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27.6.17

Cette nuit, ou plutôt ce matin, parce que je me suis réveillé juste après et que c’était déjà le matin quand je me suis réveillé, cette nuit, j’ai rêvé que je croisais MC (gros éditeur de la place de Paris), qui me confiait, sans vouloir être désagréable, bien sûr, précisait-il, qu’il n’aimait pas mes livres. Moi, en revanche, je lui répondais quelque chose de franchement désagréable, mais je ne me souviens pas de quoi, et puis je l’abandonnais pour aller raconter ma mésaventure à Nelly. C’est un rêve hautement improbable, pas réaliste du tout malgré ses apparences parce que, premièrement, MC ne perdrait certainement pas son temps à lire mes livres et parce que, deuxièmement, la dernière fois que je l’ai croisé dans le quartier, devant l’église Notre Dame des Champs, exactement, j’ai fait semblant de ne pas le voir (contrairement aux fois précédentes où j’avais dû supporter ses incessants bavardages d’homme du métier), et que je ferai certainement la même chose la prochaine fois, ce qui n’est pas très courageux, certes non, j’en conviens, mais peut me sauver la vie, du moins la partie de cette vie que je ne passe pas avec lui (c’est toujours ça de pris). Si les apparences de ce rêve ne sont paradoxalement pas réalistes, ce qu’il me dit, en revanche, l’est bien trop : que je suis mort de trouille à l’idée que mes livres soient mauvais. J’ai beau me convaincre qu’en vendre peu n’est pas signe de nullité, je ne peux pas m’empêcher de me dire qu’il est tout à fait possible que je sois un écrivain exécrable, ou pire : médiocre, passable, tout simplement quelconque. Ce que je regrette à propos de ce rêve, c’est qu’il ne m’apprenne rien que je ne sache déjà  ; — que je suis partagé entre, d’une part, l’angoisse d’être mauvais et, d’autre part, la certitude d’être bon. Ce qui est déchirant, littéralement, on s’en doute — Literarichspaltung. J’y ai pensé hier, avant la nuit de rêve, parce que je réfléchis à la façon d’écrire le cinquième chapitre de mon histoire de la forêt. Et comme toujours, je me dis : mais Jérôme, peut-être que c’est complètement nul. Peut-être. Jérôme n’a pas de réponse toute prête pour me rassurer.

Le bon art (et non, ce n’est pas un pléonasme), le bon art n’est pas immédiatement rentable. S’imagine-t-on Wittgenstein vendre 300000 exemplaires du Tractatus de son vivant ? Nietzsche se rendre à la foire du livre pour dédicacer des exemplaires du Gai savoir à des hordes de fans en délire ? Borges s’émerveillait d’avoir vendu 36 exemplaires de son Fervor de Buenos Aires parce qu’il trouvait magnifique que des gens qu’il ne connaissait pas puissent s’intéresser à ses poèmes. Évidemment non, le bon art n’est pas immédiatement rentable. Mais comment se fait-il qu’il ne se trouve même plus un mécène pour financer à perte l’invention et ce, alors même que partout l’argent coule à flot pour pourvoir aux besoins des producteurs des œuvres les plus indignes de l’esprit humain ? Les élites seraient-elles devenues à ce point populaires ?

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