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13.3.22

Penser par soi-même autrement que par soi-même. Cela peut sembler une contradiction, c’est vrai, mais non. Qu’il faille s’efforcer d’être à l’origine de ses pensées, ce qui présuppose d’avoir une attitude critique vis-à-vis de toutes les pensées, celles des autres comme les siennes propres, cela ne signifie qu’il faille s’enfermer dans ses pensées. L’attitude qui consiste à penser que ses pensées sont les meilleures qui puissent être et que le monde, quand il ne convient pas avec ses pensées, est dans l’erreur et doit être réformé en conséquence, est précisément l’attitude de qui ne pense pas par soi-même autrement que par soi-même. Les pensées ne peuvent pas être des frontières, des limites, elles doivent toujours contenir en elles-mêmes la possibilité de leur dépassement. D’ailleurs, toutes les pensées doivent être pensées comme des dépassements d’elles-mêmes. Une pensée définitive est un non-sens : le définitif met un terme à la pensée. On ne pense plus, on ne parle plus, on ne discute plus. Le relativisme des goûts et des couleurs dont on ne discute pas épouse à la perfection l’universalisme des vérités indiscutables : d’une façon ou d’une autre, le but poursuivi est de faire taire l’autre en interdisant toute conversation, en disqualifiant l’idée même de la conversation, le droit même à la parole. Ainsi, n’y a-t-il pas de solution de continuité entre l’égocentrisme et l’ethnocentrisme, l’égocentrisme et l’universalisme ; l’ethnocentrisme, ou le relativisme (l’ethnocentrisme est un relativisme géolocalisé), l’ethnocentrisme et l’universalisme ne sont que des développements de l’égocentrisme, développements qui peuvent sembler mutuellement exclusifs mais qui sont en réalité très proches l’un de l’autre, quasi identiques. Car, qu’est-ce que l’égocentrisme sinon l’attitude de qui ne pense pas par soi-même autrement que par soi-même ? Incapable de sortir de moi-même, le monde (ce qui a lieu) n’est pas quelque chose que je doive accueillir, c’est quelque chose qui doit être évalué en fonction de mes critères moraux, jugé bien ou mal en fonction de critères qui se solidifient hors de toute relation avec autre chose que moi-même. Chacun retrouve dans ce qui se produit sa conviction personnelle, comme si le monde, l’histoire n’était jamais qu’une occasion d’avoir tort ou d’avoir raison. Il faut penser dans l’ouverture. Ce qui ne signifie pas s’abstenir de juger (l’ἐποχή est un subterfuge, un tour de passe-passe pour s’autoriser à juger de tout), mais s’ouvrir à la possibilité du dépassement de soi, s’ouvrir au passage. Une vie qui ne porte pas en elle la possibilité de sa métamorphose mérite-t-elle d’être vécue ?

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