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17.11.19

Cette nuit j’ai rêvé que j’étais présent lors d’une réunion de famille qui n’était pas la mienne, un genre de banquet ou de grand repas avec des tables noires et des nappes blanches, un repas de funérailles, interpréterais-je peut-être à présent. Au bout d’un certain temps, je m’apercevais que je n’étais pas le bienvenu, à cause d’un homme sombre, qui manifestait son mécontentement de me voir ici, et que des femmes âgées tentaient de calmer, mais sans que personne ne prononce la moindre parole. Je finis par comprendre pourquoi j’étais indésirable et m’exclamai alors : Mais ce n’est pas de ma faute si mes parents étaient des Communistes ! Les convives me donnèrent l’impression d’être convaincus par cette justification, mais pas le vieil homme sombre, que rien ne semblait apaiser même s’il n’exprimait plus son mécontentement. Ensuite, quelqu’un m’apporta une basse sur laquelle je jouais un morceau (je me voyais clairement en train de jouer de l’instrument et j’entendais distinctement le solo que je jouais), qui achevait de calmer tout le monde. Un peu plus tard, dans un autre rêve dont je ne conserve en mémoire que ce fragment insignifiant montrant un homme vêtu d’un costume clair et de chaussures anglaises comme j’en possède une paire, les pas sonores de cet homme se confondirent avec ceux de Daphné, qui s’étant réveillée, traversait sa chambre, ouvrait la porte et courait jusque dans notre chambre pour se blottir entre Nelly et moi. Quelques instants après, toujours au lit, j’ai découvert que deux des poèmes d’Antje Bertorello qui figurent dans mes Monstres littéraires (« L’impossible courbure des formes » et « Cet été, à Rome ») faisaient partie d’une anthologie poétique que quelqu’un était en train de composer avec cette mention : « Aucune trace de traduction sauf dans Des Monstres littéraires de Jérôme Orsoni (p 128 à 137) ». Tout de suite, je me suis souvenu que Samuel m’avait dit d’eux qu’ils n’étaient pas très bons, ce qui m’avait semblé passablement injuste et à côté de la question, et je me suis dit que, même si la version originale italienne n’existait pas, au sens où personne ne l’avait jamais écrite, je les avais toutefois bien traduits de l’italien. Est-ce qu’une traduction de ces poèmes en italien équivaudrait à une version originale ? Ce serait comme une origine à l’envers (thème qui est présent dans les Monstres). Et puis, je me suis fait remarquer que ce que j’étais en train d’essayer de faire, en ce moment, dans mes proses sans je, je l’avais déjà fait, d’une certaine manière, avec ces poèmes d’une écrivaine italienne, avec les livres de Pedro Mayr qui n’existent pas : essayer d’écrire comme quelqu’un d’autre, qui n’existe pas, un autre moi-même, comme j’écrirais si j’étais quelqu’un d’autre, ou un autre moi-même. Le style est un leurre, la « petite musique » est une horreur, la négation de l’écriture. Il faut toujours écrire comme quelqu’un d’autre, un étranger, un inconnu, quelqu’un qu’on n’est pas, qu’on ne sera jamais, qu’on pourrait peut-être devenir, dont on ne comprend pas un traître mot. Les idiomes égocentrés ne sont pas de la littérature, mais de grossières rédactions. Que l’immense majorité des livres soient écrits dans ces idiolectes n’est pas un contre-argument, mais exactement le contraire. Qui n’écrit pas au-delà de lui-même, n’écrit pas du tout, mais bavarde. Et puis, comme la journée avait déjà commencé, je me suis levé.

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15.11.19

On en dit, on en fait trop autour du « processus créatif » alors qu’en fait il n’y a probablement pas de processus du tout, quelque chose de passe, mais quoi ? qui peut le dire ? est-ce seulement quelque chose de défini ? quelque chose se passe-t-il vraiment ? on se dit que oui, pour se convaincre qu’on en est responsable, mais est-ce si certain ? On en dit trop, on en fait trop, alors que je ne suis pas responsable du langage. Le langage me précède, il ne m’appartient pas, ce n’est pas quelque chose que je fais, j’en fais usage, je parle, j’écris des phrases, mais je n’y suis sans doute pas pour grand-chose. Ce qu’on invente, au regard de ce qu’on hérite, est immense. Ce qui ne signifie pas qu’il faille se convaincre, dans une sorte de défaitisme à la mode, qu’on ne fait rien du tout, qu’il n’y a plus que des collages à faire, revisiter des genres, déconstruire les codes du genre (alors qu’on vient de se les imposer, ces codes), mais il faut savoir moins expliquer que décrire. Moins surjouer, surcharger, que simplifier. Pas pour aller à l’essentiel, comme je l’ai noté hier, parce qu’il n’y a pas d’essentiel, mais pour se soulager de toute la part manquée de l’héritage qui pèse sur soi. Si le langage me précède, puis-je pour autant l’accepter en bloc, ne pas en rejeter certaines formes, certains usages, et ce que l’on fait de ces usages ? Moins expliquer que décrire. Décrire, (d)écrire, écrire. J’avais envie d’écrire, comme hier, sur ce que je suis en train de faire, sur ce que je suis en train d’écrire, mais j’ai préféré y renoncer. Pour les raisons que je viens d’évoquer, mais aussi pour d’autres, plus étranges, moins rationnelles d’apparence, comme si écrire sur, c’était ne pas laisser intact. Tu me diras, on ne laisse jamais rien intact, mais ce n’est pas en ce sens que je l’entends. Je veux dire plutôt, alléger. Tout est si lourd, tu ne trouves pas ? Moi, oui. Impression de vivre une version obèse des années 70, tu sais, quand Pasolini pouvait dire sans que personne n’éclate de rire Non c’è nulla che non sia politico. Il n’y a rien qui ne soit politique. Aujourd’hui, on cherche le non-politique comme une denrée rare, ce qui est ridicule, tant ce qui se prétend politique est ridicule, numéros maladroits, livres mal écrits, produits trop bien vendus, vies pas assez bien vécues. On attend des gens célèbres qu’ils se chargent pour nous de nos vies, et quand ils le font, nous les acclamons, et quand ils le font, nous les détestons. Quand j’écris mes proses qui ne parlent pas du tout de cela, j’écris des proses qui disent tout cela. Pour y échapper. Inventer autre chose. Vivre.

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14.11.19

Aujourd’hui, dans l’un de ces petits carnets d’écolier que j’ai rapportés d’Italie, j’ai écrit une petite prose dans laquelle je me suis efforcé de bannir avec la discipline la plus stricte tous mes tics de langage : la structure des phrases qui vient automatiquement, l’apparition des adverbes, les incises, le je systématique, la distance critique que je prends toujours, et qui est comme une sorte de réflexe, une seconde nature pour signifier que je ne me prends pas au sérieux, bref, tout ce qui fait ma façon d’écrire, et dont j’ai envie de me débarrasser, de me dépouiller. Je veux écrire de cette façon un livre entier. Avec patience. Avec lenteur. Supprimer tout ce qui fait que je sais que c’est moi qui écris quand j’écris, tout ce qui fait que je sens que c’est moi qui écris quand j’écris. Il y a longtemps que je pense à écrire différemment, à changer la façon dont j’écris, peut-être pas tant pour me débarrasser de l’autre, des autres, que pour en ajouter une, avoir une façon d’écrire de plus. Écrire de la prose. Quand on y pense, en un sens, c’est banal. Ce journal, c’est de la prose. Un article dans la presse est de la prose. Tout est de la prose, sauf la poésie. Mais si on y pense, en un autre sens, cette prose semble appeler quelque chose de plus, ou de moins, je ne sais, elle a une économie spécifique, une économie économique, pour ainsi dire, comme si on passait la matière grasse du langage au filtre du nominalisme dans une sorte de recherche de l’essentiel, enfin, de l’essentiel, non, ce n’est pas le mot qui convient, il n’est pas question d’essence, ni de squelette, puisque c’est le mot auquel je viens tout juste de penser après essentiel, mais une sorte de niveau d’équilibre. Moins, tu ne signifies rien. Plus, tu racontes n’importe quoi. Ce niveau-là, précisément. D’un certain point de vue, on peut considérer cette recherche comme purement esthétique, mais ce n’est pas exact. Ou, du moins, pas totalement. Il y a quelque chose de moral — le sens esthétique se confond avec le sens moral —, aussi, dans une telle recherche, pour dire que non, on ne peut pas continuer à parler comme on parle, à raconter n’importe quoi, à se servir du langage pour crier, pour hystériser, pour rendre les gens fous, pour exciter les gens les uns contre les autres, si le langage avait servi à cela, personne ne se serait jamais parlé, les êtres humains se seraient tous entretués il y a bien longtemps, bien avant le début de l’histoire, il n’y aurait jamais eu d’histoire, c’eut peut-être été tant mieux, pas d’histoire, mais désormais qu’il n’y en a une, il faut essayer d’en faire quelque chose, plutôt que de s’évertuer à en finir par tous les moyens, philosophiques ou pas, une bonne grosse bombe, l’excès de parole, la parole permanente, l’écriture incessante, sous toutes les formes délirantes qu’elle prend depuis un peu moins de quinze ans (On pourrait s’amuser à dater précisément l’apparition de ce phénomène. Le 21 mars 2006, M. Dorsey envoya son premier tweet : « Just setting up my twttr ». C’était le commencement de la fin.), le langage au point qu’on n’en peut plus du langage, qu’on en vient à détester les livres qui paraissent les uns après les autres, tous les livres, parce qu’ils ajoutent toujours plus de langage alors qu’il y en a déjà trop, qu’on ne désire plus rien que le silence. Voilà mon esthétique et ma morale. Pas le silence, le sens juste. J’ai commencé d’écrire à la main, et il me semble que cela aussi, c’est important. Un premier stade. Une sorte d’origine, qui sera scrutée par moi au moment de l’écrire, je ne sais pas quand, je ne sais pas comment, au fur et à mesure ou quand tout sera fini. Je verrai, je ne sais pas. Je ne sais pas ce que je suis en train de faire, mais je sais ce que je suis en train de faire.

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12.11.19

Quel espace chaque individu peut-il habiter ? Quelques mètres cubes tout au plus, le reste venant  par surcroît, comme l’horizon que l’on peut contempler, depuis son balcon par exemple, si l’on a un peu de chance ou de malchance, je ne sais pas, tout dépend du point de vue d’où on aborde la chose. Habiter le monde semble impossible. L’univers, oui. C’est si grand l’univers que l’habiter ne pose pas de problèmes, une petite angoisse, de temps en temps, peut-être, mais à vrai dire l’infini n’est pas quelque chose qu’on puisse se représenter, dont on puisse se faire une idée, et grand n’est guère plus qu’une façon de parler un peu vague, qui tient son objet en sous-estime. Mais le monde, lui, est inhabitable. Pas possible d’y résider. Tous les jours, ton esprit est occupé par ce qu’il se passe ici, sous ton nez, et ce qu’il se passe là-bas, à l’autre bout du monde, à cet autre bout du monde et puis à un autre bout du monde, et puis un autre, et au milieu du monde, et environ à mi-chemin entre le milieu du monde et le bout du monde, à mi-chemin entre ici et très loin, de tous les côtés. C’est insensé. Alors que rien que l’odeur que le nouveau voisin de palier dégage quand on dirait qu’il invite un pote à déjeuner et qu’à deux ils ne sont pas capables de se faire cuire quelque chose à manger sans le faire brûler, rien que cela suffirait déjà à occuper une bonne partie des pensées pendant une bonne partie de la journée (à commencer par cette question décisive même si elle n’a l’air de rien : pourquoi de tels individus existent-ils ? ou encore : pourquoi d’autres individus existent-ils ?). Mais non, ce n’est pas tout, ça ne s’arrête pas là, il y a encore la guerre, les incendies, les violences, les putschs, les changements de régime, les réfugiés, les terroristes, les manifestations, les élections, les rencontres sportives, les commémorations, les projections. Car, non seulement il faut vivre dans le monde présent, mais dans le monde passé et dans le monde futur, non seulement il te faut vivre dans ce monde-ci, qui vaut ce qu’il vaut, et par là, j’entends pas grand-chose, mais il te faut encore te préparer chaque jour à sauver la planète et, chaque jour encore, et ce alors même qu’il est parfois très compliqué de sortir de son lit, commémorer quelque chose qui s’est passé il y a n ou n+100 ou n+1000 années et, non seulement le commémorer, ou à défaut de cérémonie officielle, avoir une pensée pour, non seulement le commémorer ou avoir une pensée pour cet événement, mais en plus te confronter avec ce que tout le monde pense de cet événement et d’un autre et un autre. Tu vis maintenant et avant et après (pense à l’expression qui semble avoir du sens mais est en réalité tout à fait incompréhensible « en 2050 »). Et dans un écoulement diluvien de langage. Parce que le monde n’est pas simplement habité par des gens qui existent, il est habité par des gens qui pensent et disposent désormais de moyens surpuissants de diffuser cette pensée aux quatre coins du globe, quoi que ce cela veuille dire au juste, instantanément. Cette idée inconcevable pour quiconque habitait la Terre il n’y a ne serait-ce que cent ans n’a pas conduit les habitants du monde à faire un usage parcimonieux et réfléchi de cette technologie surpuissante, mais à en faire un usage excessif et irréfléchi, au contraire, les poussant à s’exclamer chaque fois qu’il se passe quelque chose quelque part, que ce soit sous leur nez ou à l’autre bout du monde, maintenant ou le même jour mais il y a très longtemps ou un autre jour qui ne viendra peut-être pas dans très longtemps, cris pour un match de foot un prix littéraire un concert de pop un accident nucléaire une élection présidentielle une tasse de café l’apocalypse, ce qui plonge l’humanité dans une surexcitation totale et effrayante, un tintamarre permanent et effroyable, qui rend le monde inhabitable.

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11.11.19

Félicité de ne rien faire. Marcher sur la plage couverte de détritus en plastique. Chercher des coquillages pour Daphné que je ne trouve pas. Nelly en trouve trois, petits. Les yeux rivés au sable, je croise une dame d’un certain âge qui m’adresse un bonjour sonore. Le mien reste enroué dans ma gorge. Elle se débarrasse rapidement des derniers vêtements qu’elle porte, range sous son maillot de bain un étui suspendu à son cou par une corde dans lequel je devine se trouvent les affaires qu’elle ne doit pas perdre ou se faire voler. Et puis, elle entre l’eau. Comme en plein été. Arpente la mer de long en large à un rythme soutenu. S’enfonce de plus en plus. Nage enfin. Un vieil homme tatoué démarre le moteur de sa grosse moto américaine devant son cabanon face à la mer. Et le laisse en marche sans rouler. Il tourne la poignée d’accélérateur, reste comme plusieurs secondes à faire gueuler le moteur, relâche la poignée, recommence trois, quatre, cinq fois. Nuages des fumée. Air un peu plus irrespirable. Ensuite, il retourne dans son cabanon tout en laissant tourner le moteur tout seul. Un peu après, une vieille sort de son cabanon à elle, se dirige en grommelant vers la cabanon du vieux, regarde par la porte vitrée, semble ne rien voir, s’en retourne en grommelant. Revient au même moment qu’un autre vieux qui entre lui aussi dans son cabanon. Ils échangent quelques mots. Referment la porte derrière eux. Encore un peu après, le vieil homme tatoué sort de nouveau de son cabanon pour couper le moteur. Et rentre. Je fais des photographies sur la plage. De la plage. De la mer. Du ciel. De Daphné qui joue avec ses bottes de pluie sur le rivage. Se trempe les pieds, s’assoit dans le sable mouillé, se trempe les fesses. Marcher sur la digue. Regarder les voiles des bateaux de l’autre côté de la digue. Le ciel est gris. En général. Parfois il pleut. Parfois il y a un rayon de soleil. Je ne pense pas, je ne pense à rien, je suis là, enfin je crois. Hier encore, je m’étais posé des questions sur mon époque. Des questions dont j’avais failli faire des phrases. Mais non, à quoi auraient-elles bien pu servir ? Je n’ai pas fait ces phrases, et c’est tant mieux. Aujourd’hui, à mon époque, tout est comme hier, comme demain, unsinnig, c’est le premier mot qui me vient, ne me demande pas pourquoi. Le monde est laid, c’est ainsi que nous le rendons (c’est ce que je veux dire), mais tu peux ressentir une grande félicité, un lundi pareil à un dimanche, quand la matinée est grise.

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8.11.19

Passé la journée ou presque à composer et relire un livre dont l’idée m’est apparue soudain, hier en début de soirée, alors que j’envisageais la lecture d’en Patagonie de Bruce Chatwin. En fait, ce n’est pas vrai, j’avais déjà pensé à faire ce livre — Tout est de l’art —, mais je n’avais jamais pris la décision explicite de le faire comme ça, c’est-à-dire de détruire deux livres pour n’en faire plus qu’un. L’après-midi a été consacrée à la (re)lecture de ces contes, de ces histoires, je ne sais pas comment dire — est-ce que ça importe ? —, que je connaissais déjà, mais que je n’avais jamais encore considérés ainsi assemblés. Est-ce que c’est bien, est-ce que ce n’est pas bien ? Je n’en sais rien. La dernière fois qu’une personne dont c’est censé être le métier de publier des livres m’a dit qu’elle n’avait pas aimé mon livre, j’ai eu l’impression qu’elle ne répondait pas à la question que je lui avais posée en le lui adressant, et qu’ainsi nous ne nous comprenions pas. Ce dont je me doutais, à vrai dire. Est-ce que c’est bien, est-ce que ce n’est pas bien ? Ce n’est pas la question que je me pose. J’avais envie de faire ce livre. Depuis longtemps. Et j’y suis enfin arrivé. C’est le plus important. J’ai l’impression que c’est comme peindre un tableau : tous les éléments sont là, mais il manque quelque chose, presque rien, et quand on finit par le trouver, on ne peut rien dire d’autre que ça y est. C’est ce que je pense, mais je n’ai jamais peint de tableau, alors peut-être que je raconte n’importe quoi. J’ai laissé des textes de côté pour faire ce livre, mais il m’a semblé qu’il avait un sens, qu’il suivait un chemin. Et que ce chemin, c’est le mien. Cela peut paraître tautologique, mais je crois que non. Suivre un chemin, ce n’est sans doute pas la bonne expression. Si peu que j’ai failli écrire que c’était le genre de chemin qui ne menait nulle part. Non, ce genre de chemin, c’est celui qu’on trace. Il faut vraiment que j’oublie cette métaphore du chemin. En écrivant ces phrases, je m’aperçois que, cet après-midi, lisant, j’ai tourné spontanément le dos à la fenêtre. Qu’est-ce que cela veut dire ? Je n’en sais rien. Et rien, en effet, c’est sans doute la meilleure réponse à la question. Il ne faut pas voir des signes partout. Mais c’est ce que j’ai fait. J’étais concentré, j’étais dans ce que je faisais, tout entier, comme je ne l’avais pas été depuis longtemps. Il faut se faire confiance et ne pas se faire confiance. Je ne sais pas trop ce que cela peut bien vouloir dire, mais c’est comme ça que je dirais qu’il faut faire les choses. Elles sont là.

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7.11.19

Le système médiatique vedettisée (structuré autour de stars plus ou moins grandes) s’oppose à la littérature. Il s’oppose à l’art. Il impose des unités de mesures qui sont les ennemies de la littérature. Sont les ennemies de l’art. Ces unités de mesure sont : les chiffres de vente et la mesure d’audience. Cette dernière tout autant que la première. Une star prend la parole et monopolise l’attention. Désormais, c’est en fonction de ce qu’elle a dit — qui,  généralement, est autocentré, égocentrique, c’est quelque chose de vécu, moi, il m’est arrivé ça — que tout le monde doit se positionner, pour ou contre, dans une sorte de sclérose du langage qui raidit la pensée. La littérature, c’est tout le contraire. La pensée s’y assouplit, au lieu de s’ossifier pour faire débat. La littérature est l’ennemie de la littérature. Comme tout art est l’ennemi de lui-même. Un art qui est soumis à l’injonction du social, du politique, de l’immense marché de l’industrie de la culture, c’est-à-dire : l’industrie tout court, laquelle industrie n’a besoin que de supports de communication, d’œuvres qui se cernent au premier coup d’œil, qui se résument en une phrase, qui se comprennent facilement et s’oublient aussi vite. Il faut toujours passer à autre chose. D’où ces exclamations d’admirateurs fanatiques, qui s’écrient que telle prise de position « change tout ». Tous les jours, il se passe quelque chose qui change tout. Tous les jours quelque chose de nouveau. Et pourtant, semble-t-il, jamais jour n’a tant ressemblé à la veille. Les artistes sont des marchands, des commerçants. Ils ne s’en cachent pas. Au contraire, il faut l’affirmer haut et fort. Au début, cela passait pour une provocation. Désormais, c’est un poncif. On raconte sa vie dans des entretiens. C’est la meilleure introduction à l’œuvre. L’entretien dispense même de s’y intéresser. Oh, on est romantique, oui, on veut changer le monde, tout en pratiquant l’évasion fiscale. C’est ainsi. Il ne faut pas croire que je me plains, me lamente, parce que, moi, je ne vends pas de livres. Après tout, je n’en écris même plus. Non, je ne me plains pas, je ne me demande qu’une chose : combien de temps va-t-il encore falloir supporter ce tas de conneries ?

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