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19.5.17

Jean-Pierre Cometti achevait l’article qu’il avait consacré à « Emmanuel Hocquard et le rhinocéros de Wittgenstein » sur ces mots :

« le poète-grammairien a prioritairement affaire à l’illusion caractéristique qui habite plus d’un texte poétique — sans parler des professions de foi qu’on y connaît — et qu’engendre une catégorie particulière d’hybris, celle qui la porte à l’excès de signification, là où pourtant le langage n’est pas en défaut et où rien ne devrait nous porter à y suppléer. Comment ce qui n’a encore jamais reçu de nom, et dont on pense qu’il se dérobe, pourrait-il de quelque manière s’y dévoiler ? Le poète, sur ce point, ne partage que trop souvent la conviction du philosophe, croyant pouvoir atteindre, au bénéfice d’une langue qui ne met à notre disposition que ce qu’elle est destinée à nommer, ce que seule une autre langue permettrait d’atteindre, en ce qu’elle serait autre, et donc inaccessible. La poésie n’est pas cette autre langue et le poète-détective n’en est ni le gardien ni le vicaire. Si une difficulté s’y rencontre, comme le suggérait Wittgenstein, c’est uniquement celle de “voir ce que j’ai sous les yeux”. »

Sorte de manifeste poétique, que je suppose décevant pour tous ceux qui croient aux pouvoirs mystiques de ce qui se trouve au-delà de la langue et qu’une autre façon de parler pourrait révéler. Mais qui ouvre sur ce que j’appelais avant-hier une politique naturalisée. Dans son article, Cometti citait une phrase de Hocquard à propos, justement, du rhinocéros de Wittgenstein, avec un petit commentaire :

« “Le Rhinocéros de Wittgenstein, n’importe quel enfant peut comprendre qu’il traverse la pièce”, mais qu’est-ce donc qui traverserait la pièce, et que nous verrions, si nous n’avions pas appris à utiliser le mot “rhinocéros” ? »

Hocquard, quant à lui, ajoutait ceci :

« Et en tirer des conséquences de vie, autrement dit des conséquences politiques. »

Mais, précisément, c’est la même idée : les formes de vie, l’usage et la politique valent mieux que la métaphysique, elles en signent toutefois moins la fin que son congé (où sens, où comme le disait Cometti, nous prenons congé), elles valorisent l’horizon plutôt que la transcendance, l’ordinaire plutôt que le mystique.

Peu importe l’ordre : une ligne claire me semble se dessiner qui relie grammaire wittgensteinienne, politique naturalisée (qui devrait être le vrai nom de la démocratie), écologie, évolution, musique cagienne, littéralisme poétique, expérience deweyienne, ironisme rortyen, sans clore la liste, mais en espérant, bien sûr, qu’il y ait toujours plus d’éléments à y ajouter.

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