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19.6.19

Je suis peut-être désespéré, mais je ne suis pas débile.

Avec le temps qui passe ou, pour le dire plus crûment, plus cruellement, avec l’âge, on se ramollit, le corps, certes, mais le reste, aussi. C’est d’abord une remarque sur le regard qui s’est adouci, les mœurs aussi, mais cette soi-disant douceur n’est est réalité que de la mollesse, le corps s’épaissit, la ligne s’affaisse, les fesses aussi, c’est toute l’organisation qui tend ainsi à se ratatiner. Si ce n’était que le corps, ai-je envie de dire sans trop savoir ce que cette distinction peut bien signifier, passerait encore, la santé, certes, mais avoir la santé pour n’en rien faire, à quoi ça sert ? Non, c’est toute la personne qui se tasse ainsi, la pensée avec. Surtout la pensée, c’est dramatique. On ne se rend pas forcément compte à quel point la consommation d’alcool accentue ce phénomène. Toujours plus épais, mou, toujours plus avachi. Nietzsche déplore quelque part la consommation de bière. Mais où ? Dans le Crépuscule des idoles, je crois. Il faut que je cherche. Nietzsche parle des trois grandes drogues de l’Europe : l’alcool, le christianisme et la musique. Il écrit : « Que de pesanteur chagrine, d’avachissement, de moiteur, de négligé pantouflard, que de bière on trouve dans l’intelligence allemande ! Comment se peut-il que des jeunes gens qui vouent leur existence aux plus hautes visées de l’esprit ne sentent pas en eux l’instinct primordial de la vie de l’esprit : l’instinct de conservation de l’esprit — et qu’ils boivent de la bière ? L’alcoolisme de la jeunesse savante ne met peut-être pas en cause sa science — on peut même être un grand savant sans avoir le moindre esprit —, mais, sous tous les autres rapports, il reste un problème. Jusqu’où ne la trouve-t-on pas, cette lente dégénérescence que la bière provoque sur l’esprit ? ». On en revient toujours au point de départ — Nietzsche, l’Italien. Une histoire de régime. N’est-il pas dommage que notre époque ne sache entendre ce mot de régime qu’au sens transitoire, alors qu’il s’agit bien au contraire d’une discipline, d’une hygiène. Mais il est vrai que nous n’entendons plus rien à la discipline — que nous voyons comme une punition, une entrave à la liberté venant de l’extérieur — ni à l’hygiène — qui n’est jamais pensée que sur le mode de la privation, de la soustraction, du moins quelque chose là même où il faut de tout — à rien. Non pas faire l’économie de, mais faire une économie de. Est-il étonnant qu’on comprenne si peu de choses à l’esprit (lettres, politique, société, monde, et tout), quand on entend si mal le corps ? Courir, manger, marcher, penser, dormir, s’occuper non de l’état (un corps qui change) — de la dynamique (le changement du corps).

Ensuite, sans m’en apercevoir, j’ai traduit Feldman à la suite du journal. Genre de lapsus heureux qui en dit long sur la continuité qu’une vie peut nourrir parfois. Rarement ? Oui, par malheur, rarement.

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