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18.3.18

La nullité de la culture est un phénomène complexe. Je pourrais citer quelque nom, en exemple, et en faire voir (valoir) d’une façon ou d’une autre la nullité, mais ceux qu’une critique de ce genre pourrait ou devrait toucher (ceux que tous les noms propres fascinent) répliqueraient sans doute en m’accusant d’être aigri, iconoclaste ou bien ne s’intéresseraient même pas (ce qui est tout de même plus probable) à ce que je dis — et alors, j’aurais perdu mon temps. En fait, comme souvent, c’est quelque chose qui se sent. On peut bien côtoyer quelqu’un qui ne sent pas ainsi les choses, mais on ne peut pas être proche de lui. Ce n’est pas qu’il appartienne à un autre monde, c’est qu’il ne sentira jamais aucun monde comme il faut.

Autre remarque. — La formidable extension de la culture. Sa forme pop, surtout, laquelle permet d’intégrer à peu près n’importe quoi à un phénomène massif de consommation de l’entertainment. Il y a toujours quelque chose à voir, à faire, à écouter, un endroit où aller. Et nouveau, bien sûr. La prolifération infinie des formes de culture (donc de culture pop) donne à ce phénomène ces proportions toujours plus immenses, aussi grandes que le monde (le monde grossit avec la culture). Et la peur de rejeter quelqu’un, la peur d’humilier quelque minorité, rend toute analyse précise impossible. Il y aura toujours quelqu’un pour vous accuser d’être anti-X.

Pense notamment à tous ceux qui reprochent à Adorno (Boulez) d’avoir critiqué le jazz. Ce n’est pas ce qu’il dit, c’est qu’il l’ait dit. — La culture — toute culture — est incritiquable.

Pour être tout à fait honnête, cela ne m’empêche pas de vivre — de respirer. Mes bibliothèques comptent plus de volumes qu’il n’y a de place dans ma tête. Et j’entends désormais ne plus publier ; écrire uniquement dans mes carnets. Ou ce journal. M’extraire de la culture. Autant que faire se peut.

Pierre Livet nous disait que si Nietzsche avait été un véritable aristocrate, il n’aurait certainement pas pris la peine de s’occuper de tous les problèmes dont il s’est occupé. Mais ce n’était qu’un petit-bourgeois. En colère, ajouterai-je.

S’efforcer donc de n’être pas un petit-bourgeois en colère. Et, dans le même mouvement : ne pas se réduire au silence.

Parfois, il faut se boucher les oreilles pour écrire. Avec les doigts. Mieux vaut les avoir propres.

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