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3.10.18

Ainsi, moins de vingt-quatre heures à Paris suffisent à me rendre malade. Preuve que mon métabolisme et l’écosystème de la ville ne font pas bon ménage. L’ont-ils jamais fait ? Je ne sais pas. Il faut bien croire que oui. Ou alors c’est la climatisation dans le train ? Ou alors le fait d’avoir croisé le sosie de Pierre Ducrozet dans ce même train ? À un moment, je l’ai vu, qui parlait avec un type dont le visage m’était familier et qui m’a semblé être un comédien, mais un comédien qui aurait eu un peu de succès à la télévision il y a longtemps et dont tu te souviens seulement parce que son visage est là, entraperçu entre deux fauteuils, entre deux trois quatre cent autres visages, dont celui d’une jeune femme avec des lunettes à la John Lennon. Est-ce qu’elle est connue, elle aussi ? Non, je ne crois pas. Enfin, c’est possible. Tout est possible d’autant que je ne connais pas les gens connus. De moins en moins du moins. Toutes ces histoires ne sont que des parasites. Des distractions. Je suis un mauvais lecteur et, par conséquent, c’est malheureux mais c’est ainsi, je suis aussi un mauvais ami, j’aurais dû lire ce livre de Pierre Parlant il y a des mois déjà. Mais était-ce le temps qu’il faisait ? Était-ce moi qui n’étais pas disponible mentalement pour le lire ? Je ne sais pas. Quoi qu’il en soit, j’ai ouvert Ma durée Pontormo il y a quelques jours, avant de partir à Paris, et je ne l’ai pas refermé depuis, j’en ai ingurgité quelque deux cents pages dans le train. C’est un livre merveilleux. D’une grande intelligence et d’une profondeur de sentiments rare. Trouvé-je. Du coup, nous passerons les vacances de la Toussaint à Florence avec Nelly et Daphné. Même s’il me reste encore un manuscrit de Pierre à lire. Le temps viendra. Question de kairos. Parlons-nous de kairos ensuite avec Guillaume Vissac à la brasserie le Tarmac, où j’ai déjeuné d’une salade avec des toasts de chèvre chaud qui ne méritaient pas tant d’attention ? Je ne le crois pas. Ce qui m’a étonné en sortant de la gare de Lyon, par exemple, c’est cet homme plus jeune que moi (remarque comme ils sont de plus en plus nombreux, les hommes plus jeunes que moi) qui portait manteau et écharpe. Plutôt que de me dire qu’il exagérait, j’aurais dû me douter que quelque chose n’allait pas. Mais j’étais trop ému par les rues de cette ville où j’ai vécu douze ans et où je n’avais pas remis les pieds depuis l’an dernier. 1er octobre. Le lendemain, trois ans plus tôt, Daphné naissait à la maternité de Port Royal. Un peu plus tard, j’irais prendre le mur où le nom est inscrit en photo. En attendant, avec Guillaume, je n’arrête pas de me plaindre, que ça ne va pas, que ça ne marche pas, que ce n’est pas comme je voudrais, comme ça devrait être. Sauf quand je lui parle de sa traduction du Chien du mariage d’Amy Hempel, qui est sur la liste du Prix de la SGDL, même si je n’arrive pas à dire précisément ce que j’en pense. Parce que la narration flotte dans une sorte d’éther sans réelle relation de cause à effet qui rend ces courts textes si beaux. Est-ce cet éther-là qui rend la littérature plus belle que la vie ? Enfin, la possibilité de cet éther-là ? Question con, je crois. Oh oui, très con. Comme s’il y avait une différence entre la vie et la littérature. Tout peut devenir de la littérature. Tout peut devenir de la vie. Ce qui est beau, c’est la possibilité que l’une se convertisse dans l’autre et la réalité occasionnelle de cette conversion. Que cette conversion ait lieu, n’est-ce pas ce qui me rend si heureux ? Non, pas seulement. Pas seulement, évidemment. Ce que je retiens de ce séjour à Paris ? Je ne sais pas, rien. Il n’y a rien à retenir d’un tel séjour. Qui, en fait, n’existe probablement pas. Ou n’a pas duré suffisamment longtemps pour atteindre à une quelconque dignité existentielle. Il est en quelque sorte voué à disparaître dans une sorte de décharge ontologique, là où s’en vont les morceaux d’existence qui sont tombés dans le néant. Dans quelques années, je me demanderais où ces événements se sont déroulés et je ne parviendrais pas à les situer dans l’espace ni le temps. Dans le livre toscan de Pierre, on peut lire la fascinante litanie des repas de Pontormo. On trouve aussi cette déclaration de Zanzotto qu’on avait déjà pu lire dans les Courtes habitudes : « la météo est le dernier refuge des dieux » (se trouve-t-elle encore dans le livre sur Warburg ?), dans l’idée peut-être d’une manière de météorologie généralisée, le relevé de tous les flux, corporels compris, entrant sortant, ce que Pierre appelle, si je comprends bien, le régime de Pontormo. Le temps qu’il fait, ce qu’on mange, comment on fait les couleurs, le laps qui sépare encore de la mort. Est-ce que je comprends bien ? S’agit-il de (bien) comprendre ? C’est beaucoup plus simple que ça, je crois. Pas d’ordre dans les idées, on l’aura remarqué. Rien qu’une rhapsodie. C’est le coup de froid qui veut ça. Il faudrait ranger ça dans des catégories, mais il faudrait encore pouvoir discerner. Impossible. Je ne devrais même pas écrire. Ce que j’aime dans mes conversations avec Samuel Monsalve, c’est qu’elles finissent toujours par ressembler à des plans de révolution esthétique, éthique et politique. C’est systématique. Mais ce n’est pas lassant, bien au contraire. C’est stimulant. Comme un esprit en ébullition permanente. La vérité, la seule vérité, c’est que je suis fatigué.

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