pas ce que je voulais dire, de chanter des polyphonies corses, mais à l’instant de mon réveil pas plus que maintenant, quelques heures après, je ne comprends pourquoi je fais ce rêve-là. Est-il aussi important de ne pas comprendre que d’expliquer ? Oui, je le crois, à la condition toutefois de reconnaître qu’on ne comprend pas et de se demander ce que l’on peut bien faire avec cette incompréhension. Il faut toujours se trouver comme la vache de Wittgenstein qui, devant la porte fraîchement repeinte de son étable, ne reconnaît plus rien. Laissant de côté toutes ces choses incompréhensibles, sans trop savoir en suivant quel chemin de la part consciente de mon esprit, j’ai pensé que, l’année prochaine, cela ferait vingt ans que Nelly et moi nous sommes ensemble et que, même s’il suffisait, un peu comme la vache de Wittgenstein, de se regarder dans un miroir pour voir que le temps a passé, et malgré tout le mal que d’aucuns pensent de nous, sans manquer de nous le dire, ah les braves gens, si les vingt prochaines années devaient ressembler aux vingt dernières, je serais heureux de les passer avec elle. Et qu’il y ait de l’amour en cette sinistre époque, cela aussi fait partie de ce qu’il demeure de la beauté du monde.

onze septembre deux mille vingt-trois

Me plaçant face à une alternative tout à l’heure, j’ai moins résolu le problème qui se pose à moi depuis plusieurs semaines que je ne l’ai dissous d’un coup, m’a-t-il semblé. Ce qui ne signifie pas que je me sois débarrassé du sentiment que ce problème a fait naître en moins depuis cet étrange et pourtant logique, logique au sens de prévisible et cependant inévitable, cet épisode méditerranéen, mais je sais que cette manière de ligne de conduite qui s’échappe de la dissolution du problème par sa mise en forme alternative est celle qu’il convient de suivre. Un peu comme en cas de tempête où, je ne puis qu’imaginer ne m’étant jamais trouvé sur un bateau lors d’une tempête, il convient de s’accrocher à ce que l’on peut pour ne pas passer par-dessus bord, dans la vie sur terre, aussi, il convient parfois de se contenter de tenir bon, laissant le temps au naturel, à supposer, comme je l’ai dit hier ou avant-hier ou avant, je ne sais plus, à supposer donc que le naturel soit un bon naturel, cela va de soi, laissant le temps au naturel de revenir. Le mien de naturel, est-il bon ? Eh bien, je le crois, sinon je me serais trouvé devant mon alternative comme l’âne de Buridan devant ses deux seaux également désirables, pauvre bête, faut-il n’avoir pas de cœur pour laisser mourir de faim et de soif un gentil petit âne, fût-ce lors d’une expérience de pensée, je n’aurais jamais pu trancher la chose en parts sensées, et ce avec d’autant plus de gravité que, contrairement à l’âne imaginaire qui n’exista jamais que dans l’esprit un peu dérangé de notre bon docteur en philosophie, ma vie est bien réelle quant à elle. Enfin, je crois. Se pourrait-il, en effet, que tout cela ne soit rien qu’imaginé, que j’invente toutes les choses qui m’arrivent pour occuper le peu de temps qu’il m’est donné de vivre ? Je ne crois pas. Tout à l’heure, ce qu’il s’est produit, c’est que j’en ai eu assez de ressentir ce que je ressens depuis cet odieux épisode méditerranéen. Je venais d’aller marcher assez longuement, quatorze kilomètres, et je me cuisinais quelque chose à manger, quand j’ai pris conscience que j’en avais assez de ce sentiment, de vivre comme je le fais depuis l’odieux épisode méditerranéen, de vivre avec le cœur gros, non que je désire à tout prix vivre avec le cœur léger, mais enfin, tout de même, le cœur gros, c’est lourd à porter, surtout quand l’on s’estime parfaitement innocent. Alors, me suis-je dit, ou bien tu estimes que tu as eu tort d’agir comme tu as agi et tu présentes des excuses sans attendre d’être pardonné mais simplement parce que c’est la chose juste à faire ou bien tu estimes que tu as eu raison d’agir comme tu as agi et alors tu passes à autre chose parce qu’il n’y a rien que tu puisses faire quant à ce qu’il s’est passé, si les gens ne comprennent pas, les gens ne comprennent pas. Et c’est un fait que les gens ne comprennent pas, ne comprennent rien, sinon. Sinon quoi ? Tellement de choses. Je n’ai pas envie de dresser la liste des choses qui sinon, non, la liste des choses qui si les gens comprenaient non, je crois que le monde est assez éloquent pour me dispenser de la dresser. D’autant que ce n’est pas ce que j’ai écrit dans mon carnet au bison noir, cependant que je marchais, ce n’est pas ce que j’ai écrit, tout le mal que l’on peut penser que les gens, ne comprenant pas, font au monde, non mais bien plutôt le contraire même de cela, puisque j’ai écrit ceci : « Ce qu’il demeure de la beauté du monde. » envisageant cette phrase ouverte sur quelque chose qu’elle ne dit pas comme le titre possible d’un ouvrage qui traiterait précisément de ce qu’il demeure de la beauté du monde. On voit donc, en tout cas, moi, je le vois, on voit donc que je suis dans une disposition d’esprit tout autre que celle dans laquelle m’a laissé cet épisode méditerranéen, que je suis en avance sur moi-même, que l’écriture l’est, qui me montre comment alléger mon cœur gros avant même que l’idée m’en vienne à la conscience. Je veux essayer, chaque jour qu’il m’est donné de vivre, pendant un temps indéterminé, je veux essayer ainsi de trouver ce qu’il demeure de la beauté du monde et, quoi que cela soit, de l’écrire.

dix septembre deux mille vingt-trois

Tacet ou ta gueule ? Quelle est la différence ? Je ne sais plus quoi faire pour obtenir le silence. Ce n’est pas mot à mot la phrase à laquelle j’avais pensé. La phrase à laquelle j’avais pensé, je l’ai oubliée. Il faudra donc que je me contente de celle-là. Quand je suis passé devant, mais de l’autre côté du trottoir, j’ai trouvé d’assez mauvais goût la brocante qui se tenait, au niveau du Square Henri Cadiou, sur le boulevard Arago, à proximité immédiate de la prison de la Santé. Ce que j’ai trouvé de mauvais goût, c’est moins le vide-grenier que la proximité. Mais pourquoi ? Ici, les résidants n’auraient-ils pas le droit de vivre ? Je me souviens d’un article dans le Figaro qui rendait compte des difficultés rencontrées au quotidien par les habitants vivant à proximité de la prison. L’un d’entre eux se plaignait que son bien immobilier ne valait plus rien, de fait invendable sur le marché. Et c’est vrai que ce n’est pas forcément le genre de questions auxquelles on pense quand on pense à la prison, au concept de prison. À Marseille aussi, la prison se trouvait au milieu des maisons. Elle avait d’ailleurs pris le nom du quartier qui, en retour, en avait été dépossédé, « les Baumettes » ne signifiant plus rien en dehors de « la prison des Baumettes », quand on dit « les Baumettes », ce n’est pas au quartier débouchant sur le sentier qui mène aux calanques de Cassis qu’on pense, c’est à la maison d’arrêt. Et en fait, on dit « les Baumettes » exactement comme on dit « la Santé », et tout le monde comprend. Un peu plus haut sur le boulevard, sur le trottoir juste en face de la prison, j’avais regardé cet homme noir qui faisait sa toilette dans le caniveau. Homme noir qui m’a fait penser à cet autre homme noir que j’avais observé, la veille au soir, cependant qu’il allait et venait sous mes fenêtres pour faire les poubelles des restaurants du quartier. C’était la canicule, il faisait chaud, je cherchais un peu de fraîcheur à la fenêtre malgré le bruit que faisaient les clients du bar assis en terrasse, et je l’ai vu, qui marchait, torse nu, pantalon de jogging noir, baskets blanches. C’est sa démarche qui a attiré mon attention. Elle avait quelque chose de stylé, dans le genre voyou, rappeur et, sans que je sache très bien pourquoi, j’ai pensé : « Il ne marche pas comme un pauvre. » Pourtant, pauvre, il l’était qui fouillait dans les poubelles pour y trouver de quoi manger. Non sans une certaine méthode, il tâtait les sacs, les soupesait, les évaluait avant d’agir. Il a fait deux ou trois allées et venues, préparant son opération en disposant le couvercle de ce qui m’a semblé une boîte isotherme en polystyrène à la surface d’une poubelle qu’il venait d’ouvrir. Et puis, il s’est dirigé vers une autre poubelle, en face du kebab un peu à gauche de la fenêtre où je me trouvais installé et, d’un geste brusque mais sûr, il s’est emparé d’un sac poubelle, l’a jeté sur son épaule, est revenu à la poubelle d’où il venait, l’a éventré et en a vidé le contenu sur le couvercle de la boîte, contenu qu’il a entrepris d’examiner et dont il a disposé ce qui l’intéressait dans une boîte plus petite, une boîte à kebab ou autre dans le genre, qu’il avait aussi trouvée dans le sac poubelle. Ensuite, une fois son opération achevée, il a traversé le boulevard avec cette démarche caractéristique qui avait attiré mon attention et il a disparu de mon champ de vision. Ce n’est pas le même homme que j’ai vu, ce matin, faire sa toilette (il a fini de se brosser les dents avec l’index avant de s’asperger la nuque) et pourtant, dans une certaine mesure, c’est le même homme. Bien sûr, dans une certaine mesure, nous sommes tous le même homme, même les femmes sont le même homme, mais ce n’est pas cela que je veux dire. Dans une certaine mesure, c’est le même homme, c’est la même misère, c’est la misère tout simplement, la misère qui baigne dans la même indifférence universelle. Hier au soir, j’ai eu envie de descendre pour proposer quelque chose à manger à l’homme noir qui faisait les poubelles. Mais le temps que je pense à ce que j’avais dans mon frigo que je pourrais lui donner, il avait disparu de mon champ de vision. Ce matin, je me suis contenté de regarder l’homme noir du coin de l’œil, repensant à l’homme noir que j’avais observé la veille, me disant, dans une certaine mesure, c’est le même homme. Ce n’est pas vrai que nous sommes tous le même homme. Alors que l’homme noir fouillait dans les poubelles, du restaurant japonais devant lequel elles se trouvaient, un homme et une femme sont sortis. Il était plus de dix heures et demie. L’homme tenait dans sa main gauche un sac en papier dans lequel il devait y avoir la nourriture qu’il venait d’acheter dans le restaurant japonais et, dans sa main droite, la main d’une femme. C’est elle qui a attiré mon attention parce qu’elle portait une tenue blanche immaculée, composée d’une ample combinaison pantalon qui laissait son dos nu et d’une grand écharpe blanche qui flottait autour de son cou. Je ne l’ai vue que de dos, mais elle avait une allure incroyable qui contrastait tellement avec l’homme noir au torse nu qui fouillait dans les poubelles. Elle est passée devant lui sans même le voir. Entre eux, le contraste était immense, si grand qu’en vérité, même si elle l’avait voulu, et je pense que, si on lui posait la question, elle dirait que oui, elle est très sensible à la misère et très sensible au sort des migrants, qui ne l’est pas, en effet ? même si elle avait voulu le voir, elle ne l’aurait pas pu, son regard serait passé à travers lui sans le voir. C’est l’homme noir accroupi qui m’a fait songer aux observations de la veille. Moi, j’avais prévu d’écrire tout à fait autre chose, autre chose qui avait trait au silence, à tacet ou ta gueule, et c’est sans doute la raison pour laquelle, la phrase que j’avais composée en marchant pour l’écrire dans mon journal, j’ai fini par l’oublier. Ce sont les observations de la veille qui, revenant à ma conscience après avoir vu l’homme noir accroupi en train de faire sa toilette qui l’aura effacée, auront effacé cette phrase. Alors, plutôt que d’écrire ce que j’avais prévu d’écrire, je me suis mis à écrire ce que j’ai vu hier au soir et que je n’avais pas prévu d’écrire. C’est à cela aussi, je crois, que ce journal est utile, à déjouer les prévisions, les projets, à court-circuiter la continuité intentionnelle dont j’ai parlé il y a quelques jours et qui nous empêche de penser vraiment. Nous sommes tellement formatés par la continuité intentionnelle que nous en oublions purement et simplement de penser, de nous laisser emporter par la pensée, la pensée comme elle vient, au gré des aléas, des choses imprévisibles ou simplement imprévues qui se produisent. Nous ne savons pas suivre la pensée qui vient. C’est la raison pour laquelle, même si nous sommes sensibles à leur condition, même si nous sommes sensibilisés à la question, nous ne voyons pas les migrants quand nous les croisons dans la rue : ils ne s’intègrent pas à la continuité intentionnelle dans laquelle il faut que les choses soient insérées pour que nous puissions les concevoir. Ce que nous pouvons concevoir, c’est le drame d’Eva Ionesco, victime de l’emprise de Simon Liberati, parce que nous en avons entendu parler à la télévision. De même que nous savons que ce qu’écrit Eva Ionesco, c’est de la littérature parce que Léa Salamé et Christophe Dechavanne nous l’ont dit à la télévision. De même que nous savions que Simon Liberati est un grand écrivain parce qu’on nous l’a dit à la télévision. Et que, grâce à la télévision, nous savons désormais que c’est un salaud qui tenait sa femme sous son emprise. Et que, par suite, ce n’est plus un grand écrivain. Les hommes noirs que nous croisons dans la rue, quand il n’y a pas écrit Uber Eats ou Deliveroo dessus, nous ne savons pas quoi en penser parce que personne ne nous a jamais parlé d’eux. On nous a bien parlé du problème des migrants, et nous y sommes sensibles, mais les gens, nous ne savons pas qui ils sont. Nous ne savons pas comment ils font leur toilette, comment ils se nourrissent alors que nous savons avec précision comment Eva Ionesco vivait quand elle vivait avec Simon Liberati, nous savons qu’elle vivait sans voiture dans une maison à la campagne dont elle n’avait pas les clefs. Aussi, Eva Ionesco, victime de Simon Liberati, nous pouvons prendre pitié d’elle, nous pouvons avoir de la peine pour elle, et nous pouvons même acheter son livre en librairie, ça s’appelle la Bague au doigt, c’est chez Robert Laffont et ça ne coûte que vingt-deux euros. Je sais que mon journal est impuissant face à ces forces-là, ces forces surhumaines, que dis-je, surhumaines ? ces forces inhumaines, je sais qu’il ne nourrit ni ne lave aucun homme noir du monde, mais je sais qu’il faut je le tienne (au sens aussi où l’on dit : « Il faut que je tienne bon. »), je sais qu’il faut que je le tienne pour détruire un jour, enfin, détruire enfin la continuité intentionnelle, détruire le récit de l’ordre du monde.

neuf septembre deux mille vingt-trois

Si les sous-titres étaient à peine plus gros, depuis la fenêtre de la cuisine, je pourrais suivre le film que, de l’autre côté de la cour intérieure, la voisine regarde. C’est un film avec Jeff Goldberg. Mais lequel ? Y a-t-il un acteur qui s’appelle Jeff Goldberg ? Est-ce Goldberg ou Goldblum ? Non, Goldberg, c’est les variations. L’acteur, c’est Goldblum. Je viens de vérifier. Jeff Goldblum. Mais, à vrai dire, en soi, le spectacle de la cour intérieure, si maigre soit-il ce soir, est plus intéressant que tous les films de l’histoire. À part, Rear Window. Mais il faut que je me méfie. Entre la performance et la délinquance, il n’y a qu’une mince nuance grise. On tombe de l’art au mitard aussi vite que d’une tour d’ivoire. Ainsi va la vie moderne. Me plaît-elle ? demande une voix dans ma tête. Mais pourquoi le faudrait-il ? répond une autre. Toujours cette manie de répondre à une question par une autre question. Hier, je l’ai admis dès ce matin au réveil, je n’ai pas été très charitable avec mes congénères et contemporains. Il faut dire que j’avais chaud, beaucoup trop chaud pour la saison. Je me trouvais poisseux. Et je sentais mauvais. Quel monde, ma mie. Ces deux derniers jours, j’attends que la nuit soit tombée pour écrire. Les fenêtres sont ouvertes. Le ventilateur me crache à la figure son air tiédasse. Et les clients du bar d’en bas, leurs banalités convaincues. Parfois, non, pas parfois, souvent, souvent, je me demande : Mais comment fais-tu pour n’aimer pas les gens ? Je ne sais pas moi, fais un effort. Embrasse-les. Apprends à les aimer. Et une autre voix encore me répond : À quoi bon ? À rien. Comme moi, quoi : un bon à rien. Je sais que, un jour, ma fille me trouvera vieux et con. Je me console cependant en me disant que je l’aurai devancée de longtemps : je me fais l’effet d’un vieil imbécile, lent, lourd, gros, et balourd. On ne peut tout de même pas tout mettre sur le dos de la météo. Mais alors, sur le dos de qui ? Il y a peut-être une solution au problème de la vie, je ne prétends pas le contraire, et ce n’est pas le moindre des paradoxes que d’affirmer qu’elle ne se trouve précisément pas dans la vie, cette vie-ci, mais alors où ? Entre les lanternes et les vessies ? Je ne sais pas. Je raconte n’importe quoi. J’envie John Cage — l’ai-je déjà raconté ? sans doute que oui, et si oui, et alors ? — John Cage qui, dos aux fenêtres de son appartement new-yorkais, affirmait que le son qu’il préférait était celui de la circulation. Quand on écoute Beethoven, disait-il en riant, c’est toujours la même chose, mais quand on écoute la circulation, c’est toujours différent. Un nuit, il y a longtemps, à Paris, j’en ai même fait une chanson. Et aujourd’hui, tout ce que je puis me demander in fine, c’est : « Mon Dieu, pourquoi ne suis-je aussi intelligent ? » Mais Dieu se tait. Tacet.