10.6.18

Cinq photos ratées, au flash, hier soir sur le balcon. Est-ce ainsi que je vois le monde en ce moment ? N’exagérons rien. Je ne vois jamais qu’une toute petite partie du monde, celle qui se trouve directement autour de moi.

À égale distance de l’esprit de sérieux et de l’esprit de rigolade, c’est quelque part par là qu’il faut se tenir.

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8.6.18

Pierre à Marseille. Rendez-vous au Cours Julien. Un peu en avance, comme toujours. Marche sur la place. Odeurs de beuh. Groupe à l’autre bout qui écoute du reggae. En approchant, le ton monte. Cris d’embrouille. Une femme surtout. Le ton monte encore. Personne ne s’arrête. Du café d’à côté, des voix se font entendre pour qu’ils se taisent — surtout elle. De plus en plus fort. Je ne sais pas ce qu’elle dit, mais un type attablé lui répond en français : Je suis pas français, moi, je suis un bougnoul / un rebeu (je ne suis pas sûr), en se touchant le visage de la main droite. Juste avant, j’ai pris une photo de mon nouveau short et de mes nouvelles chaussures au-dessus de la fontaine horizontale du Cours Julien, « En attendant Pierre », ai-je dit en légende. Je continue de descendre vers le Conservatoire. Quand je croise Pierre, qui trouve que je rêve, flâne, je ne sais plus, à vrai dire, ce que je fais. Il a raison, après tout : je l’attendais. On s’assoit à l’ombre, il fait chaud, commande une bière blanche chacun. Odeurs de beuh, tout le temps. Mais c’est comme ça, ici, non ? Tout de suite après avoir croisé Pierre, je lui ai dit merci de m’avoir donné rendez-vous ici, cela faisait une éternité que je n’y étais pas venu. Rien n’a changé. En espérant que rien ne change. Jamais. Ou un peu. Un tout petit peu, mais c’est tout. Parfois, plus tard, en parlant avec Pierre, je penserai : Ici quelque chose résiste, se refuse à disparaître, dans l’oubli, le néant. Mais, en fait, ce ne sont peut-être que des vapeurs de ganja. À un moment de la conversation, je dis à Pierre : Tu sais quand je suis arrivé à Paris, j’ai travaillé pour AWP, un cabinet d’architecture, et quand je suis parti, le philosophe de l’agence qui m’avait engagé (il s’appelait Marc Armengaud, mais je n’ai pas dit son nom) m’a dit : merci, avec toi j’ai pu parler français. À la fin, Pierre me dit la même phrase, presque mot à mot. Œil rieur. Parler français, ce n’est pas une histoire de belle langue, de langue classique, de vrai ou de faux français, de Capitale ou d’ailleurs — la seule personne avec laquelle j’ai eu l’impression de parler français à Paris avait la double nationalité Suisse – Argentine, n’était pas français —, mais de langage, d’immersion suffisante dans le langage pour que quelque chose en sorte. Pierre me parle de Warburg, des Hopis, de son livre, le troisième de la trilogie, comment il le repense, le reprend, comment il change de style pour le finir alors même qu’il croyait l’avoir fini. Nous parlons la même langue. La langue des Indiens. Gavagai, je lui dis que je m’étais demandé avec Quine ce que ça pouvait bien pouvoir vouloir dire : lapinsegment de lapinité, tiens v’là un lapin. Je traduisais ça en « Anglais pour philosophes » (ça ne s’invente pas) avec Jean-Maurice Monnoyer. Qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire parler ? Qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire se parler ? Je ne sais pas. Quand je rentre, je dis à Nelly toute l’estime que j’ai pour Pierre, parce qu’avec lui, je peux parler. Avec qui puis-je parler ? Je peux compter le nombre sur le bout des doigts d’une main. Encore sait-on jamais ? ladite main est-elle amputée. À un moment tu te dis : on se comprend, et c’est tout. Comme quand je parle avec Serge, depuis que j’ai dix-sept ans. J’aime bien parler. J’aime tellement parler que, parfois, je parle tout seul. P E R S O N N E. Mais je préfère parler à quelqu’un, quand même. Sauf que, souvent, il n’y a personne. Pas physiquement. Non, physiquement, il y a toujours quelqu’un. Non mais moralement. Une parole morale. Pense à ça. Demande-toi ce que cela pourrait bien être. Une parole morale.

Ce soir, Daphné, qui me l’avait réclamé depuis plusieurs jours de suite, m’interrompt alors que je m’apprête à le réciter et me dit non papa c’est moi. C’est moi quoi ? La lune blanche / luit dans les bois ; / de chaque branche / part une voix / sous la ramée… ô bien-aimée. / L’étang reflète, / profond miroir, / la silhouette / du saule noir / où le vent pleure… / rêvons, c’est l’heure. / Un baste et tendre / apaisement / semble descendre / du firmament / que l’astre irise… / C’est l’heure exquise. Par cœur, le poème. De Paul Verlaine, dit-elle. Mais elle le sait depuis six mois, au moins (voir supra). Elle ne le récite pas tout le temps, c’est tout. Pourquoi ? Mais les voix de l’enfance sont insondables.

Quand on parlait, Pierre qui lit mon journal, m’a dit qu’il me trouvait énervé, ces derniers temps. Et il a raison. Et il faut que ça change.

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7.6.18

Courir. 10 kilomètres. Pour sortir toute la colère, toute la rage, tous les maux dont tu accuses les autres, tout sortir de ton corps, les suer littéralement par tous les pores de ta peau. Quelque part en chemin, je me suis dit, le responsable, c’est toi, tout ça, après tout, c’est de ta faute, si tu écris des livres que personne ne lit, ce n’est pas de la faute de quelqu’un d’autre, ce n’est pas la faute de l’univers, des lecteurs, des éditeurs, c’est de ta faute, à toi, pas la peine de rejeter cette faute sur qui que ce soit d’autre, le rejet ne changera rien, et si tu ne peux rien changer, si du moins tu ne peux pas changer ça, tu peux au moins courir et extirper toute cette hargne mauvaise de toi, de ton corps par elle empêché. Quelque part en chemin, entre le kilomètre zéro et le kilomètre dix, plus rien, pas d’éclaircie ni rien, simplement plus rien, la sensation de plus rien concevoir, de ne même pas simplement être, entre l’être et le non-être, pas de différences, parce que ni l’un ni l’autre n’ont d’importance. Qui dure l’espace d’un instant, et puis des idées de nouveau. Comme cette histoire d’hétéronymes. Pourquoi pas ? Changer de nom. Faire semblant. Devenir un autre. Ce qu’il y a de fascinant, en un sens, c’est que, quand même je ne saurais pas écrire, quand même personne — ou presque — ne lirait ce que j’écris, c’est en fin de compte tout ce à quoi je pense — ou presque —, si bien que courir même, ce n’est pas simplement courir, c’est pour écrire, pas un sujet sur lequel écrire, mais une manière de prolégomène à l’écriture future. Et c’est ainsi que tu vis, tout le temps, note après note, remarque après remarque, phrase après phrase. Courir n’est pas simplement courir. C’est déjà écrire. Est-ce que ça va mieux après la course ? Oui, en un sens. J’ai éprouvé — au moins — les mérites de la méthode antithétique : retourner contre soi tout ce que l’on tourne contre les autres et qui empêche d’avancer pour avancer. Littéralement. Métaphoriquement. C’est la même chose, non ? C’est donc que quelque chose bouge, que le cadavre de l’œuvre n’est pas froid déjà, avant même d’être mort vraiment, qu’il y a quelque chose à faire encore. Encore quelque chose à faire. Ne sont-ce pas pures imprécations ? Je ne sais pas. Non, je ne crois pas. Par chance, si je reviens au point de départ, je suis allé dix kilomètres plus loin. Ce n’est pas rien.

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5.6.18

Je ne sais rien de plus dépersonnalisant que monter un meuble Ikea. Suivre comme un esclave un plan de montage analphabète, pictogrammes insultants pour des étagères destinées à accueillir des livres, de beaux livres, comme on dit, et se laisser aller à la sueur de son corps qui coule cependant que les doigts rougissent. Endolorissent. L’air de rendre le monde meilleur car plus beau, Ikea relègue l’humain moyen — celui qui a le malheur de n’être ni entrepreneur ni designer — au rang de chair à monter. Quoi d’étonnant dès lors que l’avenir de l’humanité soit écrit par des robots ? Qui mieux qu’une machine sans failles, qui jamais ne déraille, n’achève à coups de pied une planche de bois, ni n’insulte la terre entière que son triste sort indiffère, qui mieux qu’une machine qui télécharge le plan et l’exécute à l’absence de lettre, pour monter des meubles ? Chaque famille pourra disposer d’un robot domestique qui effectuera les tâches qu’un père dévirilisé, par défaut de testostérone, n’a plus les couilles de réaliser à la sueur de son front. Chacun pourra ainsi vaquer à ses nobles, dégenrées et égalitaires occupations cependant que la charge esthétique du foyer se verra assumée par une machine impeccable. Sans plus d’âme que de sexe. Le pur enfant de Dieu. Et si un jour, rentrant à la maison, la famille humaine devait s’apercevoir qu’une autre, semblable à elle, apparemment, mais en vérité bien plus parfaite, a pris sa place, qui en porterait la responsabilité : l’homme, la machine ou Ikea ?

L’histoire ne s’achèvera pas forcément par le bout que l’on croit.

Peu dormi, en tout cas pas assez. Peu traduit, en tout cas pas assez. Couru, le minimum qu’il fallait. Bien. Soleil voilé. Toujours. Moins bien.

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4.6.18

On accorde trop de place dans la vie à ce qui ne devrait même pas en faire partie.

Remarque, par exemple, le nombre de ceux qui, de moins en moins nombreux, fort heureusement, sont obsédés par la politique. Chez les intellectuels, c’est frappant. Tous ces excités qui commentent quotidiennement les faits et gestes d’une poignée de puissants. Poignée de puissants qui ne sont, or, puissants que parce que les gens se laissent obsédés par eux. Alors même qu’en fait de puissants, il ne devrait jamais s’agir que d’un petit groupe d’exécutants qui trouvent des solutions pratiques pour appliquer les décisions que les gens ont prises lors de réunions auxquelles ils consacrent une ou deux heures par semaine — pas plus ! — pour décider s’il vaut mieux être de droite ou de gauche, socialiste ou libéral, etc. Le reste du temps, il y a quand même mieux à faire : être un artiste, s’occuper des gens qu’on aime, faire des enfants, lire des livres, écouter de la musique, aller à la plage, faire de la poterie, du design d’intérieur, cultiver son jardin, que sais-je encore ?

Pas vraiment de soleil. C’est comme si les saisons ne voulaient pas changer, qu’on se maintenait dans un début de printemps interminable. Pas une fin d’hiver, mais un entredeux qui s’étire hélas inlassablement. Bientôt, il va faire chaud — d’un coup. Alors que le printemps sur cette rive-ci de la Méditerranée fait partie de ces atmosphères que j’aime le plus, les soirées encore douces avant la chaleur, les odeurs en suspension avant le grand incendie de l’été.

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1.6.18

L’insaisissable sommeil de Daphné. L’écouter parler à un moment ou un autre de la nuit entre trois et quatre du matin alors que tu voudrais dormir. Mais à quoi bon forcer les choses ? C’est ce que tu te dis à ce moment-là de la nuit entre trois et quatre heures du matin, mais après il faut que tu deviennes cet horrible vieux con qui hausse le ton pour mettre un terme à la rébellion nocturne.

On est toujours le vieux con de son enfant.

Soleil au lever. Traduit quelques pages le matin. Difficile, les idées pas claires, d’avancer autrement qu’à tâtons. Mais ce n’est pas ainsi que je veux travailler. Alors je fais de ces quelques pages mes quelques pages du jour et puis laisse tomber. Passe l’aspirateur. Va courir. Traîne mon vieux corps de vieux con au soleil et à l’ombre jusqu’à ne plus pouvoir rien faire que l’asperger d’eau publique dans le parc. Écrit un poème sur le thème de la nuit interrompue, l’ajoute à ceux déjà tapés de Musique difficile. Un peu plus tard dans la journée, improvise une mélopée australe sur un vers de Walt Whitman : I sing the body electric. Mais ne vois pas le rapport. Je suppose qu’il n’y en a pas. Tout ce que je peux faire, c’est supposer.

Voudrais penser à autre chose mais ne sais pas quoi.

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31.5.18

Pas de grands desseins. Quelques notes dans un carnet. Jouer de la guitare. Traduire. Traduire. Traduire.

Est-ce que la vie peut s’écouler ainsi ?

Pas de grands desseins. Enfin, rien d’explicite. Plutôt des indices. Une forme d’intentionnalité qui ne trouvera peut-être jamais à s’exprimer, qui restera toujours à l’état de pur possible. Qui sait ? Peut-être doit-il en être ainsi ?

Dans le carnet noir, je note des mots, des verbes, des atmosphères et puis cet aphorisme : Comme elle n’est pas moche et qu’elle est de gauche, tous les vieux qui ne peuvent plus coucher avec achètent ses livres, les yeux fermés.

— Faut-il donc que tout s’achève toujours par un accès d’ironie ?
— Tu ne peux tout de même pas te prendre au sérieux.
— Un peu. Un peu, non ?
— Si tu veux, mais pas trop longtemps. Après, il faut se remettre au travail. (Comme on parle à un enfant.)

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30.5.18

Pas vraiment la meilleure période de ma vie. Quand j’y pense, 2015, c’était bien. Il se passait des choses nouvelles, des perspectives s’ouvraient, il y avait des événements, des vrais, enfin, c’est ce que je me disais, du genre de ceux qui doivent ouvrir des chemins neufs dans la vie. Je venais de publier des Monstres littéraires. J’avais beaucoup souffert, de l’attente, du sentiment d’indifférence, je m’en souviens, je marchais dans les rues grises et froides et hostiles de Paris en me disant Ce n’est pas possible que je souffre tant en vain, et On ne peut pas tant souffrir pour rien, et Ce n’est pas possible qu’une telle souffrance, qu’une telle quantité de souffrance n’ait pas le moindre de sens, j’aurais dû me répondre Eh bien, si, c’est possible, tout est possible, mais je n’y croyais pas. On a toujours tort de ne pas croire que tout est possible. 2018, à présent, c’est une autre histoire. La ville n’est plus la même, mais ce n’est pas cela qui fait la différence ; l’isolement dans lequel je me tiens a commencé bien avant de quitter Paris. À présent, j’en récolte simplement les fruits, c’est tout. Du moins, c’est ainsi que je me représente la situation. C’est peut-être tout à fait de ma faute — j’entends par là : ce n’est pas improbable —, mais qu’est-ce que ça change ? Rien évidemment. 2015, c’était bien, oui, mais c’est loin. C’est si loin, le passé. Ça ne veut plus rien dire du tout. Les années et les livres ont passé pour un résultat quasi nul, simplement des liasses de papier qui vont disparaître. Le pilon comme destin. Ironie du sort, le pilon, c’est aussi ce dont je m’occupais chez Grasset. Tous ces livres qu’on envoyait se faire broyer, pour les recycler, tonnes de papier dont plus personne ne voulait. Tonnes de papier qui allaient produire des tonnes de papier dont plus personne ne voudrait bientôt plus. Quand on y pense, c’est comique. Mais c’est une expérience que devrait faire chaque écrivain, chaque artiste, s’occuper de la destruction physique des œuvres des autres. Lorsque ce sera son tour, la destruction morale ne sera pas moins radicale, non, mais il pourra se souvenir du bon vieux temps où il massacrait l’œuvre des autres. Quand j’ai écrit le Feu est la flamme du feu, c’est à cela que je pensais. Entre autres choses. La destruction physique de l’œuvre et la destruction morale de l’auteur. Quelle importance ? Aucune. Mon relevé de compte de cette année (pour les seules éditions AS) indiquait un montant brut de 6,65 euros. Quand on déduit l’AGESSA auteur, la C.S.G. non imposable, la C.S.G. imposable, la R.D.S. imposable, la T.V.A. collectée, la T.V.A. déductible, la Formation Professionnelle auteur, restent 6,03 euros. Ces 6,03 euros sont la somme de plusieurs années de travail, de trois livres publiés en mon nom propre, ce que me rapporte ma contribution à la langue et à la civilisation françaises ainsi qu’à l’histoire de la littérature. Est-ce étonnant, dans de telles conditions, que les éditeurs ne s’intéressent pas à mon travail ? Pas vraiment, non. Pourtant, ce n’est pas cela qui m’empêche d’écrire, ce n’est pas cela qui me dégoûte d’écrire parce que je sens bien qu’entre ce que je fais et ce que cela me rapporte, le compte n’y est pas. Ce n’est pas une histoire de sous — d’ailleurs, si c’était une histoire de sous, ce ne serait pas une bonne histoire, une histoire de petits sous pas de gros sous pas de quoi faire un film —, mais une histoire de fous. Essayer de ne pas devenir fou aussi longtemps que possible, tenir bon aussi longtemps que possible, non parce que la réussite, la gloire, le succès finiront bien par venir (je crois que j’ai abandonné cette idée stupide à un moment ou un autre de ma vie entre 2015 et 2018), mais pour tenir bon aussi longtemps que possible. Conclusion tautologique de l’existence.

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28.5.18

Tout à l’heure, pendant que je courais, je me suis aperçu que cela ferait bientôt dix ans que j’ai publié mon premier livre. Un premier livre que, pour tout un ensemble de raisons, je n’aime plus du tout (je ne l’ai jamais relu, je parle de l’idée que je m’en fais, de ce qu’il représente pour moi, de ce à quoi je l’associe), mais enfin mon premier livre quand même. Octobre 2008. Dix ans pour me retrouver sans éditeur. Joyeux anniversaire.

Hier soir, vu Valhalla Rising, de Nicolas Winding Refn, version drone psychédélique au ralenti d’Ingmar Bergman, la découverte de l’Amérique vue comme descente aux Enfers par l’œil unique d’un dieu muet. Étonnant (euphémisme).

Commencé les Démons de Dostoïevki, non sans avoir sauté la préface de Marthe Robert, qui me semblait, qu’il me semblait ne pas devoir être lue, c’est tout. Même plaisir que pour Crime et châtiment, même si le temps du livre est plus long, les événements s’élaborant patiemment, dans une sorte de retenue pour commencer, sur le mode de la chronique, avec ce narrateur anonyme, qui prétend se contenter de rapporter les faits tels qu’ils se sont produits, mais avance plus profondément dans les personnages, toujours plus loin, toujours plus à fond, me semble-t-il. Évidemment, surtout pas traduit par Markowicz, qui m’avait dégoûté de l’Idiot (quel idiot).

Le corps et l’esprit : deux modes de présentation de la même non-chose — l’individu. Deux manières d’y référer.

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26.5.18

Est-ce que tu crois qu’à force de commémorations, un jour, quelqu’un va vraiment revenir en arrière ? Ou bien se contente-t-on de commémorer pour passer (paradoxalement) le temps ? Comme, en cherchant bien, on finit toujours par trouver quelque chose à commémorer, on pourrait ne plus rien faire d’autre, ne plus rien vivre qui ne soit le souvenir de quelque événement qui a déjà eu lieu par le passé et, effaçant le présent, annulant l’avenir, arrêter (symboliquement, du moins, mais c’est déjà ça) le temps ?

Et le temps qu’il fait ?

Si tu dis Je préfère le temps qu’il fait au temps qui passe, tu ne parles pas du même temps, et ce n’est pas forcément la vérité. D’ailleurs, il n’y a pas de temps qu’il fait sans temps qui passe. Aussi, ne sont-ils peut-être pas si différents que ça. Le temps qui passe plus le temps qu’il fait, c’est le temps qui fait.