29.10.18

Firenze
Le sens de l’art change : ce qui était triomphe, symbole de puissance, apologie du pouvoir, affirmation de la transcendance réelle, qu’est-ce désormais sinon ruines, murs qui s’effritent, œuvres restaurées, palais déserts qu’arpentent des hordes de touristes ? Un touriste chinois entre dans une pièce, photographie ce qui s’y trouve, regarde l’écran de son appareil, prend la pose devant une grande masse de forme ronde pour un autre qui rejoue la même saynète, fait deux ou trois autres clichés encore, parle fort, ressort. Le sens de l’art change : âmes qui piétinent en rang en attendant de pénétrer dans le musée. Fortunes qui se font sur un coup médiatique. Célébrité éclair. Démesure des sommes. Trop de zéros. Objets quelconques en guise de support de communication. Couleurs racoleuses. Thématiques tapageuses. Trous dans les manières de voir. On appelle ça des yeux.

À Santa Maria Novella, assis sur un banc sous le Christ de Giotto. — Tout l’art du passé nous est largement inaccessible, on peut bien tâcher de reconstruire le sens d’une œuvre, l’expérience même nous est étrangère. Ne serait-ce que la lumière. Électrique. C’est-à-dire : telle qu’elle n’était pas alors. Nous ne voyons pas la même chose et nous ne voyons pas de la même façon. Ce qui ne signifie pas bien sûr que nous ne voyons rien. Nous voyons tout — autre. Nous restent alors des interprétations possibles, qui ne nous éloignent pas des œuvres, le temps s’en charge à lui seul, mais ne nous en rapprochent pas pour autant.

Orage pour véranda toscane mal étanche. En ce moment même, déluge miniature. Cette nuit, il a plu. Beaucoup, manifestement. Je ne le sais que par ouï-dire, via le récit qu’on m’en fait au matin. Et aussi les flaques d’eau formées sous les portes-fenêtres de la véranda, qui témoignent. Enfant déjà, il m’arrivait de dormir si profondément que l’explosion d’un immeuble à cent mètres à peine de la maison ne me réveillait pas. Depuis cette nuit silencieuse, j’ai acquis la conviction que le chaos de la fin du monde, immense explosion précédant le retour au tohu-bohu originel, aura lieu en pleine nuit, cependant que je dormirai, et que je ne me réveillerai pas.

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27.10.18

Firenze
Le grand écrivain aujourd’hui n’écrit plus de livres. Il a bien le droit d’en écrire, mais ce ne sont pas ses livres qui lui confèreront le statut de grand écrivain. Le grand écrivain aujourd’hui pétitionne, tribunise, critique, s’engage, militante, s’implique, s’investit, radiophone, passe à la télévision. Et accessoirement, publie des livres (tous les deux ans, c’est dû par contrat). Surtout, le grand écrivain, pour espérer devenir un grand écrivain, doit se choisir un combat, une niche. Le féminisme grammatical, l’accueillisme migratoire, le colonialisme à l’envers, le souverainisme régressiste, et caetera, peu importe, du moment qu’il est clairement identifiable et qu’on associe rapidement et spontanément le grand écrivain en question à sa niche politique. Il y a toujours des cas plus passionnants que d’autres : le mâle féministe grammatical qui se sent une obligation morale de conseiller à la population comment écrire les noms de métiers au féminin plutôt, par exemple, que de laisser les femmes qui exercent ces métiers choisir par elles-mêmes ou bien encore le colonialiste à l’envers qui s’avère musulman et qui, par un effet de déplacement fulgurant, se verra couvert de louanges par le souverainiste régressif. Mais ce ne sont que des cas limites. Grosso modo, les gens pensent toujours la même chose et sont d’accord entre eux quand ils s’aperçoivent qu’ils pensent effectivement la même chose. C’est magnifique. Les étriqués esprits chagrins trouveront peut-être à redire parce que cela manque légèrement d’originalité, mais c’est un combat pour la Justice et le Bien, pas pour la singularité. Les portes qui conduisent au Souverain Bien, Monsieur, quand même elles seraient ouvertes, rien ne me retiendrait de les enfoncer ! Le problème fondamental, cependant, c’est qu’on ne peut pas empêcher tout ça de nous couler dedans les yeux. La structure de l’information est ainsi faite qu’elle circule partout et que tu auras beau rejeter tous les contenus qui te débectent, un par un, minutieusement, il y en aura encore, il y en aura toujours une publicité pour Toyota ou un article de blog pour expliquer comment féminiser le mot auteur, contenus auxquels tu ne pourras pas échapper. Même à Florence, même ailleurs. Le bout du monde, mon vieux, il y a bien longtemps que ça n’existe plus.

À San Marco, un visage sort du mur sans que je sache qui c’est. Est-ce important ? Oh oui, sans doute, oui, ce doit l’être. Sauf qu’il me semble que le nom compte moins que le visage. Ce pourrait être n’importe qui. Ce n’était sans doute pas n’importe qui. Ce pourrait être n’importe qui, son image est toujours là, à fresque sur le mur, qui regarde les millions de personnes qui sont passées depuis qu’on la peint. Plus de touristes que de moines. Il semble triste et vieillissant, le regard perdu qui cherche ailleurs quelque chose qui ne s’y trouve pas. Attendrissant. Trop moderne pour ce vieux mur. À moins que ce ne soit moi.
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26.10.18

Firenze
À Santa Felicità pour voir la Deposizione de Pontormo, invisible malheureusement derrière des grilles. Au cloître de Santa Croce, deux jeunes femmes sourient devant l’objectif cependant qu’elles essaient de prendre un selfie. Dès la photo prise, le sourire disparaît. Même phénomène Ponte alle Grazie, elle sourit de toutes ses dents cependant que son homme la prend. Dès la photo prise, le sourire disparaît et elle se rue sur l’écran pour vérifier l’image. Recommence. Histoires de visions impossibles, qui disparaissent derrière tout ce qu’on leur impose. Il n’y a plus rien à voir depuis longtemps, tout peut être produit et reproduit par l’intelligence artificielle, et ce qui reste à peine, comme des choses tombées du camion de l’histoire, est annulé, stupide. Il faudrait pouvoir passer la tête entre les barreaux, mais quelle assurance de pouvoir la retirer ? Daphné regarde quand même, dit c’est beau, c’est merveilleux, et puis elle tombe d’un banc qui n’a pas vraiment de dossier. Qui dit chute dit pleurs. La dame qui vend des cartes postales vient la voir et puis lui offre une carte postale parce qu’elle n’aime pas voir les petites-filles pleurer. Comme ce n’est pas la Deposizione, je reviendrai lui en acheter une. Au moins, je la verrai. Tout ce dont je me souviens, ce sont les couleurs. Peut-être est-ce d’elles qu’il faut se souvenir. Ne sont-elles pas la condition de l’apparition des formes, de l’histoire que raconte le tableau ? Couleurs qui éclatent dans la pénombre de l’enceinte. Qui ont quelque chose d’impossible et de fou. Bleu, rose, jaune, un peu de vert en bas à main droite dans les cheveux bouclés en haut sur un sein qui pointe. Un nuage pour faire le ciel. La peinture, c’est le paysage.

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24.10.18

Il y a quelques milliers d’années je n’étais guère plus qu’une vague possibilité sans la moindre nécessité et aujourd’hui encore en vérité ce n’est pas parce que c’est arrivé que c’était nécessaire c’est plutôt le résultat fortuit d’une succession de hasards dont tous fort probablement n’étaient pas heureux loin s’en sont fallus tous ces phallus fourbus à qui obéissaient-ils ? à personne à personne à qui dès lors ? au destin aveugle à la pulsion qui sourd du fond de l’être de la nuit des temps gicle aucune volonté particulière n’a présidé à ma naissance pas même tout au bout de la chaîne personne ne m’a voulu moi ma petite personne en particulier elle est simplement arrivée je suis moins né que je ne me suis imposé il y a quelques milliers d’années personne ne pouvait s’imaginer m’imaginer personne même n’envisageait la possibilité que j’étais certainement pas celle que je serais un jour ou l’autre et qu’il a bien fallu in fine que je sois pourtant et le phallus qui reproduit le même schème insensé ou quasi de la reproduction mâle femelle ne pensait pas à mal plus à la femelle qu’au mâle en vérité est-ce que quoi que ce soit va changer ? oui mais quoi ? pas la moindre idée nous avançons dans le devenir sans la moindre idée que des fortunes aux limites incertaines terreur floue de l’avenir qui remonte à la nuit des temps oui mais voilà nous ne remonterons jamais à la nuit des temps nous continuerons dans le noir de ce qui va advenir et dont nous ignorons tout la pénombre de nos idées générales catégoriques qui ne déterminent rien pas des êtres singuliers que nous sommes toutefois et pas seulement quelquefois.

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23.10.18

Quelque part l’espace le vide entre les choses les gens les objets les jours qui passent écrire c’est mettre des mots les uns à la suite des autres rien de plus rien de moins et du vide entre les mots les blancs quand tu ne sais pas quoi dire pourquoi ne te contentes-tu pas toujours de rien ? ce serait trop simple il faut parfois remplir le vide entre les gens les jours qui passent tu vois il y a trop de vide entre les gens et il n’y a pas assez de vide entre les gens n’est-ce pas terrifiant et magnifique à la fois ? c’est tout l’art de la contradiction les meilleures sont indépassables on vit dedans on essaie toujours encore d’en faire quelque chose d’y comprendre quelque chose mais il n’y a rien à comprendre on en revient toujours là il y a trop de vide et il n’y a pas assez de vide tu ne perçois pas tout le temps les deux termes de la contradiction au même moment les deux termes alternent mais ils n’en sont pas moins vrais chacun à son tour tous les deux en même temps c’est magnifique et terrible une contradiction qu’on ne peut pas dépasser qui ne peut pas être dépassée elle se repose toujours tu ne la dépasses elle se déplace flux et reflux la mer sentiment méditerranéen c’est de ce côté-ci du monde en effet sur un rivage comme celui-ci en effet il y a quelques milliers que les contradictions ont été inventées oh elles existaient sans doute déjà auparavant mais personne n’y avait jamais pensé personne ne s’était jamais dit tiens c’est une contradiction on disait quoi avant ? on disait rien et depuis on s’efforce de les dépasser et depuis elles ne font que se déplacer avec nous sauf qu’elles nous devancent toujours elles ont toujours un temps d’avance il y a toujours et rien et quelque chose en même temps.

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22.10.18

Commencé la lecture de Deep Green Resistance, de Keith, Jensen et McBay.

Pour en finir avec la civilisation industrielle. — C’est vrai qu’une telle utopie peut prêter à rire parce que les conditions historiques ne sont évidemment pas réunies pour en finir maintenant avec la civilisation industrielle qui semble au contraire encore en voie d’intensification. Mais l’idée qu’on ne peut pas améliorer cette civilisation-ci me semble juste. On ne peut pas améliorer un système détraqué, il faut en changer. Et puis, de toute façon, nous avons besoin d’utopies, nous ne pouvons pas nous en passer. Jensen prétend que nous souffrons de ce que la psychiatre Judith Herman appelle « Complex Posttraumatic Stress Disorder » : le monde dans lequel nous vivons nous conditionne tellement que nous sommes incapables d’en imaginer un autre. Pourtant, c’est bien cet effort d’imagination qu’il faut faire pour ne pas mourir comme des cons qui, après avoir bouffé toutes leurs provisions, se disent ah merde, reste plus rien là. Quel contraste en tout cas avec les gourous verdâtres qui pullulent à la télé, augmentent la pollution de nos esprits de leur présence grossière.

Nuages qui se dissipent sur la plage. Consignes données à Daphné pour se méfier des vieux pervers en slip de bain. Chien qui vient manger son petit morceau de pain tombé sur le sable. Pieds dans l’eau. Allons jusqu’au bout, papa, jusqu’au bout du monde. Commençons par la rive, mon amour.

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21.10.18

journées avec rien dedans si peu qu’on voudrait savoir pourquoi on y mettrait quelque chose oiseaux migrateurs qui obscurcissent le ciel par moment passages ou bien nuages ou bien nuées alors les nuages sont des nuées et les nuées des nuages organisation spontanée de l’univers là sous tes yeux besoin de personne au sommet on fait mieux sans tête on se ment autrement traînées vertes soudaines dans le bleu du ciel oiseaux exotiques importation incertaine mer sous le soleil sable sous les pieds léger léger automne loin de l’été plus bel encor qui respire de l’air entre les choses entre les gens de l’air entre les objets de l’espace de la place comme si l’on vidait le monde de sa substance théorie des aérostats tout ce qui plane flotte vole se suspend attend avance autrement léger léger naviguer les cieux voleter fermer les yeux ferme les yeux

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20.10.18

Le monde, ou plus modestement peut-être, l’époque ressemble à deux vieilles bonnes femmes qui déclament sur scène les textes d’un poète mort depuis bientôt un demi-siècle sur fond de musique rock. Tu te demandes pourquoi ? mais ce n’est pas la peine de répondre, ça marche. Tout s’efface, s’écrase, paraît minuscule devant le succès. Passé un certain seuil, il n’y a plus rien à dire, plus rien à faire, seuls comptent les acclamations de la foule en masse assemblée.

Malheur à celui qui n’a que des questions à poser.

L’époque est affamée de réponses, qu’elle va chercher partout, par tous les moyens, dans le présent, le passé, l’avenir, dans toutes les méthodes, tous les cultes, toutes les hygiènes, multipliant les dogmes au point de s’étourdir et de ne plus rien comprendre à rien. Pourquoi toutes ces réponses ne me soulagent pas ? demanderait l’époque si elle pouvait s’interroger, au lieu de quoi elle fonce tête baissée vers Dieuséhou.

Ce matin, j’ai bu un café au Foch, là où j’ai passé une bonne partie de mon temps lors de ma première première année de lycée. Pas au Derby, qui était juste en face, mais était comme un pays étranger. Même si le café n’était pas très bon, j’ai esquissé un sourire et puis ça suffit ; les souvenirs non plus n’étaient pas très bons.

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19.10.18

Sur la Corniche, au milieu de la chaussée, un petit chien court après un rat à sa mesure. Ayant échappé à la surveillance de sa maîtresse ou de son maître, il pourchasse aboyant cette pauvre bête terrifiée qui pousse de petits cris aigus. Moi qui cours à distance sur mon trottoir, je considère cette scène d’un œil distrait quoique suffisant pour voir que de ces horribles bestioles, qui toutes les deux risquent leurs vies, seule la sauvage a conscience de sa mort prochaine, la domestique, elle, alourdie au contraire par le surpoids qui lui sert de mode de vie, cavale comme une folle, ignorant les roues des automobiles qui pourtant la frôlent. Automobiliste, ô mon frère, toi qui freines et braques et contrebraques pour ne pas écraser cet affreux petit toutou, as-tu seulement une pensée pour le rat ?

Do you think it meaningful
seeing the half moon full ?
Flying the half way through
the fool might just be you.

Éthique et esthétique du jeûne. — Mais pourquoi ? Privation volontaire. C’est toute la différence entre l’impératif culturel (culturel) et la décision personnelle, le jeûne culturel-cultuel crée un collectif, le jeûne personnel (quand même il participerait de la prétention à sauver le monde comme de plus en plus de gourous l’insinuent) renforce le sentiment individuel.

Assez pour aujourd’hui, se dit-il en pensant aux gourous postmodernes.

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18.10.18

Depuis que j’ai (re)commencé à lire Ulysses, des phénomènes étranges ont eu lieu : j’ai eu une migraine terrible avec aura et vomissements (deux), il est tombé des trombes d’eau sur la ville (ce qui s’appelle un épisode méditerranéen), Nelly s’est fait une entorse du genou (en dansant), et j’en oublie sans doute, des plus infimes microscopiques inaperçus comme ces ombres que j’entraperçois quelquefois au coin de l’œil ou que je devine dans le reflet d’un des verres de mes lunettes dans le reflet de la vitre ouverte ou fermée tout dépend du temps qu’il fait. Évidemment, on ne peut pas établir de lien de causalité entre la lecture de Ulysses et ces évènements proprement dits, mais le fait qu’ils se produisent durant la même période ne peut pas non plus être ignoré comme si ces deux séries d’évènements (la lecture de Ulysses de James Joyce \\ les évènements dont j’ai parlé) étaient hétérogènes, étrangères l’une à l’autre ; la vérité est que ces deux séries se déroulent dans le même continuum espace-temps et que, à moins d’être dualiste au point de l’exagération, ce qu’il ne faut pas, oh non il ne faut pas, on ne saurait les distinguer du point de vue des essences. Tout se tient, mon petit père, tout se tient. Je crois que beaucoup de choses ont été dites sur ce livre. Certainement pas trop, non, on parle trop de Michel Houellebecq ou d’Éric Zemmour ou d’autres, mais d’eux non plus il ne vaut mieux pas trop en parler, ou de leurs clones ou de ces millions de petits parasites qui s’excitent autour d’eux, qui pour les encenser, qui pour les dénigrer, chacun pour capter un peu de la lumière qui les entoure (encore une histoire d’aura mais une autre cette fois) et que sa petite et médiocre personne ne permettra jamais d’attirer à elle seule. Ô grand jamais ! Mais on ne parlera pas trop des livres de James Joyce, ça, non. D’ailleurs si, plutôt que de gribouiller d’infâmes missives sur l’identité nationale ou son contraire ou le contraire du contraire de je ne sais pas trop quoi, l’essentiel c’est de faire parler de soi, les nainalphabètes qui s’étreignent, se frottent les uns contre les autres, astiquent les petites cellules dans le petit bocal qui leur sert de tête, dans l’espoir d’emblée et toujours encore déçu de jouir un peu voulaient bien fermer leur gueule, qui pourrait s’en plaindre ? Pas moi. Oh non, pas moi. Sauf qu’il en va ainsi dans le monde merdique qui m’a vu naître : je n’en ai rien à foutre de l’identité nationale, de ses contempteurs détracteurs chantres tracteurs et tout et tout, mais je ne peux pas échapper aux élucubrations érectiles d’une semipoignée d’énergumènes en manque de stimuli verbaux. Parce que tout circule, vois-tu. Autoroutes de l’information. Réseaux sociaux. Torrents de merde, oui. Verbum incarnatum, tout ça pour ça. D’ailleurs, peut-être que ça non plus, ce n’est pas sans rapports avec la lecture de Ulysses. C’est vrai que Joyce parlait de doublin loin de doublin, de l’étranger, Trieste-Zurich-Paris peut-on lire à la fin, mais enfin quand même tout se tient. On ne parle jamais trop des beaux livres, des livres ivres comme Ulysses, de la folie qui s’y fait jour et qui est le sel même de la vie, Ulysses, Finnegans Wake, de ces livres dont on se demande en les lisant comment on va bien pouvoir écrire ensuite, non pour ne plus rien écrire, au contraire, pour plus écrire, dépasser quelque chose que l’on tenait pour là, avant, qui le fut mais désormais plus. Avant d’écrire, on devrait toujours se poser des questions plus de questions trop de questions se demander mais comment vais-je faire ? je ne sais pas faire c’est impossible à faire autant ne rien faire et si ? plutôt que de foncer tête baissée dans un mur qui jamais n’avait demandé à te recevoir. On se croit toujours indispensable. Mais c’est faux. Bien sûr que c’est faux. Il faut le devenir. Et ça, on ne le sait jamais, ça vient toujours après-coup. Tout est-il lié ? Forse che sì forse che no. Pas bien avancé, mais après tout, tel n’est peut-être pas le but, peut-être vaut-il mieux demeurer encore un peu dans ce climat d’incompréhension, heures de lecture qui sont autant d’heures de mystère, de doute, d’apnée de la pensée, suspension, pas de raisons d’être quelqu’un d’autre, pas de raisons d’être quelqu’un, ni soi ni personne. Rien. Combien ? 382/1078.

Première tarte tatin de la pâte (sablée) jusques aux pommes (confites). Pas mal pour un débutant pas mal. Salade d’endives noix roquefort encorné farci tarte tatin (idée de menu).

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