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17.6.19 + 18.6.19

17.6.19
Confusion entre cosmétique et esthétique, entre le fait de décorer le monde, de lui donner une jolie apparence ou de trouver que tout est beau, de voir la beauté partout, et la recherche de la possibilité de la beauté, qui est aussi celle du bien, comme quand on dit, par exemple, la beauté sauvera le monde ou éthique et esthétique sont une.

18.6.19
J’ai commencé à écrire cette page, et je me suis rendu compte que j’avais déjà écrit ce que j’allais écrire. Pourquoi est-ce que je me répéterais ? Pourquoi est-ce que je ne me répéterais pas ? Je ne sais pas. Les deux sont possibles. Mais je n’ai pas envie de me répéter. Je maigris, j’élague. Si tu ne changes pas, tu meurs. Comme les plantes, qui poussent tout le temps, sont tout le temps en train de croître. La nature, quoi, ce qui croît (φύσις). Bref. Je traduis Morton Feldman en ce moment, je me perds dans son étrange façon de penser, faite d’étroitesse totale et d’ouverture totale, radicale en tous les sens, pas tolérante du tout et tellement accueillante, décisive et déterminée, achevée et inachevable, capable de passer d’un sujet à un autre en un claquement de doigts, avec un sens de l’anecdote fascinant (juif new-yorkais ?). Cet après-midi, j’ai traduit les pages du jour en écoutantFor Philip Guston, et j’étais en quelque sorte noyé tout au fond de cet univers sonore et intellectuel, mais pas étouffé, bien, en fait. En fait, je suis fasciné par les compositeurs comme John Cage ou Morton Feldman, par cette faculté de penser si singulière qui me semble tellement supérieure à ceux qu’on considère généralement comme des penseurs. Si on prêtait un peu attention à l’histoire des idées, on s’apercevrait probablement que Cage et Feldman sont bien plus importants que ceux que l’on tient pour importants, qu’ils disent des choses plus importantes que d’autres réputés pour être « des grands penseurs ». Ce qui me fascine, c’est la façon dont Feldman semble presque ne pas parler de musique et ne parler que de musique simultanément, c’est la liberté de ton, l’absence de corsage académique, de formatage académique, de pression disciplinaire qui ne pèse pas sur lui qui lui permet de dire tout ce qu’il a envie de dire. Comme, par exemple, « la civilisation occidentale, c’est moi. » Est-ce qu’on se rend compte de l’énormité d’une telle déclaration et, simultanément, de son exactitude pure et simple ? Mais les gens ne s’intéressent pas à ça, ceux qui lisent encore, lisent les auteurs qu’on leur dit de lire, et puis en font des livres, et ça tourne en rond comme ça sur des générations et des générations. Je pourrais me dire non mais on s’en fout des gens, mais ce serait à côté de la plaque. Feldman peut aussi bien citer Kafka, Beckett, Pascal, Proust, et tutti, que chanter Schubert, Beethoven, quand il parle à haute voix, comme vous et moi. Enfin, pas exactement, comme vous et moi. Mais passons. C’est épuisant, aussi. Je me sens happé. Mais c’est bien, aussi. Avec l’Idiot de Dostoïevski, c’est un mariage impossible, mais bon. Est-ce que Feldman parle de Dostoïevki ? Pour l’instant, non, mais ça ne devrait plus trop tarder. Ce qui m’inquiète, surtout, c’est que je pourrais ne plus écrire. En tout cas, dans des moments comme celui-ci, je ne peux plus écrire. Je n’ai pas le temps, pour ainsi dire. C’est étrange d’écrire une telle phrase. Paradoxal. Presque aucun sens. Et pourtant si, elle a un sens. Je n’ai peut-être plus rien de grand à faire. Sauf que ce n’était pas cela que je voulais dire. Je voulais dire que l’écriture se dilue dans le temps qu’on passe à faire autre chose, quand même ce serait lire, traduire, qui sont des formes de penser, qu’elle se dissout dans ce temps, et qu’elle est toujours sur le point de disparaître. Mais peut-être, c’est ce qu’on peut aussi se dire, peut-être faut-il qu’elle en passe par là, peut-être faut-il faire cette expérience-là sur le point de disparaître pour estimer toute l’importance qu’on lui attache, tout le prix qui est le sien, toute sa nécessité malgré toute sa contingence.

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