19.12.20

Est-ce que j’ai des convictions ? N’exagérons rien. J’essaie déjà de ne pas m’effondrer à chacun de mes pas. C’est notre problème à nous, les ironistes, tu vois, à force de ne pas pouvoir nous prendre très longtemps au sérieux, nous courons le risque de ne plus rien prendre au sérieux, pas même nous-mêmes, et de ne plus rien penser, de nous contenter de déplacements sans fondement, de coups sur un échiquier infini, infiniment vain. J’essaie de ne pas m’effondrer, c’ets déjà beaucoup, c’est vrai. J’ai failli ne pas écrire cette page parce que, quand je me suis demandé ce que j’aurais à y dire si je l’écrivais, la seule idée qui m’est venue fut moins qu’une idée, un mot seul : rien. Et puis, je me suis demandé s’il n’était pas lâche de succomber à ce rien, et de laisser la parole à d’autres, toujours les mêmes, qui ont quelque chose à dire. Ils ont du succès, eux, c’est vrai, moi, je n’ai rien, même plus les quelques miettes que j’ai pu ramasser il y a quelques années, plus rien du tout. N’est-il pas lâche, complaisant, et d’une grande faiblesse, de laisser la parole aux autres, ceux qui réussissent, ceux qui ne me laissent même plus de miettes pour exister, ceux qui écrivent des tribunes, des chroniques dans les grands quotidiens ? C’est vrai qu’ils sont convaincus d’avoir quelque chose à dire, eux, et puis quel sérieux, mais moi, je ne peux pas, ni me prendre tant au sérieux, ni me résoudre à leur quelque chose, auquel je préférerais toujours mon rien. Daphné a de la fièvre aujourd’hui. Nous devions aller déjeuner chez mon père. Je n’en avais pas envie. Avec Nelly, nous la veillons à tour de rôle ; ce qui consiste principalement à lui faire la lecture. Heures passées ainsi à parler. Tu vois, me dis-je y pensant, tu vois que tu prends quelque chose au sérieux, l’intonation, l’accent des voix des personnages que tu joues dans l’aventure que tu lis, tu vois ainsi que tu as quelque chose à dire, quelque chose qui ne procède pas uniquement de toi, mais de ta relation au monde, aux autres, aux nécessités de la contingence, quelque chose à dire qui procède de la vie. Devrait-on parler si ce que l’on s’apprête à dire ne procède pas de la vie ? Sans doute pas. Mais alors on ne dirait presque plus rien. Serait-ce grave ? Pose-toi la question. (Remarque : à quel point le labyrinthe de ce journal s’organise lui-même, à l’image sans doute de ton cerveau.)

Thot graphomane (carnet noir) : choses en commun

Choses en commun
mais pas communes
parfois j’ai l’impression de poser toujours
les mêmes questions encore et encore
comme un fou qui marche toute la nuit
sans même s’en rendre compte
pense à l’enfant qui
il y a quelques nuits à peine
te demandait
c’est vrai papa que les somnambules
ça existe ?
le goût d’un dégoût
quand tu penses à tout ce que tu partages
avec tout le monde
mais ne faut-il pas le mâcher
longtemps
et ruminer
non pour l’aimer ce goût
non mais
pour le reconnaître
et apprendre à le perdre
apprendre à perdre tout le commun
la communauté des choses
qui nous ressemblent
n’est-il pas vrai
me dis-je
n’est-il pas vrai
que plus tu te ressembles
et plus tu es laid ?
l’an dernier
je m’en souviens
nous étions à Naples
et cette ville que j’ai commencé par détester
au point de vouloir m’enfuir
n’importe où plutôt qu’ici
m’étais-je dit
cette ville
je l’ai aimée
et n’est-il pas vrai que je la regrette
à présent
et qu’elle me manque
à présent ?
plus tu te ressembles
plus tu es laid.

18.12.20

Au loin l’histoire
j’essaie d’expliquer à l’enfant
ce que moi-même je ne comprends pas
tout finit mal et les morales sont banales
dans le ciel une lumière diffuse
c’est l’hiver sur la terre
des gens meurent
que voudrais-tu que je dise de plus ?
À côté de quoi, dans la marge, l’entourant après, j’écris : idée pour récrire Carnets d’un hiver, et tout mon esprit, ou du moins ce qu’il en reste aujourd’hui, semble déjà s’être tourné vers cette idée. Je pense à la lumière du jour que j’ai prise en photographie tout à l’heure. Je me tenais au milieu de la route, face à la colline au loin, l’arbre sur le bas-côté lui répondait, le proche au lointain, cliché facile, mais je n’ai pas pensé à prendre cela, simplement à être là, me tenir debout pour comprendre un peu moins mal la couleur du ciel, c’est-à-dire : l’histoire naturelle de l’écriture, l’histoire naturelle de mon existence, sur cette route perdue qui traverse le pays, de la mer à la pierre. Ensuite je suis remonté dans la voiture et j’ai roulé, retrouvé une civilisation trop terrestre, faite de ronds-points et d’assassins potentiels, mentalité de clients de prostitués, ai-je dit plus tard à Nelly, mais cela n’a aucun rapport, j’ai roulé sans savoir ce que je faisais où j’étais à présent, n’ayant dans les yeux que la lumière d’avant, glyphe que je m’efforçais encore de déchiffrer. Aujourd’hui, pour la première fois depuis longtemps, j’écoute Palais de Mari de Morton Feldman, et j’essaie de faire avec cette contradiction que cette musique est la musique du XXIe siècle et que c’est autre chose que tout le monde écoute. Nébuleuse de notes dans la gamme chromatique. S’il n’y a pas de paix sur terre, me dis-je, s’il n’y a pas de paix sur terre, elle règne entre mes oreilles.


Thot graphomane (carnet noir) : quelle idylle ?

Quelle idylle ?
je considère le creux
au creux de la paume de ma main
avec une certain gravité
depuis quand sommes-nous là ?
assemblés entassés
qui sait ?
je pourrais ponctuer chacune de mes remarques d’un trait
modulation de la voix
organe de choix
comme un morceau de viande
mais je veux la corde
unique et tendue
vocale comme un sens
érigé dur — dressé
dans le dédale des phrases
prêtes à l’emploi
à l’encontre de quoi
la langue chômeuse
encense la débauche
et l’univers entier
n’as-tu pas cette impression ?
l’univers entier semble en vacance
soudain — toujours le même —
vacance de l’être
absence des choses
encore une fois je regarde
le creux au creux des paumes de mes mains
y cherchant quoi ? je ne sais pas
je regarde si simplement
qu’il me semble qu’il n’y a rien
à voir
que nul être n’est une question de choses
de ces fixes figées fermées
et arrêtées
pas de station pour mes mains
non
me dis-je alors
pas de station du tout
et sans savoir très bien pourquoi
je les referme sur mes yeux
il fallait au lieu de voir
me dis-je encore
il fallait faire quelque chose.

Thot graphomane (carnet noir) : distants mécanismes

Distants mécanismes
comme autant de
mouvements infimes
issus du néant
qui a l’ouïe fine
entendra sans doute
l’autre jouir
et déchirer l’hymen du silence
ou quelque autre acouphène
partout sur les écrans
des sourires
angoissant à mort et moi
qui cherche un mot pour mettre
le doigt sur l’émotion que je guette
depuis des mois
il y a
trop de monde à haïr
pour faire si grand cas
de ce sentiment
sur le rivage
à l’instant
sage
comme si j’étais jeune
après cent mille ans.

17.12.20

Sentiment vaporeux. Je cherche un point de contact avec l’atmosphère. Il n’y en a pas. Ou alors tout ce que tu es est en contact avec tout ce qui t’entoure. Climat. Au bout de la digue, je considère l’espace qui me sépare des îles en face. Entre nous, il y a ces voiles bleues. Et tout cet air et l’humidité qu’il y a dedans. Tout cela, je le respire à pleins poumons. Pourquoi suis-je si, comment dire ? pourquoi suis-je si contemplatif en ce moment ? Est-ce une réponse à l’époque ? Est-ce que, l’air du temps étant de plus en plus irrespirable, j’en cherche un autre à respirer ? Ces derniers jours, chaque fois qu’une phrase me semblait trop négative, trop critique, trop destructrice, je tâchais de la tirer à moi pour l’orienter vers un autre sens, inverse, différent. Ce qui ne signifie pas, je crois, qu’il n’y ait rien à nier, à critique, à détruire, bien au contraire, mais que la destruction même présuppose une question d’équilibre : si tu te détruis toi-même, à quoi bon détruire ce qui t’oppresse ? Chaque jour, écrivant, donc, j’ai modelé mes phrases, les ai redressées. Il m’a semblé qu’elles étaient plus douces que d’autres que j’aurais voulu ou pu écrire à leur place, mais elles n’en étaient pas moins claires. Le sable qui se dérobe sous mes pieds ne me résiste pas et pourtant, il m’empêche de marcher aussi vite que je le voudrais. Je regarde le sol. Cette succession de limites courbes entre la mer et la terre, là où les vagues viennent s’échouer et se retirent ensuite dans le mouvement inverse. Je ramasse deux petits morceaux de verre polis par les flots. Un blanc et un bleu très clair. Quand je fouille dans la petite poche de mon pantalon pour les décrire, j’en trouve un troisième, brun, comme un morceau de sucre, dirais-je, que j’avais ramassé quelques jours auparavant. J’aime le bruit qu’ils font quand on les frotte les uns contre les autres entre les doigts. Un petit animal, un insecte, le roulis.

16.12.20

J’ai écrit un bref poème en regardant cette mouette. Sur la plage. J’ai eu l’impression que c’était elle qui me regardait, qu’elle attendait quelque chose de moi. C’est un coureur qui l’a fait fuir, pas moi. Combien de temps serait-elle restée là à me regarder s’il n’était pas passé dans mon champ de vision ? Et moi, à la regarder ? J’étais assis sur les marches du centre de secours fermé. Hors saison. Je me contentais d’être là. Me disant, que j’aime ces journées d’hiver, le vent, le soleil, la clarté de l’air dans la lumière pâle du matin, l’horizon qu’on n’a pas envie de rejoindre — il est simplement là où il est, et tout est parfait. Du jaune très dilué, des noirs clairs, peu de contraste. Le vent fouettait mon visage. J’avais enlevé mon masque pour sentir l’air un peu plus à l’intérieur de moi, quelque chose comme le parfum de l’iode et du désert mélangés. Sur la plage, il y avait tous ces oiseaux. Qui peut-être prenaient le soleil et le vent comme moi. Il y avait des gens, aussi, avec des chiens, aussi, mais ils ne faisaient que traverser le paysage, manières de figurants d’un film qui n’était pas le leur. Je savais que le calme n’était qu’apparent, mais je me demandais quand même la vie ne pourrait-elle pas tout entière se dérouler ainsi, sans prendre part à rien ? sans être forcé de participer à la comédie risible de la vie sociale, se tenir dans cet interstice de perfection sensible qui nous échappe parce que nous la supposons fuyante, entre nos doigts. J’ai pensé aux contradictions qui régissent la vie de mes semblables, et à présent je me dis ce ne sont pas mes semblables, qui ne veulent ni ne parviennent à surmonter ces contradictions. Mais est-ce que c’est vrai ? Oui et non, serais-je tenté de répondre. Preuve de la profondeur de nos contradictions. Si je relis à présent le poème que j’ai écrit sur la plage avant de le recopier non sans le modifier à mon bureau une fois rentré, et que je modifie encore le recopiant à nouveau, je revois tout ce qu’il s’est passé, ce matin-là, dans l’air et ailleurs, et ce n’est pas la raison d’être du poème, ni ce qui lui confère son sens, mais le poème se rattache à l’expérience comme à une racine profondément enfouie, loin, très loin de lui, il est tout autre, mais il n’existerait pas sans elle : ils ne se ressemblent pas, mais ils sont une seule et même chose.
Que veut cet oiseau qui demeure
là non loin de moi
sans bouger ou quasi
du pain ?
ô douce inconscience de la mort.

15.12.20

Sur ce front de mer artificiel (du béton), je n’ai pas pensé à la bêtise, aux contradictions, au non-sens, à l’absurdité de l’existence, je n’ai pensé à rien, je n’ai pas pensé du tout, j’ai senti l’air de la mer, regardé au loin un point qui fuyait chaque fois que je tâchais de le fixer, et pris un certain nombre de photographies. Sous un ciel changeant, les nuages portés et chassés par le vent soufflant par rafales, je n’ai rien tenté de tirer au clair : il y a tant de confusion, me dis-je, comment voudrais-tu t’y prendre ? C’est impossible. Entre le petit chemin qui longe le fleuve à l’endroit où il se jette dans la mer et le parc de musculation en plein air, installé là pour une raison qui m’échappe (y en a-t-il seulement une ?), se découvre un hameau d’habitations informelles, des tentes disposées en une sorte de cercle. Je les regarde de loin (même si je pourrais m’approcher, il n’y a personne). Mais je ressens une sorte de crainte ou de respect, je ne sais pas. Elles ne sont pas vraiment cachées, elles ne sont pas vraiment exposées, si l’on ne fait pas attention, on ne les voit tout simplement pas (en arrivant, je ne les avais pas vues, d’ailleurs), et il est à peu près certain que personne n’en a rien à faire. Il y a un peu plus de 14 kilomètres (c’est la machine qui calcule, pas moi, elle sert à ça, pas moi) entre cette plage et l’adresse que je lis sur l’attestation de déplacement dérogatoire qui est restée par terre sans son propriétaire. Entre chez moi et ici, à peine 3 kilomètres. Y a-t-il malgré tout une unité de l’espace ? En chemin pour rentrer chez moi, je pense à la concordance de temps. Et, marchant, je vois un lien entre elle (ou plutôt sa négation) et la bêtise ambiante. Mais à présent, il m’échappe. A-t-il disparu ? Peut-être, mais où ? Envie d’écrire des sonnets. En attendant : 
Paysages pâles
sans personne dedans
que l’absence.

14.12.20

Potion sans magie. Bonne. Dans un état second. Pas dormi ou presque de la nuit. Mais pas de sensation poisseuse au réveil. Non. Simplement l’envie de dormir cent ans de plus. Hiver. Le ciel se couvre à mesure que la journée avance. Je marche en direction de la plage. M’assois. Prends deux photographies (une instantanée, une numérique), deux fois la même, à l’appareil près. Ensuite, je note dans mon petit carnet noir de poche le tercet que j’ai écrit en marchant. Une fois rentré chez moi, je le copierai de mémoire dans mon cahier rouge, et puis allant vérifier dans le carnet noir le dernier des trois vers, je le changerai pour un autre. Plus juste, me semble-t-il. Sur le chemin du retour, je garde ces corps étranges que je croise. Assise sur un muret dans le parc, une vieille pliée en deux paraît vouloir avaler ses pieds. Un peu plus loin, je vois des gens allongés sur le dos tendre de leurs deux mains de gros élastiques orange. Je ne m’arrête pas pour les contempler et ne pense plus à eux jusqu’au moment de les écrire. Sentiment grec. Mais il fait trop froid pour. Je devine dans le ciel sa négation. Que ne ferais-je pour m’y fondre ? — devenir azur. La tache rouge sur le bec du goéland a quelque chose d’angoissant. Goutte de sang qui plane dans la perfection bleutée. Je vois l’animal qui me regarde et repense à l’incarnat des cheveux platine de Tippi Hedren dans The Birds. La menace est partout. Dans ma tête surtout. Magie de l’imagination.

13.12.20

Je fais une recherche sur un type dont j’ai vu passer plusieurs fois le nom, toujours associé à l’action de dénoncer, et sur les photographies que je vois de lui, je vois qu’il a l’air très content de lui alors que la posture de la dénonciation (de la violence, du racisme, du fascisme, des atteintes à la démocratie, etc.) devrait s’accompagner d’une certaine modestie, mais en fait ce raisonnement que je fais est un raisonnement d’un autre temps. Désormais tout est une entreprise, une industrie, les postures politiques sont ce qu’elles sont : des postures, et derrière l’écran, il n’y a rien qu’un grand vide égoïste. Pourrais-tu énoncer une sorte de théorème, qui voudrait que plus la morale est extérieure, moins elle est vraie, la mise en scène de la morale n’étant jamais qu’une morale de la mise en scène ? Est-ce à dire qu’il faudrait une morale de la morale ? Je m’aperçois que j’ai déjà oublié son nom. Mais pas son visage, du moins pas l’expression de contentement satisfait peinte sur son visage comme une couche de maquillage grossier, mal étalé : même s’il fait semblant de ne pas l’être, on voit bien qu’il est maquillé. Plus la société se donne comme ouverte, visible, transparente et apaisée, et plus j’ai envie de me cacher. Hier, sans trop savoir pourquoi, je me suis échoué devant une émission où des personnes connues viennent vendre leur dernier livre, disque, spectacle, tout et n’importe quoi. Ces gens étaient tous très laids, pas une laideur physique, non, une laideur physionomique, comme s’il y avait quelque chose sur leur visage, ou plutôt : entre leur visage et l’écran, qui les rendait d’une indicible laideur. J’ai regardé ça tout en me demandant pourquoi j’étais en train de le faire. Et si quelqu’un m’avait posé la question Mais Jérôme, pourquoi est-ce que tu regardes ça ? j’aurais été bien incapable de répondre. Le présentateur s’est adressé à un journaliste littéraire qui avait publié un roman pour lui demander ce qu’il pensait des autres romans qui venaient d’obtenir des prix littéraires, chaque fois lui montrant un livre, et chaque fois le journaliste lui répondait que c’était très bien, qu’il avait beaucoup défendu celui-là, que c’était un très bon livre, sauf le dernier qu’il a reconnu n’avoir pas lu. Et je me suis demandé pourquoi, encore une fois, pourquoi je regardais ça au lieu d’aller me coucher, il était tard déjà, mais aussi pourquoi tous ces gens parlaient alors qu’ils n’avaient manifestement rien à dire, et pourquoi d’autres gens regardaient et écoutaient des gens qui n’ont manifestement rien à dire le dire. Est-ce parce qu’ils sont là, comme moi, abrutis devant ce spectacle duquel ils ne peuvent pas détourner les yeux, fascinés qu’ils sont, comme devant la Gorgone Méduse ? Ce matin, quand je me suis réveillé, fatigué parce que je m’étais couché tard la veille, j’ai revu les images de cette émission, et je me suis senti sale, sali, comme si cette pellicule de laideur que j’avais vue entre le visage des gens célèbres et l’écran s’était déposée sur moi, sorte de suaire négatif, destructeur, avilissant. Et alors, ce n’est pas ce que je me suis fait remarquer en me réveillant, j’étais trop fatigué pour le faire, mais c’est ce que je me demande à présent : est-ce que c’est cela qu’il se passe ? est-ce qu’on finit par être entièrement recouvert par la laideur que l’on voit, à cause de ce que l’on regarde ? est-ce qu’on finit, sans s’en apercevoir vraiment, sans même le vouloir vraiment, par devenir aussi laid que ce l’on regarde ? raison pour laquelle on regarde ce que l’on regarde, parce qu’au bout de ces années à regarder des choses qu’on ne désire même pas regarder, mais qui sont simplement là, comme de toute éternité, parce que les images nous ont faits à leur image ? Qu’est-ce que ça veut dire se cacher ? Pas ça, en tout cas, le contraire de ça. Non une haine de ça (l’idée même qu’on puisse faire de la haine un sentiment positif est une contradiction dans les termes, signe d’une incapacité à penser clairement), mais un éloignement de ça, toujours plus de distance entre ça et moi. Eaux sales et usées de notre humanité, toujours les mêmes, où il faut savoir se baigner pour en sortir et n’y plus replonger. Et encore trois :
Quand rien ne pousse
que le vent
arpente le désert.