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10.5.17

Depuis quelque temps, je considère avec un sérieux de plus en plus grand l’éventualité de rejoindre un mouvement politique et de mettre terme ainsi à quinze ans d’abstinence politique. Non que la situation ait changé soudain au point que je me dise qu’à présent que l’époque est enfin l’incarnation du meilleur des mondes, je puis retourner mettre mon petit bulletin dans l’urne. Non, je pense que c’est tout le contraire. La situation est symétrique à celle qui m’avait conduit à ne plus voter il y a quinze ans, et cette symétrie a quelque chose d’insupportable, de l’ordre du scandale pour la raison, si j’ose m’exprimer ainsi. Quand je dis avec un sérieux de plus en plus grand, ce n’est pas pour devenir un adulte triste et ennuyeux, j’entends plutôt par là que je considère cette éventualité comme quelque chose de probable et non pas simplement localisé dans un autre monde possible. Simplement, le mouvement en question devrait maximiser son ouverture sur l’avenir plutôt que de s’empêtrer comme il semble encore le faire dans des considérations toutes de commisération sur le passé national. Passé national avec lequel il faut rompre. Or, on ne rompt pas avec le passé en faisant voter des lois pour le condamner ; on passe à autre chose.

Pierre Parlant, dans un article publié sur diacritik, « La jouissance létale de fascisme », cite cette phrase de Pasolini : « Nous n’avons rien fait pour qu’il n’y ait pas de fascistes. Nous les avons seulement condamnés, en flattant notre conscience avec notre indignation ; plus forte et impertinente était notre indignation, plus tranquille notre conscience. » Évidemment, Pasolini n’entendait pas par « fasciste » ce que l’on a fait dire à ce mot il y a quelques jours de cela, qui considérait que notre époque était fasciste (pas simplement un parti, une partie de l’époque, toute l’époque). Mais l’idée que nous n’avons rien fait — et que nous continuons de ne rien faire parce que, non, faire barrage, front républicain, une fois tous les quinze ans, ce n’est pas faire quelque chose — est insupportable (encore : le scandale pour la raison). D’où l’idée de faire quelque chose, qui ne contredise pas les livres que j’écris, au contraire, qui en soit le prolongement. — En écrivant ces lignes, je me rends bien compte que tout ceci n’est pas étranger, mais solidaire du projet de l’histoire de la forêt auquel je n’ai de cesse de penser depuis des mois et qui est un grand bouleversement.

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