I.

Que font les gens en jogging dans le noir ?
attendent-ils la mort
ou la résurrection ?
il n’y pas âme qui vive
pas esprit qui pense
mais des tissus réfléchissants —
fluos —
oui
lueurs indistinctes
un peu plus loin
dans les phares des voitures
dont nul ne connaît le destin
pourtant
unique
ultime
éternel :
écraser les vivants.

21.2.19

— Ironique.
— Iroquois ?
— Nique.

Est-ce une question de lumière ?

Depuis plusieurs jours, obsédé (bien) par la Méditerranée. Ce qui n’est tout à fait nouveau, mais revient cycliquement. Comme chaque fois que cela m’arrive, je me dis qu’il faudrait que j’en fasse quelque chose, sans rien en faire au final. Cette fois, évidemment, je me dis que ce sera différent. Et après tout, pourquoi pas ? J’aime les gens, cette ville, Marseille, les gens de Marseille, même s’ils sont bizarres, fous, déroutants, je les aime. Enfin, en ce moment, je les aime. Mais comme j’ai décidé d’aimer tout le monde, qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire ? Ce que j’aime, sans aucun doute possible, c’est la Méditerranée. Fasciné par la lumière, l’éclat, même relativement pâle, l’hiver, de l’univers, les odeurs, les couleurs, les atmosphères. Envie de ne rien faire, simplement de vivre, n’est-ce pas ce qu’il y a de plus beau, qu’un endroit, un climat, une région donne envie de vivre plutôt que de faire quelque chose. C’est la scholé de Socrate. J’en parle dans l’un des cahiers de mes habitacles. Le temps dégagé des lourdeurs, du temps affairé, du temps consacré aux affaires, et que l’on passe à parler, pieds nus, parce qu’il fait chaud, que les cigales chantent. Est-ce un hasard si la philosophie est née ici ? Dans ce climat-ci ? Peut-être qu’il n’y a que des hasards. Peut-être qu’il faut savoir vivre pieds nus quand il fait chaud pour philosopher.

Est-ce à dire que tu ne peux pas philosopher en chaussettes ?

Les doigts de pieds en éventail.

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20.2.19

1003006 ô ma mégapole de langage.

Le fait que je n’aie jamais autant écrit change-t-il quelque chose au fait que j’écrive ?

Inauguré un autre répertoire, hier, de couleurs celui-ci. Par exemple, on peut lit à l’entrée rouge ceci ROUGE : Riz / Tuiles en terre cuite. Couleurs dans lesquelles je flotte tous les jours et qui échappent, pourraient passer inaperçues. Couleurs de la Méditerranée. Ou, plus modestement, de ma Méditerranée.

Une idée de maison.

Noir (métal / tubulaire). Bois (diverses essences). Blanc (murs à la chaux ou une teinte un peu cassée). Bleu, rouge, orange, blanc, rouille, etc. (surfaces / murs / meubles). Rouge (sol / terre cuite). Formes simples.

Notations éparses. Pas de récit. Aujourd’hui.

Pierre Lieutaghi, dans son Ethnobotanique méditerranéenne, écrit : « L’amandier, c’est l’un des arbres fondateurs des cultures méditerranéennes, l’enfant naturel des turpitudes de Zeus, le modèle du candélabre des Hébreux, la fleur d’espérance. L’un de ces repères floraux où les civilisations prennent un cap pour des millénaires.
On sait la descendance multiple de Zeus, sur l’Olympe et chez les mortels. C’est un dieu au pouvoir fécondant tel que sa semence, parfois libéré par mégarde lors de quelque rêve scabreux dans les nuées, ajoute par mégarde sur la terre au peuple des créatures ambiguës. Ainsi d’Agdistis, bel hermaphrodite engendré par la rosée divine. Si beau que les dieux jaloux, mais surtout révoltés par la confusion intolérable des genres, s’en saisissent et l’émasculent. Du membre tranché naîtra l’amandier. »

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19.2.19

Dans le laps de ces trois jours durant lesquels je n’ai pas écrit la moindre page de ce journal (pas envie pas la force je ne sais pas), j’ai décidé d’aimer le monde — tout le monde et le monde entier —, de ne plus rien haïr, de ne plus rien rejeter, j’en ai assez, me suis-je dit, assez de toujours dénigrer, critiquer, reprocher, trouver des raisons de ne pas, des choses à redire, à améliorer, dénoncer, revendiquer, exiger, espérer, je n’ai plus envie de haïr, j’ai envie de l’aimer, le monde, tout entier, tel qu’il est, plus question de déplorer, de se lamenter, je veux l’embrasser tout entier, l’accepter tel qu’il est absolument, sans jamais rien souhaiter y retrancher. C’est difficile, je dois bien l’avouer, c’est difficile, en effet, parce qu’une fois qu’on l’a développé, l’esprit critique est une capacité qui est longue à rétrécir, mais cela prendra le temps qu’il faudra, même si ce n’est pas facile, je parviendrai à aimer le monde tel qu’il est, à l’accepter tel qu’il est, dans son entier. Je ne veux pas être aigri, me suis-je dit, je ne veux surtout pas être aigri, le paraître non plus. Tout à l’heure, tu vois, pour m’entraîner, j’ai croisé une dame avec deux chiens. Je n’aime pas vraiment les chiens et elle était vraiment laide. Eh bien, je lui ai souri. Je ne lui ai pas souri à elle en particulier, j’étais en train de sourire au monde, à tout le monde, et je lui ai souri à elle aussi, je l’ai regardée, et puis ses petits chiens, et puis elle de nouveau, avec gentillesse, et elle m’a dit bonjour. C’est si simple, me suis-je dit, c’est aussi simple que cela, il n’y a presque rien à faire, tu vois, me suis-je dit, presque rien, gentillesse et sourire, des efforts minimaux en somme, ce n’est pas même pas vraiment une action, pas un geste, une expression, quasi rien, et pourtant, les gens y répondent. Bonjour ! La dame n’est pas devenue belle pour autant, je n’ai pas aimé les chiens plus qu’avant, non, mais j’ai accepté le monde tel qu’il était, je lui ai dit oui et je lui ai souri. Qu’est-ce que ça change ? Mais rien. Et ça change tout. Ne rien changer change tout. Quand on veut tout changer, de quoi s’aperçoit-on sinon qu’on ne change rien ? Ou bien pire encore, qu’on fait n’importe quoi, qu’on détruit tout. Regarde le progrès, censé tout changer en mieux, tout rendre meilleur, qu’a-t-il causé sinon la mort et la destruction, l’agonie ? Ne rien changer. Surtout ne plus rien changer. Vouloir que le monde soit comme il est. Ainsi, vouloir et ne pas vouloir sont le même. Aimer le monde tel qu’il est. Ainsi, aimer et ne pas aimer sont le même. Empreinte zéro sur le monde. Note bien, me suis-je dit, note bien que ce n’est pas ne rien faire, tu peux continuer de faire à peu près tout ce que tu fais, mais tout changer dans le même mouvement, changer radicalement d’intention, ou mieux : ne plus avoir d’intention, être une intention qui coule, suit le sens du fleuve du monde, se coule dans le lit du flux des choses telles qu’elles sont, qui n’essaie en aucun cas de le dévier, mais l’aime, regarde-le, comment pourrait-on ne pas l’aimer ? J’en ai assez de l’aigreur, me suis-je dit, j’en ai assez de la colère, j’en ai assez du mécontentement. Aimer le monde, cela ne veut pas dire applaudir à tous les succès d’un jour, d’un an, d’une vie, mais les accepter tels qu’ils sont, pour ce qu’ils sont, parce qu’ils sont ; après tout, te nuisent-ils, me suis-je demandé, si tu y réfléchis bien, te nuisent-ils ? Assurément pas. Laisse. Laisse-les. Laisse-les être. Comment j’ai décidé d’aimer le monde et de ne plus souffrir pour rien, ai-je écrit il y a quelque temps dans mon carnet. Pas une question, l’acte de la décision. Aimer le monde = ne plus souffrir pour rien. N’est-ce pas l’immense problème de l’humanité, sa propension à souffrir pour rien, à se faire du mal, à produire de la douleur encore et encore ? Il faut en finir avec la souffrance. La souffrance morale qu’on s’inflige à soi-même et aux autres. Du haut de mon sixième étage, cet après-midi bleu Méditerranée, cependant que je suis en train d’écrire dans mon journal que j’ai décidé d’aimer le monde et de ne plus souffrir en vain, je me dis que, peut-être, le sixième étage, ce n’est pas encore assez haut, peut-être, faudrait-il que je vive plus haut encore, pour aimer le monde mieux encore.

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15.2.19

J’aime Marseille. Aucun doute à ce sujet. Mais c’est une ville spéciale quand même. Cet après-midi, en traversant le jardin qui se trouve derrière le MAC (le Musée d’Art Contemporain, pas le MacDo comme me l’a dit la semaine dernière l’agent immobilier qui nous faisait visiter un appartement sur le boulevard Chave), deux chiens ont commencé à se battre. La maîtresse de l’un des chiens, que je croise souvent, essayait tant bien que mal de retenir son chien quand, tout à coup, le maître de l’autre s’est précipité sur son chien à lui à qui il a asséné plusieurs coups de pied. Ensuite, il a commencé à hurler à la dame Ta mère la pute toi, avec ton chien de merde ! et puis à son chien : Et toi, t’y es obligé de casser les couilles à tout le monde ! Il a traîné son chien jusqu’au banc où il était assis et l’a mis en laisse. Ambiance. Marseille, quoi. Sur le moment, je me suis dit qu’un bon moyen de réguler le dérèglement climatique serait de tuer tous les chiens, mais il faudrait plutôt tuer leurs maîtres qui sont de grands malades en liberté, dangereux, menaçants. Ville immense qui se résout en un conflit entre chiens. À tout moment, la violence peut éclater. Marseille est-elle une ville si spéciale ? Je ne crois pas. N’est-ce pas l’époque, le monde dans lequel nous vivons qui est comme cela ? De l’autre côté de l’océan, l’homme le plus puissant veut construire un mur pour empêcher les gens de pénétrer sur le territoire de son pays. Quelle différence entre cette situation et ces chiens qui se battent ? Combats de chiens combats d’humains. Prendre les musées pour des fast-foods, construire des murs entre les pays, laisser les gens promener leurs chiens en laisse, rien de tout cela n’a de sens, et pourtant tout cela se tient pour former une image du monde, enfin, pas une image du monde, la réalité, les choses mêmes. Aux choses mêmes ! Oui, pourquoi pas ? Tiens, attrape, les voilà, dans ce qu’elles ont de plus réelles, pas des apparences, la nature en tant que telle. Tu t’imagines que, si tu grattes la surface, tu vas découvrir la vraie nature des choses, la vraie nature simpliciter, mais c’est faux, il n’y a rien d’autre que ça. Et ça fait peur.

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14.2.19

15 ans jour pour jour.

Tout à l’heure, par hasard, je suis tombé sur une liste de membres du jury d’un prix littéraire, et je me suis demandé si c’était une blague alors qu’en fait même si cette liste avait été une blague elle n’aurait pas été drôle. Parmi ces gens, il y en avait pour qui j’ai fait le larbin quand j’étais factotum à SGDP, Paris, France, d’autres qui étaient le mari de femmes pour qui j’avais fait le larbin, d’autres qui avaient des noms qui devaient être ceux d’anciennes familles, descendants d’ancêtres à qui, Dieu seul sait pourquoi, les fous de la Révolution n’ont pas coupé la tête, enfin tout un petit monde de personnalités comme on dit, tout un petit monde qui m’a paru bizarre tout d’un coup comme si je savais ce que cela voulait dire tout en ne comprenant pas ce que j’avais sous les yeux, comme si je connaissais le sens de ce que je lisais mais que je ne le comprenais pas. Tout à l’heure, tout à l’heure avant tout à l’heure, tout à l’heure, après être allé courir (plutôt vite, temps magnifique, lumière pure), je me suis dit que c’en était fini de la Vie sociale, que je n’essaierai plus de publier ce roman, que si quelqu’un en veut, tant mieux, si personne n’en veut, tant pis. Ce n’est plus mon problème. J’ai écrit ce livre, il existe, il est là, quelques personnes parmi celles qui l’ont lu m’ont dit que c’était bien, les éditeurs de profession m’en ont dit du mal, ou qu’ils s’en foutaient pas mal, et d’autres, pas mal d’autres, ne prennent même pas la peine de me répondre. Alors, comme ils ne prennent même pas la peine de me répondre, moi, je me suis dit, moi, je ne vais plus prendre la peine de leur parler. C’est comme ça. Ne crois pas que je n’écrive plus, non. Au contraire. Débarrassé de ce poids mort, je ne fais que ça. Habitacles sans arrêt. Mais la Vie sociale, je l’ai enterrée. À ce moment précis, à la question, est-ce que je chercherai encore à publier mes textes ? la réponse est non. Je me servirai de ma petite imprimerie parallèle pour imprimer des textes (qu’il faudra bien que je me décide à vendre, parce que, comme je l’ai dit à quelqu’un il y a quelques jours, je ne suis pas assez riche pour me ruiner — malheureusement, ajouterais-je à présent), mais envoyer des manuscrits à des gens en attendant que, peut-être, ils daignent me répondre et vivre dans l’espoir que cette réponse soit favorable, comme on dit, non. Basta così ! disait ma grand-mère maternelle quand elle était vraiment en colère. Moi, je ne suis pas en colère. Mais ça suffit quand même.

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13.2.19

Les yeux orange. Ce n’est pas une métaphore, mais une anticipation de la perception.

Nelly est à Paris. Daphné a une conjonctivite. Ergo je n’ai pas un instant à moi.

Tâché de prendre tout de même un certain nombre de dispositions intérieures. Pas relatives à mon intérieur à moi — je ne suis pas certain d’en avoir un. L’intérieur où nous vivons. Nelly, Daphné, et moi. Meubles. Qui font fantasmer depuis quelques années. Lit de jour. Fauteuil. Bureau. Couleurs. Surtout. La nuance comme l’idée. Peindre tous les murs de l’appartement qui donnent sur la mer en mediterranian blue. Pantone 18-4334. Pour casser la frontière entre l’intérieur et l’extérieur. Par la couleur. Comme je ne vais pas abattre tous les murs de façade pour faire une immense baie vitrée — qui ne montrerait pas que la mer, qui plus est, mais tout ce qui se trouve détestable entre la mer et moi, ici et là-bas, dedans et dehors, déplacer le clivage à la nuance près. La couleur permet de faire autre chose que simplement dresser des parois entre les espaces, des murs entre les atmosphères. Elle te permet de pouvoir te cacher et plonger dans le bleu de la Méditerranée. Ce qu’une paroi de verre ne peut pas. Puisque tu n’es plus caché (il faut des rideaux ou des verres mats comme dans la Villa dall’Ava de Rem Koolhaas — qui est tout sauf méditerranéenne — mais alors le verre est une transparence paradoxale — et puis tu te vois frotter en plus les vitres trois fois par semaine avec le vent qu’il y a ?). Et qu’un mur blanc aveugle. Tu n’as même pas la notion de ce qui se trouve par-delà. Un mur bleu, au contraire, fera voir différemment. Il renverra à lui-même — c’est un mur — et à quelque étendue qui se trouve au-delà de lui — c’est un mur couleur de mer. Une idée pour les habitacles. Ce à quoi ressemble un peu le cahier 6, un amas de pensées sans ligne directrice. À moins que les pensées inventent quelque chose que rien ne peut précéder. Je ne sais pas.

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12.2.19

Est-ce vraiment une bonne idée de parler de la mort avec une boulangère à qui on vient acheter le pain ?

À quoi faut-il prêter attention ? Difficile de répondre. À moins que nous ne prêtions pas attention aux choses, à moins que ce ne soient les choses elles-mêmes qui nous prêtent l’attention que nous leur portons ? Est-ce qu’à un certain moment — disons : au bout d’un certain temps —, on oublie certaines choses, on n’y fait plus attention, comme le ciel bleu au-dessus de nos têtes, parce qu’on a le sentiment que c’est quelque chose de banal, qui va de soi ? J’aimais bien le petit bac à sable du Jardins des grands explorateurs, au bout du boulevard du Montparnasse. Peut-on le comparer avec la plage d’hiver où nous avons passé une partie de l’après-midi à jouer avec Daphné ? Probablement pas. Mais alors pourquoi est-ce je rapproche les deux ? C’est la même chose, le même contexte, le même jeu, et pourtant tout est si différent, à cause du seul ciel bleu. Le ciel bleu ne doit pas te faire accroire pour autant que les choses sont plus faciles ici, c’est tout le contraire sans doute, mais je ne pourrai pas nier que j’ai le sentiment de me tenir plus près de la vie ici qu’à Paris. La vie, qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ? Et se tenir plus près de la vie ? Est-ce un lieu, la vie ? Se trouve-t-elle quelque part, la vie ? À moins que tu n’aies la sensation d’être plus en vie ici que là-bas. Question d’atmosphère, de climat. Peut-on se poser d’autres questions que celles-là ? Quand on se pose d’autres questions que celles-là, quelles questions se pose-t-on ? Des questions qui portent sur l’être, la nature des choses, un quelque chose invariable, qui ne change pas, précisément, en fonction du temps qu’il fait, et sur quoi tu n’as absolument aucune influence. Tandis que, je crois, tout change en fonction du temps qu’il fait, et ce qui est susceptible de ne pas trop changer, de durer, d’être plus dur que le temps qui fait que tout change tout le temps, c’est toi qui dois le faire. Plus fragile que l’être, oui, évidemment, — plus près de la vie, aussi.

Cartographie du ciel bleu. — Tu crois saisir un bleu pur et tu aperçois après coup un oiseau dans le champ.

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11.2.19

Fini le cahier 2 de mes habitacles aujourd’hui. Je suis déjà en train d’écrire le 8 mais ils ne sont pas achevés, il leur manque encore quelque chose à chacun. L’écriture n’est donc pas linéaire, du 1 au n, mais par anticipations, retours en arrière, corrections, amendements, déplacements, sans jamais de plan, le plan s’inventant au fur et à mesure, dans la mesure où, même si tu as une idée de ce que tu vas faire, tu rencontres des contraintes sur le chemin du progrès, tu effaces, déplaces, refais, renvoies, reprends, laisses parce que, de toute façon, tu ne sais pas quoi faire d’autre, notes des phrases, des bouts de phrases, des expressions dont tu espères, attends quelque chose sans savoir quoi et dont tu ne fais pas forcément quelque chose, et caetera.

Il faisait beau aujourd’hui, mais ça n’allait pas ce matin. Le ciel était dégagé, mais pas mes idées. Aussi, suis-je allé courir. Il n’y a pas de lien de cause à effet, j’avais prévu d’aller courir, mais j’aurais pu renoncer, me laisser gagner par l’atmosphère dépressive du corps tout entier, mais non, je suis allé courir, et au bout de quelques kilomètres, pas trop, pas trop vite, histoire de ne pas épuiser l’énergie vitale, les idées étaient aussi claires que le ciel. Et littéralement, c’était ça. Le ciel, les idées, tout ça, bien en place. Je suis rentré à l’appartement, me suis assis au bureau sans attendre de m’être douché, et j’ai écrit un poème dont j’avais eu l’idée je ne sais pas comment, simplement à partir d’un mot, et puis j’ai fini le cahier 2 de mes habitacles.

J’ai déjeuné d’un bol de riz noir avec de l’huile d’olive et du sel, deux tranches de pain de mie complet, et c’était bon, et c’était bien. Il suffit de presque rien.

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10.2.19

Pourquoi est-ce que j’ai récrit ce passage ? C’est un peu contradictoire, tu ne trouves pas ? Croire que personne ne te lit et pourtant faire ça — récrire. Il y avait une exigence de vérité, ou de véridicité, plutôt, ne pas trop se laisser aller, dériver trop loin des intentions réelles. Qu’est-ce que ça veut dire ? Je ne sais pas. Je dis souvent ça, en ce moment : Je ne sais pas. Pourquoi ? Je ne sais pas. Peut-être que je devrais tâcher de savoir. Ou alors est-ce que je sais, mais que c’est encore trop difficile à dire ? Trop douloureux ? Peut-être. Peut-être pas. Je ne sais pas. Qu’est-ce que je sais ? Qu’il ne faut pas m’essouffler. Le problème du passage raturé, récrit, c’est qu’il fonctionnait comme une manière d’exutoire, niveau abréaction, c’est sans doute pas mal, voire très bon, en fait, mais est-ce que c’est ce que je recherche ? Non je ne crois pas. Qu’est-ce que je recherche ? En ce moment, je recherche un appartement. Drôle d’idée. D’autant que je ne sais pas où aller et que, lorsqu’il me semble que je trouve, je trouve aussi dans la foulée tout un ensemble imposant de raisons de ne pas déménager. À peu près comme quand, après avoir longtemps désiré quitter Paris, tu en viens à regretter Paris. Enfin, pas tout à fait, à peu près. Pour cette histoire d’appartement, j’anticipe. Plutôt que d’attendre d’avoir déménagé pour regretter ce choix, je devance le regret en accumulant des raisons négatives. Tout un art. Ça passera. Peut-être pas. Je ne sais pas.

Le premier cahier des habitacles semble avoir atteint ses destinataires. Au moins une chose que j’ai bien faite. Preuve que je ne rate pas tout ce que j’entreprends. Je ne sais pas encore quand je vais faire le 2. Il manque plusieurs centaines de signes. Questions d’équilibre, de densité.

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