29.4.17

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Robert Rauschenberg à propos de son « Erased de Kooning Drawing » : « It’s not a negation. It’s a celebration. » — D’abord, la double négation et puis l’affirmation, et la phrase qui fait la même chose en fait que le geste même d’effacer le dessin. Effacer, dira-t-on, c’est faire disparaître, mais aussi maintenir puisque ce sera toujours un dessin effacé de de Kooning. Et oui, c’est ce que je dirais, bien sûr. Mais il y a aussi le geste proprement dit d’effacer, le temps que cela demande (deux mois, dit Rauschenberg) et, dans ce geste, l’action d’inventer une œuvre qui possède deux auteurs : Willem de Kooning et Robert Rauschenberg. L’œuvre montre sa double main : le dessin de de Kooning et l’effacement de ce dessin par Rauschenberg. L’œuvre n’existe pas comme œuvre — comme œuvre, c’est un bout papier où il y avait quelque chose mais où, désormais, il n’y a plus rien parce que quelqu’un l’a effacé — l’œuvre existe comme processus, comme work in progress (comme dirait Joyce et comme l’est Finnegans Wake qui continue d’agir après qu’il a été écrit, comme texte de la découverte de la signification), non pas comme résultat de ce processus, mais comme trace de ce processus. L’effacement n’efface pas le processus, au contraire, il en garde la trace ; rien ne disparaît, l’histoire de l’art est là, dans la trace que laissent les gestes par lesquels on efface l’œuvre d’art.