XLIX.

Je n’ai pas écrit de poème sur cette dame qui appelait son microchien molosse
un jack russell ou un yorkshire
je crois
j’ai cherché sur google
petit chien à la mode
et j’en ai trouvé un qui aurait pu lui ressembler si je ne l’avais pas déjà oublié
lui mais pas son nom
après
j’ai fermé les yeux
et puis je les ai ouverts de nouveau
me suis assis à mon bureau
et j’ai écrit ces quelques lignes
sans vraiment savoir pourquoi
tout peut prêter à rire

tu sais
même ce qui donne envie de pleurer.

XLVIII.

Le kitsch est aveuglant
est-ce une remarque sur l’époque
ou sur le temps qu’il fait
l’impression que tu as
regardant en face
le soleil couchant ?
je prends la photographie de ce que je vois
et ne pense plus à rien.

24.5.19

En voyant passer à l’écran une pile jaune de livres de la rentrée littéraire, j’ai appelé Nelly qui était en train de préparer son déjeuner dans la cuisine, et je lui ai dit qu’est-ce que je suis content de ne plus travailler chez Grasset ! et c’est vrai que c’est flatteur pour l’auteur, ou l’autrice en l’occurrence, d’afficher ses tas de livres empilés pour annoncer la sortie prochaine de son livre à soi, c’est jouissif vraiment de voir tous ces petits mois bien rangés les uns sur les autres qu’on s’apprête à adresser au monde, c’est pour cette raison, d’ailleurs, que l’immense majorité des écrivains publient des livres, pour multiplier leur moi et l’imposer au monde, s’affirmer, se prouver à eux-mêmes qu’ils existent, sinon, ils se contenteraient d’écrire, et je ne dis pas que moi, je n’ai pas été victime de cette magnifique illusion de la démultiplication, l’impression d’être plus que soi, d’en imposer, non, je ne le dis pas, ce serait mentir, mais la vérité, c’est qu’on finit toujours par les jeter, les livres. Il faudrait peut-être commencer par là : jeter les livres. En finir avec ce rituel débile de la rentrée littéraire. Tous les ans, la même histoire. Tous les ans, des centaines d’écrivains qui partent la peur au fusil se faire massacrer sur le champ de bataille des prix littéraires. Tous les ans, des centaines d’écrivains dont plus personne ne se souviendra sans doute, l’année d’après, des centaines d’écrivains que personne n’aura jamais à oublier parce que, de toute façon, personne ne les aura connus. En quelques mois, des milliers de livres sont livrés par palettes entières filmées plastique pour être expédiés à travers la France, c’est-à-dire à Paris et puis un peu ailleurs, où neuf fois sur dix à peu près, personne ne les lira. Ce qui m’étonne, toutefois, c’est qu’ayant vécu ce rite absurde de l’intérieur (pour ainsi dire), pendant quelque six années, je n’en ai pas été dégoûté. Oh, qu’on ne s’y méprenne pas, je n’ai jamais publié de livre à la rentrée littéraire, je n’ai jamais été suffisamment important pour ça. Non, dégoûté de publier des livres, purement et simplement, et qu’après avoir quitté Grasset, j’ai voulu en publier (c’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai quitté Grasset, pour écrire des livres dans l’intention de les publier), et que j’en ai publié. Qu’est-ce qui respire le plus la bêtise dans cette affaire ? L’accumulation des signes, la reproduction à l’identique de ces signes accumulés ou la répétition d’un même phénomène tous les ans (avec toutes les réactions émotionnelles socialement conditionnées qui l’accompagnent et font des enthousiasmes, des haines, des surprises, des joies et des peines une comédie des plus mal écrites et mal interprétées) ? Je me souviendrai toujours de cet écrivain qui était venu attendre le résultat du prix Goncourt pour lequel il était en lice au dernier tour et qui attendait seul, avec son épouse et sa fille, sur le canapé marron et usé du hall d’entrée de la rue des Saints-Pères, parce que tout le monde dans la maison et partout savait qu’il ne l’aurait pas, le prix, mais lui, il voulait quand même y croire, ou faire semblant, ou jouer la comédie du prix, l’attente, la surprise, la joie, la fête, la peine, la consolation, quelque chose plutôt que rien, n’importe quelle émotion plutôt que le néant dans lequel je suis plongé quoiqu’il arrive. Il n’était pas jeune pourtant, loin de là, mais il voulait continuer de faire semblant parce que c’est la seule attitude qui maintient les gens en vie. Si les gens cessaient de faire semblant, s’ils s’attachaient, ne seraient-ce que quelques instants, à regarder la vie, l’univers, le monde, soi-même, les choses comme elles sont, ils en mourraient. Est-ce la seule façon de supporter l’existence, faire semblant ? Tu vois, je crois que je suis heureux que mon manuscrit ait été refusé. J’ai de la chance. Pas par la vertu de l’échec (échouer pour mieux réussir, c’est une idée débile), mais parce que je ne peux plus faire semblant, je n’ai pas signé le contrat d’édition qui me le permet. J’arrête de jouer la comédie.

— Est-ce que tu crois que tes pages de moraliste te sauveront la vie ?
— Quelle vie ?

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XLVII.

La périphérie se définit par opposition au centre
mais qui place le centre
et où ?
une femme d’un certain âge
blonde décolorée
descend de sa bmw
tenant son chien en laisse
avec l’un de ses talons
immenses sans même forcer
elle pourrait écraser la bête petite
il n’y a pas de morale
me dis-je
simplement des régimes alimentaires.

22.5.19

C’était l’anniversaire de Jean-Pierre Cometti aujourd’hui. J’avais prévu d’aller déjeuner à la Mère Buonavista, manger une pizza, parce que c’était là qu’on s’était retrouvé, il y a quelques années de cela, et qu’il en avait plaisanté, je ne sais plus trop à quelle occasion, enfin, je sais, mais ce n’est pas ce à quoi j’ai envie de penser, pince-sans-rire, du genre, et si en plus il savait que vous avez vos habitudes à la Mère Buonavista, j’y étais retourné après, avec Nelly, et c’est là que j’avais perdu mes Persol pliantes que j’aimais tant. Je n’y suis pas allé aujourd’hui. Je n’ai pas oublié que j’avais prévu d’y aller, mais les parasites, tu vois, comment leur échapper ? Ta vie suit une direction, elle peut en changer, je ne dis pas le contraire, mais elle suit une direction, momentanément, et les parasites ne se contentent pas de te sucer le sang, non, ils dévient ta vie de la trajectoire que tu lui as fait prendre. Aussi, suis-je resté chez moi, alors que j’aurais voulu aller voir ailleurs, ensuite, je me suis perdu dans les embouteillages de Marseille, la folie furieuse de cette ville, et j’ai envoyé un mail à Nelly auquel elle a répondu avant même de le recevoir, à tel point nous sommes ensemble, l’une et l’autre. Parfois, non, ce ne peut pas être tout le temps, mais la plupart du temps, oui, depuis quoi, 15 ans ? Aujourd’hui, elle était là, et j’avais besoin d’elle, dans ma phase de dépression / détestation / persécution / répercussion / rébellion. J’aurais dû être à la Mère Buonavista, seul avec Jean-Pierre, mais c’était bien qu’elle soit là, avec moi, à la maison, pour m’aider à lutter contre les parasites. Ils me gâchent la vie. Ils ne s’en rendent pas compte. Ils s’en foutent. Ils pensent à autre chose. Ils pensent à leur vie à eux. À leur subsistance à eux. Tant pis si elle ne veut rien dire, leur existence. Tant pis si elle est médiocre. Tant pis s’ils détruisent, en passant, celle des autres. Qui s’en soucie ? J’aurais dû être ailleurs aujourd’hui. Au moins en imagination, j’aurais dû être avec Jean-Pierre, j’aurais dû penser à lui. En fait, c’est de ma faute. Je ne devrais pas laisser le monde m’atteindre comme ça. Je devrais être plus fort. Plus dur. Mais en fait, non, je n’y arrive pas. Je suis vulnérable. Quand on s’en prend à ce que je fais, on s’en prend à la conscience de ce que je fais — d’où l’adverbe consciencieusement —, et ça me rend fou, malade, je me recroqueville, j’explose, je me calme, je réfléchis, je réagis. Mais ça n’a pas de sens. Ce n’est qu’une diversion. Ce n’est pas là que je devais être aujourd’hui. Je devais être ailleurs. Avec Jean-Pierre Cometti. Je m’étais raconté cette petite histoire. Et elle me plaisait. Il n’en reste rien. L’année prochaine, peut-être. Oui. Évidemment. L’année prochaine, peut-être. La prochaine fois, ou celle d’après, ou celle d’après, ou bien plus jamais. Il a fait chaud aujourd’hui, à Marseille. Pour la première fois de l’année, c’est ce que je me suis dit. Jean-Pierre s’était plaint de la chaleur, la dernière fois que nous nous sommes vus. J’ai failli me sentir mal. Sur le moment, je n’ai pas compris. Et puis après, si. Après coup. Trop tard. Tant pis.

JPC à Simiane © Christophe Hanna.jpg

XLVI.

À quoi pensent les gens heureux ?
on les voit sourire
sur les affiches les photos à la télévision les écrans
parfois tu te dis que
ce ne sont que
des coquilles vides
dissimulées derrière d’immenses rangées de dents trop blanches pour être vraies
mais non
que pourrait-il bien y avoir derrière les apparences ?
d’autres apparences
tunnels infinis de la spécularité
s’enfoncer toujours plus profondément
dans la nature de l’être
jusqu’à ce que
un jour ou l’autre peut-être
il n’y ait plus rien à voir.

XLV.

Espace infini
ou presque rien
quelle différence ?
un petit coin
chacun vit dans sa niche
si tu pouvais sortir de ton placard sans fenêtres
tu ne verrais rien
l’aurore est sèche
l’air irrespirable
l’argent a pris le pouvoir
et ne le rendra plus jamais
on te laissera mourir
étouffé dans ta haine
au nom de quelque chose de plus important
que toi — alors
aboie maintenant
il y aura toujours quelque chose de plus important que toi.

21.5.19

J’ai observé l’univers autour de moi, et je me suis demandé si c’était une blague ou si c’était sérieux. Évidemment, devant l’univers, le premier réflexe, c’est de le prendre au sérieux. Tout d’abord, se dit-on, si c’est là, ce doit être pour une bonne raison. Mais laquelle ? C’est précisément ce qu’il faut découvrir. Dans cette recherche, ou bien on trouve une raison, n’importe laquelle, même une raison inventée, une raison qui nous satisfasse, et alors on est apaisé ; ou bien on n’y parvient pas, pas vraiment, pas du tout, ça dépend, et alors on sombre dans la dépression, la folie, le cynisme, la dérision ultime, dérision de la dérision, et caetera. Toutefois, si l’on y réfléchit, les choses ne sont peut-être pas si sérieuses qu’elles en ont l’air — l’air qu’elles ont, n’est-ce pas avant tout l’air qu’on leur donne ? On voit une chose, on se dit tiens, cette chose est un xet après on voit une deuxième chose qui ressemble à la première et on se dit, tiens c’est un autre x, et on construit au fur et à mesure de nos rencontres avec les choses tout un petit système, tout une petite mécanique de l’être bien huilée, qui tourne bien, vite, de plus en plus vite, jusqu’au jour où quelqu’un regarde les choses comme elles sont et se dit non mais c’est n’importe quoi ? D’ailleurs, si on y réfléchit bien, n’est-ce pas là, la seule réponse valable, sinon possible, à la question pourquoi y a-t-il quelque chose plus tôt que rien ? Chercher des raisons est le meilleur moyen d’en trouver. Alors que ce n’est pas la peine. D’abord, parce qu’il n’y a peut-être pas de raisons. Ce n’est pas parce qu’on en trouve une que c’est une bonne raison, encore moins la bonne raison. Ensuite, parce que cette recherche des raisons n’apaisera jamais que ceux-là qui sont faits pour être apaisés, qui ont un besoin énorme d’apaisement. Insatiable. Les autres. Bon, les autres, à vrai dire, pour la plupart, les autres s’en foutent. Mais les autres autres, la minorité — tous les minorités de uns qui observent l’univers autour d’eux et se demandent si c’est sérieux ou si c’est une blague —, eux, qu’est-ce qui est en mesure de les apaiser ? Il n’y a guère qu’un oubli forcé. Auquel on se contraint parce qu’il faut bien continuer à vivre, malgré tout, on ne peut pas rester planté là à hésiter ad vitam aeternam — est-ce que c’est sérieux ou est-ce que c’est une blague ? Peut-être que c’est les deux, qu’est-ce que j’en sais, moi ?

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20.5.19

Je suis un peu comme cette femme au foyer qui décide un beau jour de tenir un blog de pâtisserie parce qu’elle aime bien la pâtisserie et qu’il faut bien faire quelque chose de sa vie, femme au foyer, ce n’est pas une vie. Mais à force de poster des recettes sur son blog, elle finit par se convaincre qu’elle n’est pas simplement une femme au foyer qui publie des recettes de pâtisserie sur son blog ; elle est pâtissière. Et c’est vrai qu’autour d’elle tout le monde lui dit que ces pâtisseries sont délicieuses. Cela ne lui suffit pas. Elle oublie qu’il ne faut pas croire ce que les gens disent. Jamais. Elle se lance. Et retombe. Après plusieurs tentatives plus ou moins ratées pour devenir pâtissière, un jour, un matin, disons, un lundi, un lundi matin, elle a une sorte de révélation négative : elle n’est pas pâtissière, non, rien qu’une femme au foyer qui tient un blog où elle poste des recettes de pâtisseries. En tout cas, moi, c’est ce que je me suis dit, tout à l’heure, j’étais allé courir, après avoir fait le ménage, après avoir reçu sur la tête les tonnes de merde qui doivent tomber sur la tête de quelqu’un pour qu’il prenne vraiment conscience que ce lundi matin est un lundi matin, et après être allé courir, je me suis dit, je suis un peu comme cette femme au foyer, oui, c’est vrai, mais n’est-il pas possible que cette femme au foyer en ait assez d’être une femme au foyer ? J’ai publié un certain nombre de livres et je me suis mis en tête, je ne sais pas trop pourquoi, ne ne sais pas trop comment, j’ai l’impression quelquefois que je n’y ai été pour rien, bref, je me suis persuadé que j’étais un écrivain alors qu’en fait je n’aurais jamais dû me laisser prendre à ce piège-là, je ne suis pas un écrivain, je suis simplement un type qui publie des textes sur son blog. Rien de plus. J’en ai peut-être assez, moi aussi, d’être une femme au foyer, mais c’est autre question. Je ne suis qu’un type qui publie des textes sur son blog. Et j’ai ajouté quelque chose. La vie n’est pas écrite dans un langage mystérieux. Parfois, tu fais semblant de ne pas la comprendre, parce que tu n’as pas envie de la comprendre, mais c’est pour te dispenser d’un examen sincère de ton existence. La vie n’est pas écrite dans une langue étrangère, tu sais lire, tu comprends, ce qu’il y a d’écrit, les métaphores sont rares, pour ne pas dire inexistantes, absentes, et il suffit de lire ce qu’il y a d’écrit sur les jours qui passent. Ces derniers temps, je le sais, j’ai fait semblant de ne pas savoir lire. Mais ce lundi matin, j’ai arrêté. Je n’ai plus envie de faire semblant. Je n’ai plus eu envie de feindre l’incompréhension. Ça n’a pas de sens, me suis-je répété, cent fois, mille fois, mais si, mais si. Tu t’efforces de ne pas le comprendre, sauf que tu fais semblant, si tu étais sincère avec toi-même, tu reconnaîtrais que tu sais parfaitement lire, que tu as déjà tout compris, que ce n’est pas la peine d’insister. Et puis, ce n’est pas triste, en fait, c’est simplement ce qu’il y a décrit sur les jours que tu vis, la langue de ton existence. Tu as appris à la parler, à la lire, à l’écrire, ne fais pas semblant de ne pas savoir, c’est absurde. Ridicule, même. Est-ce que tu ne te sens pas plus heureux, à présent ? À présent que tu ne fais plus semblant, ne te sens-tu pas bien plus léger, soulagé d’un poids qui te rendais lourd, lent, pénible à toi-même ?

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17.5.19

À quoi ressemblerait le tout si la vie était différente ?

10 pages de Leaves of Grass par jour. À haute voix. Minimum parce que un peu plus aussi en lecture dans la tête.

Cet après-midi, j’ai regardé Dead Poets Society. Pour la première fois, je crois. Ce que je sais, au moins, c’est que c’est une réponse à une frustration, à ma mère qui m’avait envoyé me coucher alors que j’étais en train de regarder ce film, à la télé, alors que j’étais jeune adolescent. Avec moi, mon père avait bien essayé de protester, mais bon, mon père, quoi. Et puis, ma mère. En le regardant, j’ai été ému — alors que c’est un film terriblement mauvais —, et déçu. Mais pas parce que c’est un film terriblement mauvais, non, parce que c’est trop tard pour moi. Trop tard pour tout le monde, désormais. En le regardant, de fait, je pensais moins à moi qu’à Daphné, même si je pensais à mes frustrations à moi, je pensais aussi aux frustrations de Daphné, celles que je lui inflige, celles que je ne peux pas ne pas lui infliger, celles que je voudrais ne pas lui infliger, celles que je ne voudrais pas lui infliger. Qui suis-je pour juger ma mère ? Qui a dit que je jugeais ma mère ? Passons. Tout ça est fini, de toute façon, depuis longtemps déjà. Mort. Mais toutes les morts ne passent pas. Si je comprends bien, d’ailleurs, il y a cette réflexion sur la mort, chez Walt Whitman, la continuité, l’histoire qui ne finit pas. Jamais. Ce qui rend la lecture de Whitman si difficile, c’est cet optimisme-là. Je lis et je me dis : mais comment être si optimiste ? comment ne pas être désespéré ? Qui sommes-nous, nous, qui n’avons plus d’espoir, qui étouffons sur cette Terre, qui sommes rongés par l’argent, qui sacrifions nos vies pour rien ? Tu vois, la façon dont Whitman chante la guerre, aujourd’hui, qui chanterait la guerre comme ça ? Un terroriste ? C’est effrayant comme les temps changent. Nos mentalités changent-elles aussi vite ? Je ne sais pas. Comment désirer la guerre, aujourd’hui ? Et pourtant, pas d’épopée sans guerre ? Donc, adieu l’épopée ? Donc, plus d’identité commune ? Plus que des choses fragmentées, défaites faute d’être faites, des micro-identités qui pullulent, orthographes bâtardes, indicibles, pour inclure toutes les revendications, y compris les plus infimes.Dans la chronologie qui accompagne le texte, je lis : « Denies in a letter to John Addington Symonds the homosexual interpretation of the ‘Calamus’ poems ; claims to have sired six illegimate children. » 1890. Deux ans avant sa mort. Est-ce que les choses changent jamais ? Pourquoi changeraient-elles jamais ? Tout le monde est pris dans sa sphère racisée classisée ethnicisée castisée thermisée hypnotisée asphyxiée, désormais, fromage dans le camembert statistique qui tient lieu d’humanité. Tout le monde s’enferre, tourne en rond, c’est l’enfer, pourquoi les choses changeraient-elles jamais ? C’est toujours les mêmes mots d’ordre, les mêmes interrogatoires. Aujourd’hui au sommet, demain au bûcher.

Dans la baie de Marseille, un yacht de milliardaires russes designé par Philippe Starck a jeté l’ancre. Dans le même temps que, comme tous les ans, la grand roue prend ses quartiers, qui clignotera donc, la moitié de l’année, sous mes fenêtres, ou à peu près. Tout est une foire grotesque, c’est ce que le monde est devenu. Mais comment ferais-je, moi, pour exister non pas contre cela, mais malgré cela, exister pour quelque chose, pas simplement pour la mort, pour ne pas agoniser immédiatement, lutteur défait dans un combat qui était perdu d’avance ? Comment ? Non, vraiment ? Tu n’as pas la moindre idée ?

À quoi ressemblerait la vie si tout était différent ?

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