de ruines

Dans les marges de moi-même,
il y a des messages cryptés
que je ne comprends pas
et, sur les écrans, des signes qui m’échappent,
— je n’entends rien —
et tout, tout me semble si insaisissable,
comme toi, qui te refuses à me parler,
et tous ces symboles qui refusent de se taire,
pas un cri, pas un souffle,
ce pourrait être un autre pays, mais non : c’est ici,
et ailleurs, ce serait item ;
il y a si longtemps (ce me semble), si longtemps que je ne t’ai pas dit
je t’aime.
Et pourtant, et pourtant, la porte vient de claquer,
à l’instant même.
L’amour est un champ de ruines.

— R.A. Singleton

10.11.21

Ne pas se laisser envahir par autrui — souvenir de leçons sur Sartre où il était dit, à peu de choses près, qu’autrui me vole mon monde — ne donc pas laisser autrui te voler ton monde. Du coq à l’âne. Après avoir vu La nuit venue, où Camélia Jordana pose en vedette désirable, ce qu’elle est probablement, je m’étonne de l’asymétrie qu’il y a entre la violence des propos et l’inoffensivité des œuvres. C’est beau, mais l’image n’y est pour rien, qui se contente d’enregistrer des clichés photogéniques — Paris la nuit, Marseille vue depuis la Corniche. Pas besoin de caméra pour le voir, l’œil suffit. Dès lors, à quoi bon faire un film ? À quoi bon l’art, si ce qu’il me montre, je peux y avoir accès par moi-même ? De fait, le film interdisant d’accéder à la souffrance de Jin, l’immigré chinois, malheureuse victime du système, qui n’est qu’une apparence agréable à regarder, je passe le temps que dure le film assis à la place du passager, admirant sur la banquette arrière de la VTC qu’il conduit cette cinématographie de papier glacée qui embellit même les tentes des migrants, même les corps des perdants. Et justement, le désir que j’imagine que peut susciter le corps de Naomi pour qui le regarde en pleine pole dance, ce désir interdit de concevoir la souffrance, laquelle peine à sortir de son absence dans des larmes sitôt versées que sèches. On voit bien, me semble-t-il, on voit bien à quoi se réduit le genre de projet politique qui porte de telles productions : c’est une conscience qui déborde de bons sentiments en prise avec leur temps, mais tire à blanc. Tout, des couleurs à la musique, des visages lisses, lisses même quand ils sont censés être laids, à la fin si prévisible qu’elle ne dit rien quand elle a lieu, ne fait rien, balle à blanc, tout est aseptisé. Tout ce qui est montré est montrable, et c’est bien le problème : ce qu’il faut montrer, c’est ce qui ne saurait l’être dans l’esprit du temps, l’inmontrable que chaque époque produit. À moins que, peut-être, notre époque gavée d’images n’en produise plus, ne produise plus que des images qui peuvent être montrées, convaincue qu’elle est qu’on a tout vu. Tout est montrable parce que tout a déjà été montré. Tout est acceptable parce que tout a déjà eu lieu. La société ne demande rien d’autre à ses artistes que ceci : il faut qu’ils soient présentables, sinon comment pourraient-ils réussir ? Tout doit pouvoir tenir dans les dimensions esthétiques et morales d’un vidéoclip dont on dira qu’on s’est beaucoup amusé en le tournant parce qu’on s’est beaucoup déguisé. Tout doit pouvoir tenir dans les colonnes d’un article de presse, aussi faut-il que le sujet soit clair et la leçon à en tirer univoque. Tout doit pouvoir être montré à la télévision, aussi faut-il que les artistes soient beaux, qu’ils sachent sourire, avoir un propos concis, un message simple, compréhensible. Tout ce qui est complexe prend du temps, et du temps, il n’y en a pas, c’est l’heure de la publicité. Dans des œuvres de cet ordre — et toutes les œuvres destinées au succès sont de cet ordre —, c’est la morale du temps qui trouve à s’exprimer. Et Dieu que cette morale est lénifiante.

les nœuds de nos mains

Quand des bêtes innombrables auront mangé mes yeux,
penseras-tu à moi ou simplement que je suis devenu
de la viande ?
Bipèdes sans plus d’esprit, si nos pas sont de géant,
comment se fait-il cependant que tout nous adresse au néant ?
Je contemplais depuis trop longtemps peut-être
les fossettes au-dessus de tes fesses
et pensais ce faisant à une ville du nord
froide je crois, mais belle, où nous fûmes,
à nos mains rouges aussi et les nœuds de nos mains.
J’ai fermé les yeux depuis et me suis allongé dans le cours du fleuve,
dans l’espoir qu’il m’emporte,
mais non rien.
J’hésite — c’est vrai —, mais n’est-ce pas pour ton bien
et mon bien ou le bien de quelqu’un ?
J’ignore les formules, les mots par lesquels on fait advenir les choses,
tout ce que je sais faire, c’est suivre les veines rouges
qui cherchent leur chemin aux alentours de tes yeux verts —
vérité complémentaire du monde,
profil d’une statue dont le nez manquerait depuis des milliers d’années
— c’est la Grèce — c’est l’Égypte — mortes civilisations —,
et si c’était ainsi que je t’aimais,
ainsi qu’il fallait que je t’aime aussi ?

— R.A. Singleton

9.11.21

Je ne tiens pas mon journal pour être d’accord avec moi dans cinq jours, six mois, deux ou vingt ans, pour me dire, le relisant, que je suis génial. Je pense que tout le monde devrait tenir son journal, c’est un exercice fascinant et qui s’avère nécessaire, vital, dirais-je. Mon journal a cependant cette particularité que je le conçois comme une œuvre d’art, pas simplement comme le réceptacle de ma personnalité : il est une forme en soi, même si cette forme, à proprement parler, est informe. Aucune des pages du journal ne présente la version définitive de moi-même. L’une de ses fonctions principales (du point de vue existentiel, pour ainsi dire, pas du point de vue esthétique ou artistique) est de me permettre d’accéder à une conscience plus aiguë de moi-même : c’est à travers lui, en tant qu’œuvre, mais aussi en tant que terrain d’accueil de mes sentiments et de mes pensées, que je me comprends, ou ne me comprends pas, mais c’est la même chose. Sans lui, mes perplexités demeureraient des énigmes impossibles à résoudre, moins que des énigmes, en réalité : de purs et simples mystères. Avec lui, elles changent de dimension, ce qui signifie que ce journal a une valeur transformationnelle, métamorphique : avec lui, je ne suis pas le même que sans lui, je deviens quelqu’un d’autre en le tenant. S’il me rend meilleur ou me rend pire, je n’en sais rien, je crois surtout que ce n’est pas la bonne question à poser ; — il me rend différent. Les jours qui se suivent ne se suivent pas seulement, le journal leur donne une continuité, une cohérence qu’ils n’ont probablement pas en tant que jours, mais qu’ils ont en tant que pages du journal. C’est sans doute pour cette raison que la dénomination de « journal » me pose tant de problèmes : ce journal n’est pas un journal, il transforme les jours en autre chose qu’eux-mêmes de même qu’il me métamorphose en autre chose que moi-même. Il ne sert pas à me confier, mais à me changer. Il me permet de suivre à la trace mon évolution — sans nécessité de me relire — en élaborant l’existence par l’écriture. Le fait que je note, par exemple, que j’aime parler en public (comme je l’ai dit en réponse à R. qui, après m’avoir écouté à la Philharmonie, me disait que je parlais bien) n’est pas un fait brut, il ouvre une perspective dans mon existence : comment se fait-il qu’il m’ait fallu quelque trente-cinq ans pour m’apercevoir que, contrairement à ce que j’avais toujours pensé, j’aimais parler en public, raison pour laquelle j’ai pris un micro pour dire mes textes dedans, comment se fait-il que moi, qui ai toujours pensé que j’étais timide, que je ne savais pas aligner trois phrases cohérentes sans bafouiller, qui pensais que je n’étais pas clair, que je ne savais pas improviser, bref que je ne savais tout simplement pas prendre la parole, raison pour laquelle j’ai échoué à l’oral de l’agrégation ou pour laquelle j’avais fait ce discours pathétique chez G. avant d’épouser Nelly, comment se fait-il que j’ai pu découvrir sur le tard (mais pas trop) que c’est un exercice que j’apprécie et dans lequel je me sens à l’aise, et qui m’a mis cette idée dans la tête que j’étais comme cela alors que je suis différent ou, pour formuler autrement la même idée, comment malgré cette croyance erronée à mon sujet, comment suis-je devenu un autre que celui que j’étais ? Ce journal n’est pas une simple chronologie, ce n’est pas un fil qu’on actualise chaque jour, ce journal n’est pas un journal, je le répète, ce n’est qu’une façon de le nommer par défaut, « journal », le fait qu’il suive le cours des jours n’est pas sa forme ou bien seulement sa forme apparente, il a une autre forme, plus profonde, plus vraie qui épouse ma vie et qui la transcende en divorçant d’elle, en la sublimant, en l’élevant au niveau du sens, niveau où les événements ne se contentent pas d’avoir lieu, mais où ils reçoivent encore une signification qui est l’art.

antiques orgies

Barbarismes sur le dancefloor.
All’erta !
Ici, le bruit de la confusion ne se distingue pas du silence :
il ne révèle rien.
All’erta !
Tout vibre,
tout se dilue,
tout va bien.
Nos euphories sauvages ont la saveur stupreuse des antiques orgies,
quand le philosophe le plus laid allait se coucher le dernier —
ivre, mais profond.
All’erta !

— R.A. Singleton

8.11.21

De retour sur terre, donc, enfin, en province, c’est-à-dire, et je ne sais pas si je n’aurais pas dû ne pas, ou s’il fallait que pour être tout à fait certain et se déterminer à, je ne sais pas. La soupe bout, je me lève, baisse le feu sous la cocotte, laisse cuire encore, reviens m’assoir, écris. À Nelly, à qui il arrive de me dire que je suis malheureux, je réponds que ce n’est pas vrai et, même si c’est difficile de le prouver, c’est vrai que ce n’est pas vrai, parce que j’ai trouvé le sens de la vie (inventé ou découvert, je ne sais pas, la différence ne m’intéresse pas aujourd’hui), et qu’ainsi, je pourrais continuer de vivre comme je le fais jusqu’à la fin de mes jours — je ne prendrai pas ma retraite d’écrivain —, j’entends par là que, si une sorte de génie nietzschéen venait me voir un jour pour me dire : Tu vas te lever tous les jours que je fais et écrire, et cela, tu le feras jusqu’à ton dernier souffle, quoi qu’il arrive, je lui répondrai avec joie : D’accord, mais je ne t’ai pas attendu, tu sais, pour accomplir l’éternel retour du même (fût-ce, en effet, de façon temporaire). Qui a trouvé le sens de la vie ne saurait être malheureux, n’est-ce pas ? Le problème, c’est que, quand je dis au monde social que j’ai découvert le sens de la vie, le monde social n’en a rien à faire, qui me répond : Formidable, mais tu la gagnes comment, ta vie ? Et si je réplique au monde social : Eh bien, c’est-à-dire que mon activité — qui est le sens de la vie — ne me permet pas de gagner ma vie, le monde social ne se démonte pas et ajoute : Tu n’as qu’à faire autre chose. Le monde social n’a pas besoin que les individus découvrent le sens de leur vie et entreprennent de le vivre ; pour satisfaire le besoin de sens que les individus ressentent naturellement, il suffit au monde social que l’un d’entre eux parvienne à vivre de son sens (ou de son usurpation du sens, mais c’est une autre question, la question ici, c’est celle de la différence qu’introduit le génitif dans l’expression vivre de son sens par rapport à l’expression authentique vivre son sens), il lui suffit qu’un parmi tant ait du succès afin que le besoin de sens des individus se réalise. Certes, le besoin de sens des individus, ils ne le réalisent pas dans leur vie, ils l’assouvissent par procuration, mais du moment que, par culpabilité (c’est le sens de l’introduction du génitif : la question de comment gagner sa vie est plus importante que celle de découvrir le sens de sa vie), les individus s’en satisfont, et l’illusion est parfaite. J’ai le sentiment d’avoir déjà écrit tout cela. C’est un sentiment que j’ai un peu trop souvent, ces derniers temps. Peut-être que je tourne réellement en rond. Peut-être que j’ai besoin aussi de ce tour, ce tour de folie, peut-être, comme me disait Pascal dans le train, hier, peut-être qu’il faut approfondir au lieu de toujours se dépêcher de passer à autre chose dans une forme de résilience qui est encore plus folle que la folie même parce qu’elle s’imagine ne l’être pas, comme me disait Pascal, hier, dans le train. Peut-être. Peut-être. Qu’est-ce que j’en sais ? Je vis comme un ermite dans ma petite province où je suis rentré en sachant pourquoi mais en ne le comprenant plus à présent, ou plutôt, si, je me comprends, mais je comprends aussi que j’ai eu tort, petite province dont il va bien falloir que je trouve les moyens de sortir à présent, je ne veux pas vivre ici, je ne veux pas mourir ici. La mégapole, me disais-je aussi, a été inventée pour que l’individu puisse sortir de sa tribu, tribu dans laquelle les communautaristes en tout genre veulent désormais que l’individu retourne pour s’y dissoudre. C’est que la tribu n’a pas d’histoire, la forme qu’elle a est la forme qu’elle aura. Tandis que la mégapole incarne l’histoire, mobile, impermanente.

7.11.21

Retour à Marseille sans émotions. Guère envie d’être ici, je le pense, mais avant d’aller voir ailleurs, il me semble qu’il y a un certain nombre de choses à régler, avec moi, en premier lieu. À Paris, j’ai retrouvé des gens avec qui 1) j’avais envie de parler et 2) je pouvais parler effectivement. Chose qui, précisément, ne m’arrive plus depuis quatre ans que je suis ici, chose qui rend à son tour la vie insupportable, parfois, terne, souvent. Je suis fatigué, mais cela n’explique pas la nature de mes sentiments. Qu’est-ce qui l’explique alors ? Vaste question que la fatigue, donc, etc. Heureux de parler hier de Morton Feldman à la Philharmonie. J’aime parler en public — c’est étrange de formuler cette phrase ainsi, mais elle est vraie, littéralement. J’aimerais le faire plus souvent, j’aimerais en avoir l’occasion. Pour le reste, aujourd’hui, décidément, je n’ai pas les idées, trop fatigué. Les hommes sont si nécessairement fous que ce serait être fou par un autre tour de folie de n’être pas fou, dit Pascal dans le train, et je le crois.

6.11.21

Quelques minutes de paix. Calme dans la pénombre, bruits lointains de la rue de Sèvres sur laquelle donnent nos fenêtres. La douceur de vivre, je crois. Au moment de, aucune envie de partir. (Demain.) De quoi est-ce le signe ? De quelque chose de bon, je suppose. Non, je ne le suppose pas. Je le sais. Je le sens. En tirant les rideaux, belle lumière du matin, malgré la médiocre exposition de l’appartement que nous avons loué. Par la fenêtre, je regarde les gens qui passent, et me dis : c’était nous, avant. (Hier.) Et demain ? Demain, pourrions-nous nous trouver de nouveau ici ? Je ne le sais pas. Je le suppose. Non, je ne le suppose pas, je le sens, l’imagine. Mais ici ou ailleurs, il y a autre chose à changer, de plus intime, dirais-je, raison pour laquelle j’ai marché hier, traversant Paris de mont en mont, pour sentir si je sentais quelque chose, pour sentir comment je me sentais moi-même. Et alors ? Bien. Oui, c’est ce que j’ai envie de dire : bien. Cet après-midi, j’irai à la Philharmonie présenter ma traduction de Morton Feldman. Tout ce qui a eu lieu depuis que je l’ai commencée (la pandémie, l’état d’esprit), tout ce qui a changé, et tout ce qui n’a pas changé. Autre forme d’acrobatie, oui.

amants

Mon image étrange dans ton image étrange
répand son vernis noirâtre sur ton passage
(rémanence lapidaire de lors que nous étions amants).
Automne non pas triste dirais-je, mais
douces langueurs obsédantes et amples.
« Depuis quand me mens-tu ? » interroges-tu pour me brusquer,
et moi je te réponds : « Jamais. »
C’est si long, jamais. Reste encore un peu.

— R.A. Singleton

5.11.21

Notre époque, dont l’un des moindres ravages n’est pas la destruction de la frontière entre vie privée et vie publique, n’est cependant pas sans vertus. Dont fait paradoxalement partie la transparence, qui met certes sur la place publique les dessous de la modernité, découvertes dont on se passerait bien volontiers tant ils sont malpropres, ces dessous, mais a aussi pour mérite de révéler, et en pleine lumière, la nullité des êtres. Tel l’adolescent qui arbore fièrement un sweat-shirt à capuche où s’inscrit en lettres capitales ce message qu’il n’était peut-être pas nécessaire d’asséner si brutalement : I KNOW NOTHING. Ainsi, ce que les plus violents pourfendeurs du temps présent s’égosillent à faire valoir en vain, puisqu’on leur répond toujours que ce sont de tristes déclinistes, les pires des passéistes, cela, le monde social l’affiche fièrement. Peut-être, c’est une hypothèse que je hasarde à la va-vite, peut-être, dis-je, si le même message s’écrivait dans la langue de l’autochtone, ce dernier aurait moins de fierté à l’afficher, JE NE SAIS RIEN étant moins rebelle que sa traduction américaine, mais le monde social est ainsi fait que l’approximation y tient généralement lieu de révolte : on ne sait pas ce qu’on dit d’un objet dont on délimite mal les contours mais, le disant dans une langue qu’on ne maîtrise que grossièrement, on peut y investir les significations les plus imbéciles tout en étant en paix avec sa conscience. On imagine avec effroi de quels maux serait accablé le parent d’un adolescent qui lui dirait avec le plus grand des sérieux : « Tu ne sais rien » — le pire des fachos, assurément —, mais quand c’est l’adolescent qui le proclame, le fascisme se convertit en son négatif souriant : le progressisme. L’imbécilité est une pièce à deux côtés : pile, on perd, face, on gagne, quoiqu’elle ait toujours la même valeur. Mais notre époque s’en fout. Et nous sommes là, nous qui ne nous satisfaisons pas d’avoir un cerveau, mais tenons encore à avoir un esprit (et pourquoi pas ? une âme), nous parlons dans le vide, dans le meilleur des cas, nous nous adressons à nos rares semblables à qui tout ceci doit sembler convenu, redondant, banal, et ils ont raison. Et j’ai tort. Car, si mon époque s’en fout, peut-être devrais-je m’en foutre moi aussi, et jouir de ce dont je jouis dans une sorte d’extase tautologique que rien n’égale si ce n’est peut-être le plaisir de visiter, par un beau matin d’automne, la maison de Gustave Moreau, où trône en majesté cette toile figurant l’assomption érotique de Sémélé mère de Dionysos qu’habitent des divinités barbares à la culture extrême, des nymphes hallucinées, des créatures de volupté, seins aussi lourds que leurs parures de pierres précieuses, des soleils dont les yeux sombres nous observent, des anges aux ailes exubérantes, un Zeus qui tient tout autant du Christ et du Bouddha que du musicien ou du proxénète et dont les yeux bleu saphir nous hypnotisent, là comme il est dans toute son invisible splendeur : luxure et luxuriance s’entrexpriment dans ce décor où les colonnes sont hérissées de plantes exotiques aux fruits de la tentation consommée et où la végétation se mue en pierres, en étoiles, en anges protéiformes. Profusion de rouges, de bleus, de verts, de jaunes iridescents. Oui jouir, c’est ça.