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23.5.17

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Laissez la possibilité aux accidents d’avoir lieu et d’en faire quelque chose. Ne les cherchez pas. Ne les provoquez pas. Ne cherchez pas à les provoquer.

Pas besoin de tout comprendre, d’être d’accord avec tout. En lisant, relisant, reprenant 1000 plateaux de D&G, tu t’aperçois que le plus important, ce n’est pas d’accepter quelque chose comme la pensée de D&G, de prolonger la théorie de 1000 plateaux, mais d’être disposé à ce que quelque chose se produise, à ce qu’une idée te vienne. D’un certain point de vue, c’est la même chose avec Wittgenstein : tu peux penser que c’est toxique (un de mes professeurs à Aix pensait que Wittgenstein rendait malade, qu’il fallait savoir ne plus le lire) ou que c’est une chance, qu’il peut y avoir du hasard, quelque chose qui ouvre un chemin. Quand j’étais étudiant, j’ai passé ainsi une année à manger, boire, dormir, baiser en pensant à Wittgenstein, vraiment (avec ma copine de l’époque, il m’arrivait aussi de penser à des choses que Wittgenstein avait écrites). Ce n’est pas que tu deviennes quelqu’un d’autre, mais cette immersion permet de te découvrir autre. Évidemment, tu ne peux pas t’immerger n’importe où, dans n’importe quoi, chez n’importe qui. Tu ne peux pas t’immerger dans n’importe quelle littérature — je ne vois aucun auteur contemporain dans lequel j’aurais envie de me perdre, surtout pas les français, surtout pas les plus connus qui me font tous une forte impression de médiocrité, avec leurs petites manies ethnocentriques, leurs petites campagnes, leurs petites haines, leurs petites lubies, même quand ils prétendent embrasser le monde, ils ne peuvent pas s’empêcher de parler avec un accent franchouillard —, et cela demande une grande énergie, une grande force de dépersonnalisation et de repersonnalisation, et si je pense pas que je pourrai encore m’immerger dans l’œuvre de quelqu’un d’autre, quand j’écris un livre, c’est-à-dire : quand j’écris l’histoire de la forêt, c’est ce que je fais ; je m’immerge dans un texte en cours d’écriture, dans un ou plusieurs personnages, et tout ce que je lis, entends, pense, fais, tout se rapporte d’une façon ou d’une autre à cette histoire-là que j’invente et découvre en même temps, tout se plonge dans l’histoire de la forêt. Les carnets manuscrits jouent un rôle important (j’ai commencé à noircir des pages à cause de Wittgenstein et consorts avant d’arrêter et puis de recommencer) parce qu’ils suivent l’évolution au jour le jour ou presque. Tu peux aussi t’apercevoir que tu as une idée (une intuition, pourrait-on dire) et que tout le travail consiste à la développer, l’étayer, ou alors la détruire. Tu multiplies les plans, les approches, tu réalises certaines choses que tu n’avais pas encore saisies (le nom d’un personnage, par exemple, alors que c’était gros comme le nez au milieu de la figure), et caetera. Et surtout : tu te laisses le temps. Tu te laisses la possibilité que quelque chose ait lieu.

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